mardi, 21 novembre 2017
 

Enlèvement de ressortissants français au Niger

Jeudi 16 septembre, six salariés de Sogea-Satom, filiale du groupe Vinci, et un salarié d’Areva ont été enlevé à Arlit, au nord du Niger. Cinq d’entre eux sont français. L’enlèvement aurait été commandité par un des groupes islamistes opérant dans le Sahel et se revendiquant d’Al Qaïda, peut-être le même qui avait procédé à l’enlèvement de Michel Germaneau, exécuté cet été à la suite d’une opération militaire franco-mauritanienne ratée. Si ce scénario est confirmé, il faut y lire une intention délibérée de frapper la France au coeur de ses intérêts économiques stratégiques sur le continent Africain. C’est en effet du Niger qu’est extrait par Areva le tiers de sa production mondiale d’uranium, proportion qui doit encore progresser avec l’ouverture prochaine du gisement géant d’Imouraren. S’il y a peu de risque de voir la multinationale et l’Etat français (1er actionnaire) renoncer à une exploitation aussi rentable que dangereuse pour les populations locales, on va en revanche assister à une remilitarisation de la présence française dans les pays de la zone sahélienne. Depuis plusieurs mois déjà, les forces spéciales françaises du COS ont renforcé leur coopération militaire avec la Mauritanie et le Mali pour ne pas lâcher du terrain face aux forces spéciales américaines, engagées depuis plusieurs années dans des programmes de formation et des exercices militaires grandeur nature avec les armées de la région, également au nom de la lutte anti-terroriste, mais visant en fait à préparer le terrain à d’éventuelles futures interventions. L’armée mauritanienne, bien qu’elle nie à nouveau tout lien entre la prise d’otage et sa nouvelle intervention militaire au Mali contre Al-Qaïda, confirme son rôle de supplétive de l’armée française, depuis le putsch du colonel Abel-Aziz, qui avait bénéficié des faveurs de l’Elysée. On se souvient en effet qu’en juillet dernier, la France avait tenté une libération de Michel Germaneau sous couvert d’une intervention mauritanienne. Abdel Aziz avait beau prétendre que ses troupes avaient agi seules, les révélations d’un journal espagnol avaient forcé l’exécutif français à reconnaître la participation d’agents de la DGSE et des forces spéciales françaises du COS. Compte tenu de l’importance que ces dernières ont pris dans la formation des corps d’élite de l’armée mauritanienne, c’est bien évidemment elles qui dirigeaient l’opération. Cette fois-ci, les forces spéciales françaises sont restées plus discrètes, ou se sont tenues à l’écart des combats. Des élus maliens ont également dénoncé des bavures, un véhicule civils ayant été pris pour cible par erreur par l’aviation mauritanienne, tuant une fillette et sa mère et blessant plusieurs autres personnes. En juillet déjà, des civils innocents avaient été enlevés par l’armée mauritanienne (ce que la France avait nié), puis finalement rendus à leur communauté. Quatre-vingt militaires français ont pris position au Niger officiellement pour n’effectuer que des vols de reconnaissance et apporter un « soutien technique » à l’armée nigérienne, mais le porte-parole du gouvernement n’a pas exclu la possibilité d’une intervention militaire française. Et en effet, différentes sources attestent également de l’arrivée de soldats du COS au Burkina et au Niger, suite au refus du Mali de voir s’installer une base militaire, même provisoire, sur son sol. Selon Le Monde, le président malien aurait en revanche accepté de fermer les yeux en cas d’intervention militaire, si celle-ci partait d’un pays voisin. S’il est de plus en plus clair que la question du terrorisme va devenir centrale dans le discours visant à relégitimer la présence militaire française en Afrique, l’efficacité réelle en la matière reste à démontrer, comme l’a montré l’affaire Germaneau. A l’inverse, comme le redoutent quelques journalistes et chercheurs avisés, il faut craindre que ces discours ne se transforment en « prophétie autoréalisatrice », donnant aux groupes sahéliens qui se revendiquent d’Al Qaïda, le moyen d’accroître leur légitimité aux yeux des populations locales sous couvert d’anti-impérialisme, comme cela s’est produit avec les Talibans en Afghanistan ou les Shebabs en Somalie. Sur fond de misère et de populations sahéliennes délaissées par leurs gouvernements respectifs, certains observateurs craignent même qu’une intervention militaire française ne crée les conditions d’un embrasement régional. Et ce d’autant plus que dans le cadre d’une rivalité accrue entre la France, les Etats-Unis, la Chine et l’Algérie pour l’exploitation des ressources géologiques et le contrôle sécuritaire de la région, il n’est pas interdit de penser que certains peuvent avoir intérêt à souffler sur les braises. Les liens troubles existants entre certains membres d’AQMI et le renseignement militaire algérien sont par exemple régulièrement pointés du doigt et mériteraient d’être éclaircis.

Robin Guébois

 
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