mardi, 26 septembre 2017
 

Au Sénégal, construire et renforcer l’unité syndicale

De la défense des travailleur-euse-s à la recherche d’alternatives politiques, deux militant-e-s africain-e-s témoignent de leurs combats quotidiens

Entretien avec Marieme Sakho Dansokho, coordinatrice pour les syndicats d’enseignant-e-s

Marieme Sakho Dansokho, ces dernières années, vous avez été la coordinatrice pour les syndicats d’enseignant-e-s au Sénégal. Quels progrès avezvous fait au cours des deux dernières années ?

Effectivement j’ai été coordinatrice de l’intersyndicale, composée de plusieurs syndicats d’enseignants, et je pense que c’est dans ce sens là qu’il faut essayer de voir la question de l’unité du mouvement syndical enseignant. Aujourd’hui, au Sénégal, il y a plus de 40 syndicats dans le secteur de l’éducation, et cela pose beaucoup de problèmes et c’est pourquoi, pour pouvoir gagner les batailles, avoir satisfaction par rapport aux revendications des enseignant-e-s, nous nous sommes battu-e-s pour avoir un cadre unitaire, appelé d’abord « intersyndicale de l’enseignement » et nous nous sommes entendu-e-s autour d’un certain nombre de points consensuels, points sur lesquels on devait se battre pour l’intérêt de l’école et des enseignants. Il y a toujours eu des problèmes, car il y avait d’autres syndicats qui n’étaient pas dans l’intersyndicale et ça a créé des problèmes autour de la table de négociations et cela a permis au gouvernement de jouer parce que pouvant compter sur d’autres et diviser pour régner. Mais quand on a vu que cela pouvait être très compliqué, nous nous sommes retrouvé-e-s et nous avons pris des contacts et avec le Comité de Dialogue Social (CDS) nous avons pensé que c’était utile que l’on soit tous ensemble pour pouvoir avoir cette force et faire face au gouvernement. Et heureusement, à part 2 syndicats, tout le reste s’est entendu et c’est ce qui a donné naissance au Cadre Unitaire des syndicats de l’enseignement (appelé CUS). Nous réfléchissons et continuons le processus pour arriver, à défaut d’unité organique, à avoir en tout cas l’unité d’action en attendant d’avoir mieux. Mais nous sommes conscient-e-s que si nous n’avons pas cette unité du mouvement syndical, cela sera très difficile d’avoir satisfaction autour des points de revendication.

Vous êtes également membre du Parti Socialiste au Sénégal. Comment ces deux rôles se complètent les uns les autres ?

Je suis membre du Parti socialiste, effectivement, mais à mon niveau je dis que ce qui est le plus important c’est de ne pas faire de mélange des genres. Faire de la politique c’est une chose et l’objectif c’est d’aller au pouvoir, mais ce n’est pas le cas du syndicat. Le syndicat c’est pour gagner des batailles et lutter contre l’ injustice et sauvegarder les intérêts des travailleur-euses. Le plus important c’est de ne pas faire de mélange des genres : quand on est dans syndicat, on ne fait que du syndicalisme, on se bat pour les intérêts de la corporation, les intérêts des travailleureuse- s. Une fois que l’activité syndicale est finie, maintenant on a le droit d’appartenir à un parti politique, de croire à une idéologie et de la défendre. Moi, personnellement je n’ai pas de problème à ce niveau là, je fais mon syndicalisme et je suis membre d’un parti et je dirige un syndicat où les membres sont de plusieurs partis. Nous ne sommes pas tou-te-s du même parti, mais quand on est là, on ne peut pas savoir qui est de quel parti, car on ne parle que syndicat, et c’est çà le plus important.

Que pensez-vous des récentes grèves et manifestations en France ? Ces événements ne vous donnent-ils pas la confiance que les syndicats au Sénégal peuvent se rejoindre et retrouver leur force dans l’action contre le gouvernement ?

Ce qui s’est passé en France, la lutte des syndicats, c’était une lutte légitime sur la retraite en France, mais nos pays ne sont pas épargnés. Nous allons tous vers ce problème de retraite. D’ailleurs ici nous sommes confronté-e-s à ce problème, car il y a 10 ou 15 ans, il y avait 15 travailleur-euse-s actifs pour deux retraité-e-s, mais maintenant il n’y a pas deux travailleur-euse-s actifs pour un-e retraité-e. Moi qui vous parle, je ne sais pas si je vais bénéficier d’une pension ou pas car il n’y a plus de recrutement. Ici c’est la solidarité inter-générationnelle. Donc c’est un problème qui se pose partout dans le monde. Il y a lieu de s’inquiéter avec la multiplication des syndicats qui dispersent les forces. Est-ce que demain on pourra faire face et avoir confiance face au gouvernement pour freiner ses velléités ? Ce n’est pas évident. En France, au début de la lutte, les syndicats étaient pratiquement tous ensemble, mais à un moment donné de la lutte, il y a eu relâchement quelque part. La question de l’unité du mouvement syndical est importante pour faire face aux interlocuteurs de demain et régler des problèmes et surtout celui de la protections sociale qui est très important

Il y a actuellement un conflit social concernant le fait que les enseignants ne sont pas payés de leurs salaires à temps. Quel est le contexte de ce différend ?

Effectivement, c’est un problème très douloureux, parce que les corps qu’on appelle émergents, les nouveaux enseignant-e-s d’aujourd’hui issu-e-s du volontarisme et de la vacation, qui constituent les corps émergents, sont maintenant plus nombreux que les enseignant-e-s traditionnel-le-s. Et pour ne pas gonfler la masse salariale, qui est contrôlée par les Institutions financières et les bailleurs de fonds, on met le salaire sur le budget matériel de l’Education. Et c’est récurrent, à partir du mois de septembre, ce budget-là est épuisé et le gouvernement a des problèmes pour payer les corps émergents, voilà la réalité. Donc chaque année, à partir de septembre, il y a un problème de paiement des salaires. Ils attendent pour renflouer les caisses qu’il y ait des mouvements de fonds et on attend vers le 10 ou le 15 pour payer les salaires. Nous disons que c’est injuste, nous avons besoin de ces personnels enseignants pour atteindre les objectifs du millénaire. Donc ces enseignant-e-s doivent avoir leurs bulletins de salaire payés à temps, parce que leurs salaires doivent être budgétisés et logés au Ministère du budget, qu’ils soient au trésor et soient payés au même titre que tous les enseignants ! On ne peut pas prendre des salaires, les loger dans un budget matériel et laisser des pères et mères de famille en rade, qui travaillent, attendre jusqu’au-delà du 10 pour ne pas avoir leurs salaires. Tout cela fait partie de notre bataille, celle des organisations syndicales des enseignants, c’est çà le fond du problème.

Quelles mesures les syndicats d’enseignant-e-s entendent-ils prendre par rapport à la lutte actuelle ?

Ce qui se passe dernièrement, vendredi dernier, le cadre unitaire des syndicats d’enseignement s’est réuni, a tenu un point de presse et entend sortir un plan d’action pour d’ici quelques jours, si le gouvernement ne se résout pas à régler et payer les salaires de ce corps émergeant et à mettre en oeuvre les accords de septembre 2009, donc à déposer un autre préavis de grève et aller en action pour mettre fin à tout ce qui se passe aujourd’hui et qu’on assimile à de l’anarchie.

Propos recueillis par Andy Wynne, Dakar, 17 novembre 2010

 
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