mercredi, 19 décembre 2018
 

Mali Jeu de dupe

Si l’histoire ne se répète pas, au Mali elle bégaye singulièrement. Ainsi comme en avril 1992 et plus récemment en octobre 2009, les mêmes protagonistes, gouvernement malien et rebelles armés touarègues sont en train de négocier un énième plan de paix. Qu’attendre de ces pourparlers menés par un gouvernement illégitime qui doit principalement son fauteuil à la France et les indépendantistes du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) dont la représentativité des touarègues et à fortiori des autres communautés vivant dans le nord du pays est pour le moins discutable ? Ces deux protagonistes sont largement comptables des souffrances des populations depuis l’intervention militaire française.

Car de ces négociations, les populations dont les organisations de la société civiles sont nombreuses et actives restent les grandes absentes, donnant ainsi une fois de plus l’avantage à des groupes armées qui des deux côtés, armée malienne et rebelles, ont agressé sur des bases ethniques les habitants des villes et des villages du nord.

Avec les mêmes règles du jeu, et les mêmes joueurs, le scénario est connu d’avance. Les trafics en tous genres, les enrichissements et la corruption vont de nouveau se développer au détriment d’une population encore plus appauvrie et divisée par ces conflits provoqués en leur nom.

Les habitants du nord du Mali, quelle que soit leur communauté, ont besoin avant tout de services publics, de centres de santé, d’écoles, d’infrastructures agricoles et routières, mais les risques sont grands que les sommes versées pour le développement soient de nouveaux accaparées par les dirigeants des différents groupes armés, qu’ils soient officieux ou officiels.

Renforcement de l’impérialisme au Sahel

Pour la communauté internationale particulièrement la France et les Etats Unis, le plus important est d’avoir un accord de paix qui permet la tenue des élections présidentielles sur l’ensemble du territoire, le plus rapidement possible et enfin donner un vernis légal aux caciques du régime qui ont conservé le pouvoir. Pré requis essentiel pour asseoir la légalité du déploiement de la Minusma et permettre aux USA de pouvoir traiter officiellement avec le nouveau gouvernement légalement élu.

Peu importe si les élections prévues fin juillet sont bâclées. En effet la période des pluies va rendre les opérations électorales difficiles, d’autant que les conditions techniques minimales ne sont pas réunies car sans même parler de Kidal, dans les villes du nord, l’administration malienne n’est toujours pas opérationnelle. Une telle impréparation ne peut que favoriser les fraudes électorales dont le pouvoir de Bamako est coutumier.

Le décorum légal permettra de mettre en place le plan prévu par Paris. Une force militaire des Nations Unies dirigée par le général rwandais Jean-Bosco Kazura, assisté d’un général nigérien, quant au chef d’état-major c’est un général … français. Aux côtés des casques bleus, des troupes françaises fortes d’un millier d’hommes restent indépendantes, et sont habilitées à mener des opérations offensives avec leur propre chaîne de commandement. Dans le même temps, l’armée française renforce ses bases dans les principaux pays limitrophes, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Niger où les commandos du COS (Commandement des Opérations Spéciales) sont déployés pour protéger les installations d’AREVA. C’est à Agades que les drones américains pour la surveillance de toute la région sahélienne stationneront.

Avec ce dispositif, les puissances impérialistes, France en tête, n’ont plus besoin de l’aide du MNLA pour sécuriser la région et François Hollande peut désormais déclarer qu’il ne peut y avoir qu’une seule armée sur tout le territoire du Mali.

Les grands vainqueurs de cette crise africaine, comme souvent, sont à Paris, Hollande a gagné ses galons de grand commandeur de la Françafrique, la hiérarchie militaire sauve son budget et renforce ses bases sur le Continent, et parions que les entreprises tricolores seront toutes désignées pour aider au « développement et à la reconstruction » du Mali.

Pourtant, sur le fond, rien n’est réglé. L’intervention française n’a nullement réussi à éradiquer le terrorisme, objectif affiché de Hollande. En effet, on a plus affaire à un éparpillement des djihadistes sur les pays de la région, multipliant ainsi les foyers de conflit. Au nord du Mali les populations restent encore victimes tant des forces maliennes que des différents groupes armés comme le MNLA, les combattants arabe de Ber, ou les milices de Ganda Koy. La Commission Dialogue et Réconciliation ne permet pas dans ce climat un apaisement entre les différentes communautés.

Paul Martial

 
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