vendredi, 16 novembre 2018
 

Nigeria : Boko Haram ou la faillite d’un système

La secte islamiste Boko Haram, au début sous-estimée, prospère dangereusement sur le terreaude la misère sociale et de la corruption de l’équipe dirigeante.

En 2009, l’armée dut venir en aide à la police qui, au bout de cinq jours, n’arrivait pas à prendre le dessus dans le conflit qui l’opposait aux militants de Boko Haram. Mohammed Yusuf, son leader, fut fait prisonnier par les soldats puis confié à la police qui l’exécutera quelques heures plus tard avec des dizaines d’autres prisonniers. Cet épisode sanglant va façonner la seconde vie de Boko Haram.

Auparavant, cette organisation dont le nom signifie « interdiction de la culture occidentale » (Boko venant de Book, qui signifie livre en anglais, et Haram qui veut dire interdiction en Arabe) était une organisation musulmane parmi tant d’autres. Née à Maiduguri dans l’Etat de Borno, elle se distingue par ses affrontements avec les forces de police ; son fondateur prône un islam rigoriste qui s’accompagne d’un discours contre la corruption des élites, la culture décadente et l’éducation occidentale qui perverti le pays. Elle recrute largement parmi la jeunesse déclassée, mais aussi parmi les diplômés sans travail et sans espoir d’en trouver. L’essentiel de ces forces militantes se trouve dans le nord du pays, région largement négligée par le pouvoir central en continuité de la politique colonialiste des Anglais. Cependant, les frontières de cette organisation sont loin d’être étanches avec une partie des élites dirigeantes du nord du pays.

Le Nigeria, premier pays africain producteur de pétrole qui vient de surpasser l’Afrique du sud par son poids économique, reste une terre de profondes inégalités qui ne cessent de s’accroitre. En effet, à coté de ses 455 millionnaires, les deux tiers de la population vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

De la rébellion au terrorisme

Les évènements de 2009 vont plonger cette organisation dans une spirale de violence sans fin dont les victimes peuvent être les fonctionnaires, les chrétiens, mais aussi les musulmans qui ne respectent pas les préceptes de la secte. Face à Boko Haram, l’Etat nigérian va répondre avec le même degré de violence : massacre de populations soupçonnées de soutenir les rebelles, villages brulés, exécutions extrajudiciaires en masse, détentions arbitraires et tortures dans les prisons qui constituent autant de crimes contre l’Humanité. Ainsi les civils sont pris en otage entre le déferlement de violence des deux parties.

Boko Haram tente, par ses actions meurtrières, de dissuader les parents d’envoyer leurs enfants dans les écoles publiques ; leurs militants déjà avaient incendié le dortoir d’un lycée de Buni Yadi faisant une quarantaine de morts parmi les élèves âgés de 11 à 18 ans et maintenant, ils viennent d’enlever une centaine collégiennes.

Cette descente aux enfers n’est pas inéluctable. Le Nigeria est un pays qui a une tradition ouvrière avec une forte implantation syndicale, même si ces syndicats sont dirigés, comme dans de nombreux pays, par des bureaucrates. La récente grève générale de plusieurs jours contre la suppression des subventions au carburant à démontré la capacité d’union dans la lutte, entre chrétiens et musulmans, contre les manœuvres partagées des gouvernants et de Boko Haram pour diviser la population. Le signe de l’espoir est là.

Paul Martial

 
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