dimanche, 20 janvier 2019
 

Mali : les violations des droits humains se sont multipliées depuis l’intervention de la France, il y a cinq mois

Amnesty International publie un nouveau document sur la situation au Mali : des civils font partie des dizaines de personnes torturées, tuées et victimes de "disparitions", notamment en détention, depuis le lancement de l’intervention militaire française au Mali il y a cinq mois

Intitulé "Mali. Conclusions préliminaires d’une mission de quatre semaines. Atteintes graves aux droits humains", ce document est diffusé à la veille du déploiement par les Nations unies d’une force de maintien de la paix au Mali le mois prochain. Il est le fruit d’une mission de recherche effectuée en mai et juin dans le pays.

Le bilan des forces de sécurité maliennes en ce qui concerne les droits humains depuis janvier est tout simplement déplorable. Elles continuent à porter atteinte à ces droits sans sembler craindre d’avoir à rendre des comptes." Gaëtan Mootoo, chercheur à Amnesty International et membre de la mission actuellement sur place

Lors de la mission de recherche, Amnesty International a recensé des dizaines de cas de détenus torturés ou soumis à d’autres formes de mauvais traitements après avoir été arrêtés en raison de leurs liens présumés avec des groupes armés. L’organisation a également relevé plus de 20 cas d’exécution extrajudiciaire ou de disparition forcée.

Les délégués d’Amnesty International ont pu parler à plus de 80 des 200 personnes détenues dans la capitale Bamako, dont un grand nombre ont été inculpées d’actes de terrorisme et d’autres infractions.

Beaucoup ont dit avoir été torturées ou maltraitées, et plusieurs se seraient vu refuser des soins médicaux. Un certain nombre de ces détenus portaient des marques et des cicatrices de brûlures et de coupures – notamment sur le dos, le torse et les oreilles.

Au moins cinq détenus sont morts en avril 2013, la plupart en raison, semble-t-il, des épouvantables conditions de détention et de privations de soins médicaux.

Akassane Ag Hanina a été appréhendé dans la ville de Tombouctou et est arrivé le 4 avril 2013 à la Maison centrale d’arrêt de Bamako, où il est mort sept jours plus tard. Avant sa mort, il avait dit à d’autres détenus que des soldats l’avaient roué de coups à Tombouctou.

Lorsque les délégués d’Amnesty International se sont rendus dans ce centre de détention, plusieurs enfants soldats, dont certains âgés de 13 ans seulement, étaient incarcérés avec des adultes.

Les autorités maliennes ont reconnu que des violations des droits humains avaient été commises, et assuré que plusieurs cas faisaient actuellement l’objet d’enquêtes, mais personne n’a jusqu’à présent été déféré à la justice.

Veiller à ce que tous les responsables présumés de violations des droits humains rendent des comptes devant la justice ne sera pas une tâche aisée, mais cela est indispensable à la stabilisation durable et à la renaissance d’un pays déchiré par le conflit depuis plus de 18 mois.

Amnesty International est par ailleurs préoccupée par le fait que l’armée française, ainsi que les troupes de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine déployée par les pays d’Afrique de l’Ouest (MISMA) – comprenant notamment des soldats tchadiens et nigériens – ont remis des prisonniers aux autorités maliennes alors qu’elles savaient ou auraient dû savoir que ces détenus risquaient d’être torturés ou soumis à d’autres formes de mauvais traitements.

Au cours de la mission, les délégués d’Amnesty International ont par ailleurs recueilli des témoignages concernant des enlèvements et des homicides arbitraires commis par le Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), un groupe armé d’opposition ; les victimes étaient des civils accusés d’avoir soutenu les forces françaises et maliennes.

Des groupes armés d’opposition, parmi lesquels le MUJAO et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), un groupe armé touareg, ont en outre été accusés d’avoir agressé sexuellement des femmes et des jeunes filles, et d’avoir utilisé des enfants pour porter des armes, surveiller des postes de contrôle et cuisiner. Des mineurs ont également été envoyés sur les lignes de front.

Alors que le déploiement de la mission de stabilisation des Nations unies au Mali approche, il est essentiel de veiller à ce que l’armée malienne et toutes les autres forces armées concernées respectent et protègent les droits humains, afin que les habitants du nord du pays puissent être rassurés quant à leur sécurité.

Gaëtan Mootoo

 
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