jeudi, 22 juin 2017
 

MANIFESTE DE « SAMM LI NU BOKK - AS / ALTERNATIVE SOLIDAIRE » : CONSTRUIRE ENSEMBLE L’ALTERNATIVE POPULAIRE ET CITOYENNE

Coalition Senegal

(CITOYENS POUR L’ETHIQUE ET LA TRANSPARENCE (CET JARIN SAMA REEW), FRONT NATIONAL DE SALUT PUBLIC/ MOOM SA REEW, MOUVEMENT TAXAW TEMM, PARTI DEMAIN LA REPUBLIQUE, PASTEF/ LES PATRIOTES, RASSEMBLEMENT NATIONAL DEMOCRATIQUE,YOONU ASKAN WI/ MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE POPULAIRE)

Le parcours politique et économique de notre pays depuis l’indépendance formelle de 1960 montre à l’évidence que le Sénégal et toute l’Afrique manquent cruellement d’indépendance politique et de souveraineté effective sur nos ressources naturelles et culturelles, préalables à tout processus de développement endogène et d’élévation du niveau de vie de nos concitoyens. La cause fondamentale de cette situation réside dans l’absence de projet politique et économique collectif autonome, propre au génie créateur de notre peuple, à même de permettre la libération des forces sociales et de l’énergie vitale susceptibles de planifier, d’organiser et de construire l’avenir solidaire auquel aspire l’immense majorité des Sénégalais et des Africains.

Les élites de l’Afrique, à qui revient cette tâche, l’ont abandonnée au profit d’une vision politique, économique et sociale du monde héritée du modèle colonial occidental et axée sur la poursuite, par d’autres moyens, de la destruction de notre civilisation et de l’exploitation de nos ressources pour le compte des anciens colonisateurs et de leurs alliés. En second lieu, vient l’émiettement de nos Etats en petites entités peu viables où nos élites s’acharnent à conquérir le « pouvoir » de livrer le bénéfice des ressources du pays aux enchères de la puissance étrangère ‘’la mieux-disant’’. Les mauvaises orientations politiques mises en œuvre, des institutions budgétivores, clientélistes, factices et inutiles tel le tout récent Haut Conseil des Collectivités Territoriales, la division et le manque d’unité, tant des Etats que des forces politiques, syndicales et sociales à l’intérieur des Etats, sont à l’origine des nombreux échecs des tentatives de changer substantiellement la vie de misère et de privations qui est le lot de la majorité de nos compatriotes, tant dans les villes que dans les campagnes. Au constat de l’échec de la première alternance au Sénégal, alternance conquise de haute lutte puis dévoyée, divers groupes de patriotes et de démocrates ont entrepris de définir les contours et le contenu d’un projet collectif autonome du peuple sénégalais, et de tracer la voie à suivre pour sa réalisation : ce sont les Assises nationales du Sénégal.

La Charte de Gouvernance Démocratique et le Rapport Général qui en sont issus, élaborés suivant une méthode inclusive et participative, indiquent de manière claire les changements et les ruptures indispensables pour que le Sénégal recouvre enfin une véritable indépendance politique et la souveraineté économique sur ses ressources matérielles, morales et humaines. Cinquante-cinq années de politiques et de législations d’inspiration coloniale appliquées par une élite politique largement assimilée, qui a intériorisé la vision occidentale à la fois du monde et de nous-mêmes, ont plongé notre pays dans l’impasse. Armées de cette prise de conscience, les diverses forces politiques constituant notre Pôle de rupture alternative sont résolues, au constat de la deuxième alternance maquillée et travestie, à s’unir pour relever le défi de la mise en œuvre, par tous les moyens démocratiques appropriés, des conclusions issues des Assisses nationales et des travaux de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI). Quel paradoxe en effet pou un pays comme le Sénégal qui, malgré sa tradition intellectuelle aussi ancienne que forte, malgré l’absence de coup d’Etat militaire de l’indépendance à nos jours, malgré « l’ aide publique au développement » soutenue consentie par ses alliés occidentaux, malgré une large culture de cohésion sociale, malgré une administration publique de qualité largement reconnue, cherche toujours ses marques et peine à se développer, ne parvenant pas à se hisser, au minimum, au même niveau que d’autres pays qui, il y’a 50 ans, ne partaient pas sur de meilleures bases que nous sur le plan économique, alors qu’aujourd’hui ils nous ont distancés de loin ! L’on constate en effet avec désolation la déliquescence prolongée du système public d’éducation et de santé, malgré un nombre d’enseignants, de formateurs, de chercheurs et de cadres de haut niveau, parmi les plus compétents en Afrique. Au fil du temps, faute de politiques et de programmes de développement pertinents et éprouvés, l’économie décline, les conditions de vie des populations se détériorent surtout pour les couches sociales les plus démunies et les plus vulnérables, 56% de la population croupissant, chaque jour davantage, dans la pauvreté et la précarité. En même temps, la bourgeoisie bureaucratique et parasitaire au pouvoir s’enrichit insolemment à vue d’œil, alors que se développe un chômage endémique, affectant surtout les jeunes, du fait entre autres d’un système éducatif en inadéquation avec les besoins du monde du travail et les exigences de développement endogène du pays. Rien d’étonnant alors quand les entreprises nationales périclitent les unes après les autres, si elles ne sont pas mort-nées, du fait d’un cadre économique dominé par les multinationales impérialistes exploiteuses et voraces. Face à une telle situation, aucun des gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays de l’indépendance à nos jours, n’a su ni pu opérer les ruptures qui s’imposent, à même de mettre le Sénégal sur les rampes du développement économique et social endogène au service des larges masses populaires des villes et des campagnes. A la lumière de ce bref constat, le présent Manifeste se veut à la fois l’expression d’un creuset de convergences solides, d’une volonté de rupture politique et éthique assumée, en même temps qu’un signal fort et un guide sûr pour l’action transformatrice, en vue de l’atteinte de nos objectifs de libération, d’émancipation, de refondation et de changement social. Pour cela, il nous faut impérativement nous unir, nous organiser, nous lier aux masses et à leurs luttes, construire une véritable force politique alternative, puissante et crédible, capable de conquérir le pouvoir et de l’exercer aux côtés du peuple et à son service. Une telle perspective demande une préparation efficace mais aussi une implication victorieuse dans les batailles politiques, sociales et culturelles actuelles et à venir, en même temps qu’un ancrage résolu dans nos objectifs et valeurs fondamentales de référence : promotion de l’éthique et de l’intérêt général, changement positif des mentalités et des comportements, Etat de droit et justice égale pour tous, patriotisme économique, indépendance nationale et souveraineté populaire dans tous les domaines, gestion durable de l’environnement et des écosystèmes naturels. Il nous sera alors possible, sur cette base, de promouvoir des candidatures autonomes et victorieuses à l’occasion des batailles électorales de 2017, 2019 et au-delà. Il nous appartient de relever tous ces défis en nous inscrivant clairement dans une optique et une dynamique de rupture radicale pour un réel changement de cap et de perspective. Une telle rupture s’avère d’autant plus nécessaire que les deux alternances de 2000 et 2012 n’ont pas été, comme souligné plus haut, à la hauteur des attentes du peuple sénégalais, et que se pose l’exigence absolue de procéder à des transformations fondamentales, porteuses de progrès pour le développement économique, social et culturel de notre pays sur la voie tracée par la Charte de gouvernance démocratique, les Conclusions des Assises Nationales et les recommandations de la CNRI, évoquées ci-dessus, pour la réforme globale des Institutions et la refondation de la République. Telle est, selon nous, la voie incontournable en vue d’approfondir, d’élargir et d’enraciner la gouvernance démocratique, participative et inclusive, facteurs de paix, de stabilité et de cohésion sociale véritables. Voilà autant de raisons qui fondent l’urgente nécessité de la mise en place du pôle alternatif dénommé Coalition « SAMM LI NU BOKK -AS/ ALTERNATIVE SOLIDAIRE », afin d’œuvrer ensemble et efficacement à la construction d’un front politique apte à rassembler l’essentiel des patriotes, républicains et progressistes conséquents partageant les mêmes valeurs, la même volonté d’en finir radicalement avec la dictature émergente de l’Etat-Parti APR qui cherche à museler toutes les forces d’alerte et de résistance, à asservir les hauts fonctionnaires et l’administration toute entière, à imposer unilatéralement, loin de tout esprit patriotique et sincère de dialogue ou de consensus, sa seule volonté sur toutes les questions d’enjeu national, africain ou international. La réalisation de nos objectifs salutaires d’ouverture et de rassemblement se fera sous l’éclairage, outre le présent Manifeste, d’une Plateforme politique de rassemblement, d’une structuration souple et fonctionnelle, ainsi que d’un Plan d’Actions et de Communication cohérent, à court, moyen et long terme, le tout dans la pleine prise en compte des diversités enrichissantes, complémentaires et fécondes.

Ce Manifeste est donc aussi un appel, qui repose sur la conviction que, malgré le découragement compréhensible né des espoirs déçus, malgré la crainte que peuvent inspirer des forces politiques hostiles et rétrogrades, il survit et il vit dans l’âme de la majorité des Sénégalaises et Sénégalais une flamme qui refuse de s’éteindre : la flamme du patriotisme. De cette flamme, nous voulons faire un feu qui chassera les ténèbres du repli sur soi, du clientélisme, de la gabegie, de la corruption, de l’incompétence, du pillage des ressources publiques, de la dépendance et de la soumission, bref, des nombreux maux qui gangrènent l’évolution de notre pays mais que nous, pour notre part, refusons de contempler ou d’admettre comme des fatalités. Dans cette optique, nous, organisations politiques et citoyennes signataires du présent Manifeste, prenons solennellement l’engagement d’œuvrer sans relâche, dans le respect des principes démocratiques et républicains, au rassemblement et à l’unité de tous les patriotes, nationalistes, panafricanistes, anti-impérialistes et internationalistes, démocrates et républicains, attachés toutes et tous à un changement de cap radical et authentique, conforme aux attentes, aspirations et espérances des peuples africains en lutte pour l’indépendance, la souveraineté, la justice sociale, la liberté, l’égalité, la paix, la solidarité et la fraternité, la sécurité et le développement, pour aujourd’hui et demain.

 
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