samedi, 16 décembre 2017
 

Non Karim, les Sénégalais ne sont ni des dupes ni des demeurés !

Les Sénégalais ont été sidérés de recevoir, par presse interposée, ta « Lettre ouverte » en date du 4 juillet 2011, dans laquelle, tu t’expliques sur le projet politique que ton père t’a destiné, tout en demandant « compréhension et compassion » face à « l’injustice » dont tu serais victime de la part de malfaisants. Cette sortie, à la place de ton père que les Sénégalais voulaient entendre depuis ce 23 juin historique, a fini de les convaincre définitivement que, désormais, tu t’es substitué à lui pour prendre en main les affaires de l’Etat, afin de mieux assurer la réussite du projet de dévolution monarchique du pouvoir qu’il a échafaudé pour toi. Tes dénégations véhémentes de la réalité de se projet n’ont, en effet, pour objet que de masquer l’échec patent des deux premiers scénarii que ton père avait mis en œuvre à cet effet, pour mieux détourner l’attention sur le retour au scénario originel que ton père avait conseillé à Faure Yassimba, d’appliquer pour succéder à son défunt père.

Ton père avait essayé de te faire passer par la conquête de la Mairie de Dakar, mais il s’est heurté au rejet massif, dans les urnes, de ce scénario par les populations, jusque dans vos deux bureaux de vote lors des élections locales du 29 Mars 2009.

C’est alors le cœur gros d’amertume, qu’il a tenté, avec l’appui de vos amis à l’Elysée, de te faire passer à travers une révision de la Constitution pour instituer un « ticket » à la candidature à l’élection présidentielle de Février 2012, pour asseoir ton accès au pouvoir à travers son pouvoir de nomination du remplaçant du Vice Président démissionnaire.

La ficelle était tellement grosse qu’elle a soulevait une levée de masse pour l’obliger, ce 23 juin historique, de le retirer sous la pression de la rue.

Ce fut le second et le plus terrible camouflet que le peuple lui infligeait dans sa stratégie de dévolution monarchique du pouvoir. C’est donc dans ce contexte, que tu t’es autorisé, à la place de ton père, de t’adresser aux Sénégalais pour nier l’existence de ce projet, dans une ultime tentative de masquer la portée historique de ce second rejet qui a ébranlé les fondements du régime de ton père qui est devenu aphone et irritable depuis lors.

Mais, en vieux routier de la politique, ton père n’avait de cesse de te préparer à hériter de son Parti, de te faire une cagnotte, et de contrôler l’armée, pour en faire les piliers, en dernier ressort, de ton accession au pouvoir pour lui succéder.

Il avait pleinement conscience des énormes obstacles auxquels il devrait faire face pour dérouler, avec succès, ce scénario originel, au point de chercher des raccourcis institutionnels, qui ont tous, à son corps défendant, ont été rejetés massivement et sans équivoque par les Sénégalais.

C’est ce retour à ce scénario originel que tu as tenté d’annoncer à la fin de ta « Lettre ouverte » en ces termes : « En conclusion, il nous faut renouveler notre ambition pour le Sénégal, en compagnie de citoyens simples et droits, courageux et travailleurs, issus des centres urbains, de la banlieue et des zones rurales et avec tous les millions d’hommes, de jeunes et de femmes qui nourrissent autant d’amour et de passion pour notre cher Sénégal. »

Après avoir écarté Idrissa Seck et Macky Sall, ton père a mis en veilleuse les instances dirigeantes de son Parti pour lui de substituer son « Directoire de Campagne électorale », pratiquement réduit à un « Comité des 9 », au sein duquel trônent tes plus proches soutiens.

Il vient, ensuite, de peser de tout son poids politique, institutionnel et financier, pour imposer tes hommes à la tête de l’organisation de la jeunesse du Parti, l’UJTL.

Ainsi, pour ta prise de contrôle du parti de ton père lors du Congrès prochain, il ne reste que l’obstacle que constitue le « Mouvement des Femmes », que ton père compte rallier à ta cause, à travers un odieux chantage sur les femmes débitrices, dont des « femmes leaders », de 3,5 milliards sur le prêt de 4 milliards du Fonds Taïwanais, qu’il leur avait donnés en crédit depuis 2005, dans sa quête de clientèle politique en direction des Législatives qui étaient initialement programmées pour Mai 2006, avant d’être reportées en juin 2007.

De cette manière, avec le Parti sous ton contrôle, la cagnotte amassée, il ne te resteras pour réunir les différentes composantes du scénario originel que la « loyauté » des Forces armées que ton père s’est chargé d’obtenir par tous les moyens à sa disposition. Le projet de dévolution monarchique du pouvoir est donc bel et bien mis en œuvre, malgré tes dénégations véhémentes.

Mais le mépris envers les Sénégalais que tu as hérité de ton père, t’empêche de voir, à tes dépends, que les Sénégalais ne sont ni des « dupes » ni des « demeurés », mais des gens de grande culture politique historique, soucieux de leur souveraineté nationale, et profondément acquis à la République et aux valeurs de Démocratie et de Justice sociale.

C’est pour cette raison que ce scénario originel, comme ses prédécesseurs, va aussi lamentablement échoué. En effet, la « loyauté » des Forces armées, la candidature à un troisième mandat pour ton père, et le système électoral sous le contrôle des hommes de ton père aux Ministères de l’Intérieur, de la Justice, et au Conseil Constitutionnel, constituent le véritable « tendon d’Achille » de ce scénario de dévolution monarchique du pouvoir.

A cet égard, tu te rendras amèrement compte que nos Forces armées et de sécurité ne sauraient en aucun cas, troquer leur réputation légendaire de « forces républicaines » attachées à son peuple, par une « loyauté » acquise à force de privilèges indus. De même, le Mouvement du 23 Juin a dors et déjà déclaré sa résolution d’obliger ton père à renoncer à sa prétention à un troisième mandat illégitime, au moment où, l’opposition est sur le pied de guerre pour extirper du système électoral les hommes liges de ton père, pour libérer le suffrage du peuple sénégalais.

C’est parce que ton père est conscient de ces véritables obstacles au succès de son scénario originel, qu’il a décidé de prendre l’offensive en s’attaquant, par un projet de loi sur le CNRA, à la liberté de presse audio visuelle, et de reconstituer ses « forces de violence », comme en attestent les récentes révélations sur l’arrivée de « mercenaires » recrutés par ses hommes liges, pour semer la terreur et attenter à la vie et à la sécurité de tous ceux qu’il estime être un danger pour son projet de dévolution monarchique du pouvoir.

Ce tournant a été possible du fait de l’impunité totale qu’il continue de garantir aux agresseurs et autres assassins que l’on a découverts dans son camp, comme l’illustrent éloquemment la « grâce » et « l’amnistie » qu’il a accordées aux assassins de Me Sèye, et l’absence de poursuites judiciaires contre nombre d’agresseurs, d’assassins et de leurs « commanditaires », pourtant dûment identifiés. Tu devrais donc dire à ton père, qu’il est suicidaire pour lui et pour toute ta famille, de persévérer dans cette direction, face à la détermination des Sénégalais et aux valeurs républicaines de nos Forces armées et de sécurité.

Ce n’est donc pas parce que tu te nommes « Wade » que les Sénégalais t’ont rejeté, mais c’est essentiellement à cause du projet de dévolution monarchique du pouvoir que ton père a concocté en ta faveur en violation des fondements républicains et démocratiques de notre Etat, de ton refus ostentatoire de rendre compte de ta gestion de l’ANOCI, au point de faire limoger un Président de l’Assemblée nationale, de ta volonté notoire de mettre à genou les entreprises nationales, comme ITOC dans le secteur pétrolier, Jean Lefévre Sénégal dans le bâtiment, qui refusent de s’aligner sur ta pratique de « pots de vin », et, surtout, de la confusion que tu entretiens, dans ta gestion des affaires familiales et des affaires de l’Etat, comme l’illustrent encore, tes fonctions de Ministre, chargé de la coopération internationale, et celles de Trésorier, chargé de lever des fonds électoraux, au nom du Directoire de campagne que ton père a mis sur pied. Les conséquences néfastes de cette confusion de fonctions, pour la réputation internationale de notre pays, viennent d’être tristement illustrées par cette « affaire de 13 milliards » que le Qatar aurait remis à ton père en récompense de sa « visite » aux insurgés de Benghazi.

Dis donc à ton père de laisser tout tomber et de dégager avant qu’il ne soit trop tard pour ta famille.

Ibrahima Sène, citoyen Sénégalais, membre du PIT/SENEGAL

Fait à Dakar le 5 Juin 2011.

 
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