lundi, 11 décembre 2017
 

La domination permanente

de Bamba Lindor Guèye

Et les voilà repartis pour exécuter les ordres. Maintenant, c’est Sir François de Hollande qui trône. Ouattara, l’ivoirien que Sarkozy a mis en place, est rejoint par Sall, le sénégalais élu démon-cratiquement par le pays « le plus avancé d’Afrique » en démon-cratie, titre que lui a remis la mère patrie, la France !

Monsieur Sall aurait dû amener avec lui en Côte d’Ivoire les faux gauchards qui lui ont permis d’accéder au pouvoir d’une manière démon-cratique. Monsieur Sall, tu peux aujourd’hui montrer tes camarades, ceux de Benno Siggil Sénégal qui t’ont apporté le pouvoir sur un plateau en or massif, on les a tous démasqués. Ceux qui ont fait croire au peuple sénégalais qu’ils étaient de gauche, socialistes, communistes ou d’extrême gauche, ceux qui luttaient dans le cadre des assises nationales en promettant au peuple de faire table rase du passé, on les retrouve aujourd’hui derrière toi, le libéral, faire la même politique ou même pire que papa Wade. Si ce n’est pas ça une démon-cratie, c’est quoi alors ? Le hold-up du siècle ! Reconnaissez qu’ils sont forts ces hommes politiques sénégalais. On dit partout dans le monde que les politiques sont des menteurs, des faquins et des sans-gêne, je certifie que ceux du Sénégal sont très forts : quelle bande de charognards.

Revenons à cette rencontre des libéraux appelée par Alassane Ouattara qui s’est déroulée à Abidjan. L’objectif : que la France puisse tout imposer aux peuples africains par des méthodes différentes que l’aigre de Sarkozy avec son discours de Dakar. On passe maintenant au doux de Hollande avec son discours de Gorée. Rappelons-nous que le traître Blaise du Burkina a assassiné Thomas Sankara pour faire plaisir à Mitterrand, l’homme de gauche, il y a tout juste 25 ans ce 15 octobre. Et rappelez-vous comment l’ivoirien qui accueille aujourd’hui cette rencontre est arrivé au pouvoir. Son rival de l’époque Gbagbo croupit au tribunal international de La Haye, tribunal mis en place par les patrons pour les nègres marron.

« Ils vont bouffer l’Afrique jusqu’au trognon »

Monsieur Sall, lui, est arrivé au pouvoir sans coup de feu ! Au Sénégal, nous sommes civilisés et depuis toujours collaborateurs, nous connaissons la démocratie, alors nous faisons passer les choses en douceur. Nos dirigeants de l’armée sont formés à Saint Cyr ou à Saumur, en France, et 90% des dirigeants politiques et privés habitent en France ou fréquentent très régulièrement la France. Ils sont obligés de garder ce contact d’abord parce qu’ils ont des comptes à rendre ou des ordres à recevoir mais aussi par intérêts personnels, pour leurs besoins et ceux de leurs familles. Comment voulez vous que ces dirigeants se soucient de leur peuple, ils vont sans gêne se faire soigner ailleurs et envoient leurs proches à l’extérieur du pays dès qu’un besoin se fait sentir. Ces voyous sont sans pitié, ils vont bouffer l’Afrique jusqu’au trognon. Cette pratique date depuis le colonialisme, toute la planète le sait, nous sommes la risée du monde, et au lieu d’y mettre fin, nous courbons l’échine, nous faisons profile bas en rasant les murs. Non ! Disons stop à cette pratique de nos soi-disant dirigeants. Il est temps d’arrêter cette mise à mort de l’Afrique par ces soi-disant dirigeants africains qui n’ont rien en Afrique puisque tout ce qu’ils ont de précieux ils le gardent hors du continent, c’est quand même révélateur.

« Quand va-t-on laisser les africains tranquilles ? »

L’Afrique récupère déjà toutes les vieilles voitures recalées au contrôle technique en Europe, et maintenant il en va de même avec les hommes : après Fodé Sylla, voilà Pape Diouf qui réclame sa place. Quand va-t-on laisser les africains tranquilles ? Je demanderai à Ségolène Royal d’aller créer le nouveau parti socialiste révolutionnaire au Sénégal pour se présenter en 2017, elle en a le droit non ! Elle aussi est née au Sénégal et je suis sûr qu’elle n’aura pas ce complexe qui handicape nos dirigeants. D’un côté nos chefs d’état nous la font à l’envers et regagne la France. De l’autre côté les franco-sénégalais en fin de carrière, après avoir bien servi chez eux en France en tant que porteurs de valises, chauffeurs de salles de meetings ou employés de gros bonnets comme Dreyfus ou Tapie, retournent tranquillement sous leurs cocotiers oubliés depuis leur naissance, pour une retraire dorée. Décidément l’Afrique est un continent vide, il n y a personne, tout est permis. Négliger son devoir dans son pays et se servir des acquis d’autres pays relève d’un manque de vergogne et crée des situations scabreuses pour les peuples, ils exploitent leur peuple à mort. Ce qui se passe dans notre pays ne doit plus continuer, une infime minorité prend en otage tout un peuple et bafoue tous ses droits. Nous voilà soi-disant indépendants depuis 1960, tout le monde sait que le pays est très mal géré depuis, c’est indéniable.

« Au Sénégal les hôpitaux sont ceux que les colons avaient laissés »

La plupart des gouvernants sont des milliardaires, ils possèdent des bien en tous genres : immobilier, parcs de voitures, entreprises… Un homme politique sénégalais peut être locataire à ses débuts et devenir milliardaire en 8 ans, le cas est fréquent, et ça passe, le peuple subit et ne dit rien. Parallèlement, au Sénégal, les hôpitaux sont ceux que les colons avaient laissés, le Dantec, le Principal et l’hôpital Fan, pour citer ceux de Dakar, sont tels quels, d’époque. Et tenez vous bien, peut être même que le matériel aussi est d’époque. Et quand le matériel a évolué c’est grâce aux dons d’associations européennes qui leur fourguent du matériel de récupération bon pour la casse. Si vous venez chez moi, je vous invite avant toutes choses à faire un tour dans les cimetières, à la porte des villes ou des villages, regardez l’âge des morts, vous verrez que la majorité de ceux qui sont couchés devant vous sont morts de mort précoce, par manque de soin, d’une vie dure et le plus souvent sans aucune protection de l’état. Depuis des lustres la précarité fait chez nous des ravages et personne ne bronche.

« Ils nous tuent tous à petit feu, ici et là-bas »

J’ai vu ce mal de la précarité commencer à toucher la France depuis un bon moment, oui, la précarité est là, je vois en France ce que je n’avais jamais vu auparavant. Quand j’étais jeune j’ai connu la France de Pompidou, celle sans chômeur, on faisait venir les immigrés pour faire tourner les usines et l’économie. A l’époque les sénégalais, maliens, ivoiriens… n’avaient pas besoin de carte de séjour. Les cartes de séjour ont commencé au temps de Michel Jobert, ministre des affaires étrangères sous Giscard, petit tour dans l’histoire, à cette époque des années 70, les portugais, espagnols et italiens, eux, avaient besoin de cartes de séjour et de cartes de travail, et oui ! Le monde et ses hommes… D’ailleurs, à cette période, Le Pen ne faisait même pas 1%. Pour revenir à la précarité en France, ceux qui croient que ne meurent dans les rues de France que les sans domicile fixe en hiver se trompent, la misère est là depuis bien longtemps, on tourne la tête, on baisse les yeux pour ne pas la voir, mais elle est là devant nous et avec nous. Allez visiter la France profonde, vous verrez vite la cruauté du système qui dirige le monde. Dans le Finistère, en Gironde, dans l’Hérault ou le Gard, je vous épargne l’Ariège, vous rencontrerez des précaires de toutes sortes : ceux qui croient encore au système et que pôle emploi manipule, ceux qui s’accrochent avec des petits boulots, ceux qui vivent avec le rsa, 400€ par mois… Voilà ce que ce système offre aujourd’hui pour faire reculer l’échéance de la déchéance des uns et des autres. Il nous tue tous à petit feu, ici et là-bas. Et nos dirigeants sont les mêmes, ils sont comme frères et sœurs.

« Sans l’union, nous resterons toujours des serviteurs aveugles »

Soyons nous aussi frères et sœurs pour pouvoir faire face sinon ils nous auront tous un par un. Hier, on ne parlait de dette que pour les pays africains, aujourd’hui le peuple européen est racketté à son tour. Il faut organiser la convergence des luttes partout. Formons les liens aux plus vite, tous ensembles pour dire non ! Sans l’union, nous resterons toujours des serviteurs aveugles. Les hommes politiques qui disent comme Raymond Barre que les immigrés volent le pain des français sont-ils eux des messieurs honnêtes et non-manipulateurs ? Parce qu’ils oublient de dire qu’Areva, Elf et Total ne puisent pas leurs ressources dans le Lotte, et c’est pourtant la France qui en perçoit les bénéfices. Et ça, ils l’appellent comment ? Ce même Mr. Barre ne devait pas être loin le jour où Mr. Bokassa donnait les diamants du peuple centre africain à Giscard. Il est temps que tous ensemble nous disions stop !

« Avec sa richesse, l’Afrique devrait donner et non mendier »

Depuis l’indépendance, le Sénégal a eu trois présidents de la république, plus un tout nouveau, les trois sont rentrés en France après leur mandat. Fini l’angélisme, il faut arrêter ces pilleurs, ils se partagent l’Afrique avec leurs maîtres politiciens européens qui les protègent en retour. Tous nos malheurs viennent d’eux, ceux sont eux qui créent l’immigration, par leurs politiques néfastes ils poussent le peuple à se réfugier ailleurs. Avec sa richesse, l’Afrique devrait donner et non mendier ! Arrêtons d’accuser les autres, les responsables de nos malheurs sont là devant nous, ils trouvent normal que la majorité des hommes politiques, hauts cadres, chefs d’entreprises sénégalais aient une double nationalité, une maison en France avec un compte bancaire bien rempli, que ces gens ne se soignent jamais au Sénégal et que leurs enfants fassent leurs études à l’étranger. Pensez-vous vraiment que des dirigeants qui se comportent ainsi se soucient de construire des hôpitaux, des écoles ou universités dans le pays qu’ils dirigent ? Non, ils n’en ont pas besoin, ils ont cela ailleurs, chez leur maître La preuve dès qu’ils sont remplacés par un autre que le maître aura directement choisi sans gêne, ils rentrent au bercail. Le problème vient d’abord de nous ! Nous optons pour la fuite en masse, plutôt que de nous lever et régler nos problèmes. Les dirigeants politiques et autres cadres Sénégalais sortent quand ils veulent du pays, or pour le peuple sortir légalement du pays est un calvaire : le passeport n’est pas facile à obtenir, le billet est un autre problème et le plus dur des durs, le visa, sur 100 demandes, deux seulement seront accordées et avec quelles conditions.

« Sans papier, on peut vivre comme cela pendant des années en France »

Les recalés les plus déterminés vont risquer leur vie en affrontant le désert ou la mer. Le gouvernement sénégalais est incapable de nous dire le nombre des sénégalais qui sont morts en essayant d’atteindre l’Europe puisqu’ils s’en fichent complètement. Ces recalés partent à l’aventure, l’infime minorité qui va réussir à entrer en Europe va connaitre ce que l’on appelle « être sans-papier », être-là, en chaire et en os mais ne pas exister légalement, tu es comme mort. Tu peux travailler comme une bête de somme pour percevoir un salaire ridicule qui n’est pas déclaré, toujours à la merci du petit con de patron qui veut bien exploiter et que tu fermes ta gueule. Sans papier, on peut vivre comme cela pendant des années en France. Personnellement, j’en ai connu qui vivaient en France depuis plus de dix ans sans papier. Reconnaissez que cette vie est inhumaine et pourtant cela se passe là devant nos yeux.

“Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir" Frantz Fanon

Les politiciens d’ici et de là-bas ont réussi à diviser les peuples pour mieux les exploiter, et plus grave encore, l’union n’existe plus c’est du chacun pour soi, de l’eau bénite pour ces contrôleurs du monde. En ne montrant pas le bon exemple, les politiciens sénégalais détruisent petit à petit le pays et le peuple est laissé à l’abandon.

Etant donné le comportement de leurs dirigeants et leur manque de protection, des gens cherchent à se rendre ailleurs quitte à perdre leur âme et pire encore, à recevoir des insultes et du mépris des pays d’accueil. Ce rejet est orchestré par des hommes politiques manipulateurs de tous bords : « immigrés pique-assiettes », « immigrés pour les allocations familiales », « immigrés pour la sécu » et j’en passe… ! Toutes ces paroles malsaines déversées sur les étrangers depuis des années ont permis à l’extrême droite de se faire du gras et d’abuser des français simples d’esprits.

Il y avait des justes dans les années 40, l’heure des braves a sonné, debout les amis ! Une nouvelle forme d’extermination des peuples opprimés est enclenchée, organisée à partir de la racine jusqu’à la feuille, du peuple africain au peuple européen. Ces monstres ont créé une nouvelle forme de guerre plus sournoise et dévastatrice, cela a débuté dans le continent africain depuis longtemps et ça commence à toucher sérieusement le peuple européen, les signes et effets sont palpables, la dette, la précarité… Bienvenus au club dit le peuple africain au peuple frère d’Europe ! Vous y voilà ! Si nous ne trouvons pas une fin à ce système capitaliste, l’humanité perdra la majorité de sa composante.

« Ce qui m’effraie ce n’est pas l’oppression des méchants mais l’indifférence des bons. A la fin, nous nous souviendrons, non pas, des mots de nos ennemis, mais du silence de nos amis. » Martin Luther King.

Le constat est là, personne ne nous fera comme après 39-45 où on a vu des résistants sortir de partout, ils étaient tellement bien camouflés que les nazis n’ont jamais senti leur présence. Demain personne n’osera dire qu’il ne savait pas !

Bamba Gueye Lindor Le 19 octobre 2012

 
A propos de Afriques en Lutte

Afriques en lutte est un collectif de militant(e)s anticapitalistes membres ou non de plusieurs organisations politiques. Ce site présente les articles parus dans le bulletin (envoi gratuit sur simple demande) ou d’autres publications amies. Notre objectif est de diffuser, à partir d’un point de vue militant, un maximum d’informations (politiques, économiques, sociales et culturelles) sur le continent africain et sa diaspora.

Si les articles présents sur ce site reflètent une démarche volontairement ouverte et pluraliste, leurs contenus n’engagent, bien évidemment, que leurs auteur-e-s. Tous les commentaires sont bienvenus. La rédaction se réserve toutefois le droit de les modérer : les propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes, diffamatoires, à caractère pornographique, pédophile, ou contenant des incitations à la haine ne seront pas publiés.

Pour nous contacter : afriquesenlutte@gmail.com

Thèmes