jeudi, 21 mars 2019
 

Hold-up presidentiel au SENEGAL : la troisième alternance empêchée, la première alternative reportée

par Diagne Fodé Roland

C’est devenue une coutume de Macky/APR/BBY d’annoncer les chiffres avant de voler les suffrages et les faire confirmer par les institutions dédiées à cet effet (CENA, Commission de Recensement des votes et Conseil Constitutionnel). Ces forfaitures ont été réalisées lors :

- du référendum du waxeet 2016

- des législatives du chaos orchestré de 2017

- du parrainage sélection 2018

- de la présidentielle "j’en fais mon affaire" 2019

Dicter aux institutions censées être non partisanes ce qu’elles doivent annoncer montre que la formule d’Obama selon laquelle "l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes" est un mensonge qui contient une vérité parce que justement ce sont " les hommes forts qui font des institutions fortes et les institutions fortes qui produisent des hommes forts". Il y a donc une dialectique de l’interdépendance entre "hommes forts et institutions fortes" et non le demi-mensonge obamien repris en écho par les esprits aliénés.

L’autocratie Mackiste/APR/BBY se croit tout permis et veut encore une fois que l’opposition accepte d’être les dindons de la farce. Or cette fois, la déclaration commune des 4 candidats ne reconnaît pas "les résultats Kandji" et refuse de faire recours à l’arbitrage du Conseil Constitutionnel considéré comme indigne de confiance.

Macky/APR/BBY gagnent par le coup d’état permanent pour se maintenir au pouvoir, mais le Sénégal et les Sénégalais perdent tout ce que les Assises Nationales avaient mis en orbite pour doter le pays d’un contrat national et moral fondé sur l’état de droit, des institutions indépendantes respectables et respectées (justice, législatives, administration).

L’alternance représentée par la coalition Idy 2019 est écartée Contre le vol des élections et la félonie des institutions chargées de dire le vrai, il n’y a que le soulèvement populaire à l’instar du 23 juin 2011 qui peut faire respecter la volonté du peuple. Or manifestement il y a pas grand monde pour tenir la rue et braver la répression pour obtenir un second tour permettant une troisième alternance libérale. Il est clair que tous les moyens (distribution des cartes d’électeurs, fichiers, parrainage, inscription dans les bureaux de vote, bourrage des urnes, nombre de votants supérieur au nombre d’inscrits, proclamation des votes sans compter l’achat des consciences avec l’argent du contribuable, etc) étant unilatéralement et exclusivement sous le contrôle de Macky/APR/BBY, c’est un jeu d’enfant que de fabriquer les résultats à la Kandji (58%) qui ne sont que les chiffres améliorés du zèle dicté par le premier ministre (57%) à peine quelques heures après la clôture du vote et qui rappellent drôlement ceux de la présidentielle 2007.

Les résultats Kandji attribuent à la coalition libérale concurrente Idy 2019 la seconde place. Ce qui fait penser que dans le plan B du hold-up Mackiste/APR/BBY, les voleurs ont pensé en faire "le chef de l’opposition" fixé dans la Constitution du waxeet en comptant sur le fait que Idy est connu pour être "opposant radical le jour et opposant négociateur la nuit". La signature des 4 candidats au bas de la décision de rejeter les résultats Kandji et de refuser le recours au Conseil Constitutionnel tire le tapis sous les pieds de Macky/APR/BBY en posant clairement la nécessité de sortir du cycle infernal des putsch électoraux des libéraux néocoloniaux au pouvoir. Se pose donc la question que va faire le "vainqueur" après la fête pour conjurer le cauchemar de la frayeur de perdre ? Libérer Khalifa Sall, laisser rentrer et blanchir Karim Wade, chercher à réconcilier la famille libérale néocoloniale, garder les sociaux libéraux du PS/AFP/PIT/LD. Peut-il coupler élections locales et législatives ou va-t-il les organiser dans des temps différents ? L’équation est comment écourter la durabilité du mépris que les Sénégalais affichent pour les "58% volés" Macky tout comme ils l’ont fait pour le "ma waxoon waxeet" de Wade ? L’élection d’une nouvelle Assemblée Nationale apparaît probable pour qu’elle reflète les résultats Kandji et sa mise en conformité avec la disposition constitutionnelle du "chef de l’opposition", celle d’aujourd’hui étant le reflet des législatives 2017 du chaos dont les résultats mettaient en second la coalition du PDS suivie de celle de Khalifa Sall.

La marche vers l’alternative patriotique

Notre coalition Sonko Président arrive en troisième position dans une fourchette de poche avec le second selon les résultats Kandji. Des centaines de milliers de Sénégalais ont voté pour l’alternative patriotique qui allie les conclusions des Assises Nationales avec la sortie de la France du CFA, le rejet des APE, la renégociations de tous les contrats miniers avec les Multinationales et de touts les accords de sujétions à l’impérialisme, la séparation réelle des pouvoirs Exécutif, Législatif et judiciaire, etc. Malgré la machine à voler Mackiste/APR/BBY, il était difficile, voire quasi -impossible de masquer l’impact électoral de la montée en puissance dans le peuple de l’adhésion au programme patriotique, anti-libéral, anti-impérialiste de l’alternative à la mal-gouvernance libérale néocoloniale représentée par la coalition Jotna de Sonko Président.

La présidentielle 2019 a révélé l’existence d’une tripolarisation de la scène politique : les libéraux néocoloniaux au pouvoir et transhumants (APR/BBY/PS), les libéraux non transhumants (Reewmi/Taxaw Dakaru/Grand Parti, etc) et les patriotes/gauche de l’alternative souverainiste anti-libérale et panafricaine. L’ancienne bipolarisation entre les sociaux libéraux (PS et ses démembrements) et les libéraux (PDS et ses démembrements) cède de plus en plus la place à une période transitoire façonnée par les coalitions nées de la sélection du parrainage calculé pour préparer le coup d’état électoral présidentiel. Macky/APR/BBY vont s’atteler à ce qu’ils savent faire le plus, à savoir débaucher à coups de transhumances ou/et alimenter une opposition libérale factice pour brouiller les pistes et tenter de faire de l’ombre à l’alternative anti-libérale et patriotique. Macky/APR/BBY vont tout faire pour bloquer l’ascension du camp patriotique et son leader O. Sonko, y compris en cherchant à l’embastiller tout comme ils l’ont expulsé de la fonction publique et vont aussi organiser les élections locales et l’éventuelle dissolution de l’Assemblée Nationale ou à date échue des législatives avec cet objectif que l’on peut résumer par le slogan "tout sauf l’alternative patriotique".

La campagne présidentielle a montré une force montante fulgurante sur le plan électoral, une grande capacité collective à partager les propositions programmatiques tant par les réseaux sociaux que sur le terrain par le déploiement auprès des masses. Le leader de la coalition, O. Sonko, et le directoire de campagne de la coalition ont montré collectivement un grand sens tactique en cherchant à rallier par le discours et les actes l’électorat qui pour divers raisons rejetait la mal-gouvernance Mackiste/APR/BBY. C’est le cas de la rencontre avec le vieux crocodile libéral néocolonial A. Wade obnubilé et motivé que par le sort de son fils biologique. C’est le cas de la visite en prison au social-libéral Khalifa Sall et au doxontu à Sandaga avec le social-libéral Barthélemy Dias, etc.

La Coalition Sonko Président doit être maintenue sur la base du programme Jotna, mais il faut s’attendre à des débauchages face à l’adversité répressive que Macky/APR/BBY vont nous faire subir. Les forces anti-libérales, anti-impérialistes et panafricaines doivent fusionner dans un grand parti de l’alternative patriotique. La rébellion contre la mal-gouvernance de la jeunesse saine du pays, leur énergie, l’enthousiasme de leur engagement, de leur don de soi, leur savoir faire et leur maîtrise de la communication moderne, du langage d’aujourd’hui alliés à l’expérience, à la mémoire des luttes du passé et aux valeurs programmatiques de la gauche historique en rupture avec l’opportunisme sont les deux mamelles nourricières de l’alternative aux alternances libérales du Sénégal.

Il y a aussi un potentiel de démultiplication du leadership à faire éclore pour éviter ce qui est arrivé plusieurs fois dans l’histoire de l’Afrique résistante. Les exemples sont légion : Sankara, Lumumba, Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Cabral, etc. L’impérialisme et les bourgeoisies néocoloniales neutralisent un leader et tout s’effondre, c’est ce que l’Asie a su déjouer dans les cas Chinois, Vietnam, Nord-Coréen et que l’Amérique du Sud expérimente actuellement à Cuba, au Venezuela. La construction du leadership collectif collégial et démocratique sous le contrôle de la démocratie participative de la base est l’assurance-vie de la pérennisation du projet et du combat émancipateur.

L’histoire ne nous pardonnera pas de rater l’opportunité de fonder par la fusion le grand parti-front rassemblant les classes et couches sociales qui ont intérêt à sortir du système néocolonial : la bourgeoisie souverainiste, l’intelligentsia éthique, la jeunesse estudiantine, les femmes laborieuses, les paysans, les éleveurs, les pêcheurs, les artisans, les travailleurs de l’informel et la classe ouvrière. Ce parti-front des classes sociales contre le néocolonialisme à l’instar du RDA à l’échelle ouest-africaine en octobre 46 s’appelle aujourd’hui à l’échelle du Sénégal Pastef.

1er mars 2019

 
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