mercredi, 22 novembre 2017
 

A propos de la ‘’Réforme des Institutions’’ au Sénégal

Depuis un certain temps, la reforme de nos institutions est à l’ordre du jour du débat national. Une commission nationale (CNRI) même a été mise sur pied pour son approfondissement, avec un budget colossal, dit-on. A ce propos, notre compatriote Sanou Mbaye, économiste de formation, a mis, très tôt, sur la table, en janvier 2009, un point de vue qui a du retenir certainement l’attention des historiens, des hommes politiques et des panafricanistes conséquents. Cela, à travers son livre : ‘’AFRIQUE AU SECOURS DE L’ AFRIQUE’’.

Nous pensons que ce point de vue, retiendra également l’attention de nos commissaires. Si tant est leur volonté de partager avec notre ami Sanou, son refus du mimétisme, de la soumission mentionnés dans la partie les ‘’Questions occultées du mal africain’’, analysées dans l’introduction de ce livre. Un livre, du reste, qui n’a pas fait trop de bruit. Et pour cause ! Car beaucoup de questions qui fâchent les potentats qui peuplent des officines sous la coupe de la ‘’Françafrique’’ et de l’Occident en général, y sont abordées. En attendant de revenir sur celles-là, occultées par les trop bavards ‘’prêts-à-répéter’’, et autre ‘’disciple de Napoléon’’, voici le point de vue du grand panafricaniste :

‘’ Pour bon nombre de pays d’Afrique noire, l’Occident est devenu la référence absolue. Tout se passe comme si copier et se soumettre au modèle Occidentale était devenu une inclination inéluctable. A cet égard, le cas du Sénégal est emblématique. Les fondations et la quintessence d’une nation se reflètent dans sa constitution. Elle donne à un pays son caractère, le mode de fonctionnement de ses institutions, les aspirations, les références et les systèmes de valeurs de sa population. Pourtant, le Sénégal, pays africain souverain, n’a rien trouvé de mieux que d’inclure, lors de la rédaction de ce texte suprême, au premier point du préambule, la Déclaration française des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Une telle allégeance heurte profondément la conscience nègre et est inacceptable et indécente à plus d’un titre. En effet, cette constitution se prévaut délibérément d’une charte étrangère dont les fondateurs, faut-il le rappeler, se sont bien accommodés de l’esclavage que ce texte libérateur était censé avoir aboli. Finalement, il ne l’a été qu’à l’avènement de la seconde république française, en 1848. Dans l’intervalle, il avait été réintroduit par Napoléon qui avait trouvé l’esclavage bien pratique, pour entretenir, sans bourse délier, les immenses plantations de son épouse créole. Cette même ‘’Déclaration française des droits de l’Homme et du Citoyen’’, n’a pas empêché la résurgence, sous une autre forme, de l’esclavage par les conquêtes coloniales et l’instauration du régime du travail forcé, fort heureusement supprimé, grâce à l’action conjuguée d’un Houphouët Boigny et d’un Senghor. Est-ce en magnifiant une telle déclaration qu’un pays peut espérer s’affranchir du complexe nourri à l’égard de l’Occident ? Les Africains sont-ils incapables de penser par eux-mêmes et pour eux-mêmes ou leur mimétisme leur est-il inhérent ? Autant de questions hautement préoccupantes que l’on est en droit de se poser, tant l’identité de l’homme noir a été dénaturée par les avatars de l’histoire’’.

‘’ Penser par nous-mêmes et pour nous-mêmes’’ ! Voilà ce que prônait le théoricien de ‘’la raison est Hélène, l’émotion est nègre’’, qui malgré de fait de s’être greffé à la mouvance pour la suppression du travail forcé, par opportunisme politique et par démagogie, a été un champion de l’amalgame du brouillage idéologique et du sophisme, pour chloroformer la conscience nègre. ‘’Césaire nous armait, là où Senghor nous désarmait’’, disait Amady Aly Dieng .

Tout le monde se rappelle du slogan qu’il a largement galvaudé, sans en donner la substance : ‘’Le Sénégal a envoyé son cahier des doléances aux Etats généraux de 1789’’. Quel est groupe social qui a envoyé ce cahier des doléances ? Notre compatriote, le Pr. Amadou, l’explicite dans son texte : ‘’CAHIERS DES DOLEANCES DE SAINT-LOUIS DU SENEGAL AUX GENERAUX DE 1789’’ ? En tout état de cause, ce ne sont ni les habitants de la capitale de la colonie, Saint-Louis, ni les Sénégalais des profondeurs, qui se sont réunis formellement au sein d’une quelconque structure, pour en débattre, mais un groupe d’hommes d’affaires (‘’Noirs et mulâtres’’ dont ‘’le sang français coule dans nos veines et dans celles de nos neveux’’), soucieux de préserver leurs intérêts économiques dans la colonie.

En résumé M. Mbow souligne que : ‘’l’essentiel du cahier des doléances est une dénonciation vigoureuse, à la fois, du système de l’exclusif, qui régissait le commerce colonial, et le monopole concédé à la compagnie de commerce du Sénégal’’ (cf brochure association sénégalaises des prof. d’histoire et de géographie). Comprenez que le terme’’ compagnie de commerce du Sénégal’’ voulait dire que le Sénégal était un Etablissement commercial.

Ce point de vue de Sanou Mbaye, va revêtir son importance, dans la mesure où le Président de la commission nationale de reforme des institutions, se trouve être le Pr. Et ancien Directeur général de l’Unesco.

Cela dit, le principe de nominer un militant, membre du parti au pouvoir au ministère de l’intérieur fait débat. Nous considérons ce débat oiseux, même si les arguments pour et contre, défendus ça et là, sont recevables. Oiseux, dans la mesure où on peut le clore, avec la volonté d’aller vers l’institution, d’un quatrième pouvoir : ‘’Le pouvoir Electoral’’, indépendant des trois autres pouvoirs, comme c’est le cas au Venezuela. Une disposition introduite sous le Président Chavez qui, par ailleurs, a apporté une contribution majeure, à l’approfondissement de la démocratie avec l’institution du ‘’Mandat révocatoire’’, à mi-mandat.

Voila une bonne preuve de montrer que le pouvoir appartient au peuple ! Il est bon d’avoir de bonnes institutions. Mais il est aussi bon d’avoir des hommes à la hauteur, censés de les appliquer. D’où la pertinence de la contribution du Président Hugo Chavez.

Dakar, le 15 septembre 2013

Ababacar Fall-Barros

Ancien Conseiller Municipal, Mermoz Sacré Coeur

 
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