jeudi, 17 janvier 2019
 

France/Mauritanie – Lune de miel Sarkozy-Ould Abdelaziz

Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, a été reçu du 26 au 28 octobre 2009, à l’Elysée, dans le cadre de la normalisation des rapports entre la France et la Mauritanie. L’homme fort de Nouakchott a été très apprécié de ses hôtes, notamment Joyandet, ministre de la coopération et Kouchner, ministre des Affaires étrangères. Le général-putschiste, sera également invité d’un diner, en compagnie de l’avocat Robert Bourgi, et madame, ainsi que de Claude Gueant, et sa tendre moitié. C’est sur qu’entre copains qui adorent l’Afrique, on se préoccupera des relations économiques franco-mauritaniennes. Parce que si le capitalisme est impatient, le peuple, lui, peut toujours attendre. On est bien loin de la rupture de la Françafrique à papa. Surtout en ce qui concerne la Mauritanie.

Mohamed Ould Abdelaziz ou comment passer de putschiste à Président

C’est le 6 aout 2008, par un coup d’Etat militaire, que Mohamed Ould Abdelaziz, renverse Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, premier président mauritanien démocratiquement élu depuis 1984. Il se fera ensuite investir président de la République Islamique de Mauritanie le 5 août 2008, après avoir officiellement remporté l’élection présidentielle contestée du 18 juillet. La France n’est pas innocente dans cette régression politique. C’est dans ce contexte que les déclarations de Nicolas Sarkozy comme quoi il y aurait eu « un coup d’Etat sans protestations, sans manifestation, si ce n’est celle de la France », on s’en doute, en ont fait bondir plus d’un à commencer par Messaoud Ould Boulkeir, président de l’Assemblée nationale mauritanienne et dirigeant de l’APP, ainsi que l’ONU et l’UE. C’est ignorer également la protestation du peuple mauritanien et de la diaspora, pourtant durement réprimées. Sarkozy méprisait tout bonnement son éphémère homologue, pourtant lui aussi élu au suffrage universel direct. Celui-ci ayant l’outrecuidance de se soucier des négros-mauritanien-ne-s, ainsi que des déporté-e-s depuis 1984 au Sénégal et en Mauritanie et de leur retour au pays des 1000 poètes (1). Il fallait donc que quelqu’un mette un coup d’arrêt à ce vent de démocratie. C’est donc l’ex-chef de la garde présidentielle, tout juste limogé pour incompétence notoire, qui s’y est employé. Et le fait que le président soit mis au secret par les militaires n’a nullement inquiété Sarkozy qui, d’ailleurs, ne l’a jamais reconnu en tant que tel. Economie du pétrole de la Mauritanie La Mauritanie est devenu producteur de pétrole en 2006, année durant laquelle le premier tanker a quitté le pays pour la Chine. A terme, le gouvernement table sur une production de 100000 barils/jour et plusieurs gisements sont exploités par Woodside, Dana Pétroleum et …. Total. On comprend pourquoi le regain d’intérêt soudain pour un pays au 3/4 désertique et pourtant si stratégique. D’autant plus qu’on a repéré, dans ces endroits mêmes, des terroristes islamistes dont il faut absolument se débarrasser. D’où la coopération renforcée des armées mauritaniennes et françaises. Sans compter que le pré-carré Françafrique, intéresse en plus haut lieu les USA qui interviennent déjà, sous couvert d’assurer la sécurité, au nord du Mali. De là à se faire manger la part du gâteau africain, il n’y qu’un pas que Sarkozy ne laisserait franchir pour rien au monde. Pour cela, il peut compter sur ses amis Joyandet, Balkany, Bourgi ainsi que la DGSE pour faire légitimer n’importe quel putchiste en empêchant son isolement sur la scène mondiale. Ils ont également forcé l’opposition à participer au scrutin, faussé d’avance pour cause d’irrégularité. Les accords franco-mauritaniens laissent la haute main à la junte militaire sur les institutions du pays.

Et le peuple dans tout ça ?

La population est composée de Beydanes, origine araboberbère et de négro-mauritanien-ne-s (fulbe, wolof, soninke, bambara) et de Haratines (anciens esclaves noirs mais de culture arabe). Toutefois, ce sont les Beydanes qui ont le pouvoir, au travers de leurs dirigeants. L’esclavage des noir-e-s, aboli officiellement en 1981, est toujours pratiqué et se renforce. Dès 1984 ce fut l’arabisation forcée de l’enseignement, l’interdiction d’accéder aux postes de responsabilité, le maintien à des fonctions subalternes. Interdiction leur était également faite de s’exprimer en leurs langues maternelles, d’exprimer leurs cultures, traditions ancestrales, etc. Cette politique d’apartheid a atteint son point culminant en 1989. Sous prétexte de conflit sénégalo-mauritanien, et donc de la complicité « tacite » des populations noires, le colonel Sidy Maouya Ould Taya, alors au pouvoir, ordonne le massacre et la déportation de tous les négromauritanien- ne-s. C’est près de 60.000 « réfugié-e-s » qui croupissaient dans des camps de fortunes au Sénégal et un peu plus de 100000 au Mali. Le 28 novembre 1990, pour « fêter » le trentième anniversaire de l’indépendance 28 prisonniers militaires noir-e-s de la base d’INAL furent choisis « au hasard » et pendus sur le champ.

Sarkozy adoube la junte et le Quai d’Orsay accorde l’impunité à un présumé tortionnaire mauritanien

Le Quai d’Orsay ayant toujours soutenu les régimes ethnogénocidaires, on s’étonnera pas que l’impunité soit accordée à un ancien tortionnaire. Mr Lemrabott, ancien ministre de l’Intérieur de Taya est visé par une plainte déposé pour torture sur un ressortissant français d’origine mauritanienne en 2002. Mais Sarkozy préfère passer l’éponge pourvu que les contrats commerciaux soient signés en bonne et due forme. Au moment où Besson nous cause identité nationale et renvoie des immigrés dans leurs pays en guerre, la France devient une terre d’accueil pour les bourreaux. Choisi ton camps, camarade.

Mariam Seri Sidibe

(1) L’opération de rapatriement des réfugiés du Sénégal, qui a débutée en 2008 devrait prendre fin le 31 décembre 2009.

 
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