mercredi, 22 novembre 2017
 

DECLARATION DE YAW ( Sénégal) : DU CONTRE- EXEMPLE DES DIRIGEANTS IVOIRIENS A LA LEÇON DU PEUPLE TUNISIEN

Réuni en session ordinaire ce Mercredi 19 Janvier 2011, le Secrétariat Permanent de Yoonu Askan Wi / Mouvement pour l’Autonomie Populaire a décidé de rendre publique la présente déclaration.

Pendant que les peuples africains se bougent pour sortir des affres de la misère, les dirigeants coupés - décalés de nos pays louvoient pour préserver leurs privilèges. Depuis le lendemain du scrutin présidentiel du 28 Novembre 2010, la Côte d’Ivoire est plongée dans une situation apparemment sans issue. Le Conseil de Sécurité de l’ONU vient de voter difficilement l’augmentation de 2 000 casques bleus à dépêcher dans ce pays. L’U. A vient d’essuyer un énième revers à travers l’échec de la mission de négociation menée par son émissaire Rayla ODINGA. Devant la faiblesse du Mouvement révolutionnaire dans notre sous-région, y compris en Côte d’Ivoire, dirigée depuis cinquante ans par différentes fractions de la bourgeoisie bureaucratique et compradore, le peuple ivoirien a participé au scrutin présidentiel pour en particulier dire à haute voix :

* halte à dix ans de règne de Laurent Gbagbo, marqué par l’accaparement, l’enrichissement personnel, la politique xénophobe de l’ivoirité qui, en plus des risques de division sur des bases régionales, religieuses ou ethniques, a miné profondément l’unité nationale du pays ;

* non à la violation des droits humains, aux exactions des milices, à la guerre civile réactionnaire.

Les citoyens ivoiriens ont massivement participé au scrutin de Novembre 2010 (83% et 81%, respectivement au 1er et second tour) et sanctionné le Président sortant, Laurent GBAGBO. S’il est vrai que les puissances impérialistes souhaitaient et soutiennent ouvertement la victoire de M. OUATTARA et que ce dernier attend de se faire installer au pouvoir au nom de la prétendue communauté internationale, il n’en demeure pas moins que ce résultat, reflétant les conditions, réalités et rapports de forces existant dans ce pays, exprime le choix actuel du peuple ivoirien. Les forces anti-impérialistes doivent respecter ce choix, et en même temps décupler leurs efforts et leur lutte au service de la libération nationale et de l’émancipation sociale véritables, tant il est vrai que c’est dans la pratique, la lutte et les épreuves que les peuples font leur propre éducation politique.

Pour le Secrétariat de Yoonu Askan Wi, mi GBAGBO, au vu des actes qu’il a posés ou qu’il s’est abstenu de poser tout le long de ses 10 ans de règne, ni OUATTARA notoirement partisan du néolibéralisme, des multinationales et des puissances d’argent, ne portent, dans cette crise, les solutions durables conformes aux intérêts fondamentaux du peuple ivoirien. D’où l’impératif de travailler à l’unification et au renforcement du Mouvement Révolutionnaire Ouest Africain. Monsieur GBAGBO, quant à lui, peut encore rendre un ultime service au peuple ivoirien : quitter le pouvoir sans attendre, épargner ainsi un bain de sang à ses compatriotes et à l’ensemble de la sous région.

Contre toute intervention armée étrangère en Côte d’Ivoire : ONU-CI, Licorne, 41ème BIMA, ECOMOG, mercenaires..! Contre les exactions, les tueries et les violations des droits humains en Côte d’Ivoire ! Contre toute politique néocoloniale de spoliation des peuples africains, d’accaparement et de pillage de leurs ressources naturelles ! Pour le respect de la volonté et de la souveraineté du peuple ivoirien ! Contre toutes les manœuvres de confiscation antidémocratique du pouvoir sur le continent africain ! Pour le panafricanisme des peuples et la solidarité internationaliste !

En Tunisie, c’est précisément la politique néolibérale et ses effets dévastateurs pour les masses portée par M. OUATTARA, que se sont soulevés vaillamment la jeunesse et tout le peuple, actualisant ainsi la voie du courage, du refus et de la dignité. Au pouvoir pendant près d’un quart de siècle, le Président BEN ALI s’est employé à régner d’une main de fer sur la Tunisie, par la dictature et la corruption, couplées périodiquement à des élections de légitimation préfabriquées, allant même jusqu’à supprimer dès 2002 la limitation du nombre de mandats. Stabilité politique apparente, pluralisme de façade, démocratie verrouillée, prédation familiale, croissance économique trompeuse, exclusion sociale étouffante et grandissante ont engendré la juste révolte de la jeunesse et du peuple tunisiens. Emeutes contre le chômage, la vie chère et la confiscation des libertés publiques et individuelles, révolution sociale, populaire et républicaine : le peuple tunisien adresse ainsi en actes ses meilleurs vœux 2011 à tous les citoyens de la planète terre, du Maghreb, d’Afrique et du monde entier. A présent, instruit par sa propre expérience, le peuple veille à faire échec à tout rafistolage sous la forme d’un "système BEN ALI-RCD sans BEN ALI’’, à toute combinaison politicienne destinée à stopper, désamorcer ou dévoyer sa révolution : non, le sacrifice héroïque du jeune BOUAZIZI et le sang des martyrs tunisiens ne seront pas vains, la révolution populaire continue sa marche pour la liberté, la dignité, la république et la justice sociale.

Sous ce rapport, les camarades du Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie (PCOT) ont raison d’’écrire : « Définir une période allant de 45 à 60 jours pour l’organisation d’élections présidentielles vise à garantir la continuité du régime dictatorial à travers l’un de ses anciens symboles… Le plus grand danger aujourd’hui serait de spolier la victoire du peuple, de le déposséder de ses sacrifices, de ses ambitions légitimes pour la liberté et la vie digne par le maintien du régime de Ben Ali à travers un nouveau décor démocratique. Le changement démocratique dans toutes ses dimensions politiques, économiques, sociales et culturelles exige une coupure effective et immédiate avec le régime tyrannique. Cela nécessite la constitution d’un gouvernement provisoire ou toute autre instance à vocation exécutive qui organisera des élections libres pour désigner une assemblée constituante qui pose les fondements d’une véritable République démocratique, où le peuple jouit de liberté, de justice sociale et de dignité. »

La torche allumée par le peuple tunisien vient, comme qui dirait, opportunément projeter sa lumière sur l’obscurité et l’opacité du régime des WADE au Sénégal : privations prolongées d’électricité pour les ménages et les entreprises, corruption et scandales sans cesse recommencés, vie chère intenable et pauvreté galopante en ville comme en campagne, alors qu’une poignée de nouveaux enrichis sans cause dilapident et gaspillent les ressources nationales, la Casamance qui se meurt de ne plus pouvoir compter le nombre de ces Sénégalais morts dans un conflit trentenaire enlisé aujourd’hui dans les dédales de la méthode WADE. Le constat est là : les Chefs d’Etat africains, dans leur écrasante majorité, ne se préoccupent avant tout que de leur désir de se pérenniser au pouvoir, par eux-mêmes, leurs fils, leurs proches ou leurs affidés, quels qu’en soient les moyens et le prix. Pour s’imposer à la tête du pays contre l’ami néolibéral de WADE, Alassane OUATTARA, le Président candidat Laurent GBAGBO a expérimenté des armes dangereuses que le Président Abdoulaye WADE nourrit le sombre dessein d’utiliser lui aussi au Sénégal : Conseil Constitutionnel aux ordres, résultats préfabriqués, violence armée pour étouffer la volonté populaire et réprimer toute velléité de résistance... Le peuple sénégalais, averti par le contre-exemple ivoirien et instruit par la leçon du peuple tunisien, n’acceptera jamais de voir Abdoulaye WADE confisquer les destinées de notre peuple, ou faire de notre pays sa propriété à lui et à sa famille, ni aujourd’hui ni en 2012.

Fait à Dakar le 19 Janvier 2011

LE SECRETARIAT PERMANENT

 
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