mercredi, 22 novembre 2017
 

PARTIS POLITIQUES, SOCIETE CIVILE : MESURER NOS RESPONSABILITES HISTORIQUES DANS LA VICTOIRE OU LA DEFAITE DES FORCES POPULAIRES ET CITOYENNES

A moins de six mois de l’élection présidentielle de février 2012, il s’avère urgent d’interpeler l’ensemble des forces véritablement patriotiques, partis politiques comme société civile, sommées de mesurer leurs lourdes responsabilités, individuelles et collectives, au regard des graves périls qui guettent notre peuple et notre pays. Est-il besoin de s’appesantir sur les constats ? Les masses populaires des villes et des campagnes souffrent. Chaque jour que Dieu fait, nos concitoyens souffrent et meurent du chômage endémique des jeunes, des hausses incessantes des prix, des coupures incessantes d’électricité, des inondations récurrentes, du sabotage de l’école, de la santé, de la distribution des intrants agricoles et des campagnes de commercialisation. A cela s’ajoutent le piétinement constant de l’éthique et l’érection des antivaleurs en modèles de vie et de comportements, sans oublier la guerre meurtrière qui perdure en Casamance. Pendant ce temps, comme pour narguer nos compatriotes, Abdoulaye Wade et les siens se livrent sans retenue au pillage systématique de toutes les ressources nationales, financières, foncières, minières, immobilières et autres, multipliant les scandales politico-financiers, les actes de corruption et de mal-gouvernance, au plus grand mépris des lois, des règlements et de la charte fondamentale de notre pays, la Constitution. Après les milliards engloutis dans la mégalomanie des dépenses de prestige, synonymes opportunément de dessous de tables fort juteux (n’est-ce pas Monsieur 15% ?), le jeu favori de nos rois et princes rime présentement avec distribution à la pelle (‘’asaaloo asabonbe’’) des deniers du contribuable, à coups de millions voire de milliards, de véhicules 4x4, minibus, billets de pèlerinage et autres largesses faciles, jetées allègrement par dessus les fenêtres du palais. Des mouvements de soutien, des écuries de lutteurs, des chefs de village, des imams et autres marabouts, soigneusement triés sur le volet, deviennent opportunément les bénéficiaires de cette ‘’générosité légendaire du Chef de l’Etat’’.

Dans le même temps, Monsieur Wade, pour appâter les puissances occidentales, joue au sergent éclaireur des Sarkozy, Obama et autres Cameron, se permettant même de sommer Khaddafi de Libye et Assad de Syrie de ’’quitter le pouvoir pour éviter un bain de sang à leurs peuples’’ !!! L’œil rivé sur le marché juteux du pétrole et de la reconstruction des pays détruits, voici la recolonisation armée en marche. Sous couvert de « protection des populations civiles », les forces de l’ONU et de l’OTAN bombardent et massacrent à leur guise, avec les applaudissements de certains de nos ‘’Présidents d’Afrique’’, fraichement en Côte d’Ivoire, actuellement en Libye. Il est clair que Monsieur Wade, comme écrit dans la déclaration du 09 Août 2011 de la Délégation Exécutive Nationale de YOONU ASKAN WI, « ne prépare pas une élection régulière, transparente, démocratique et pacifique. Il s’emploie à réussir par tous les moyens un hold up électoral parfait, un coup de force lui permettant d’imposer son clan’’. Recherche effrénée d’un troisième mandat clairement anticonstitutionnel (‘’maa waxoon waxeet’’), achat massif des consciences, blocage volontaire de l’inscription des jeunes sur les listes électorales, rétention préméditée des cartes d’électeurs dans des zones réputées favorables à l’opposition, par suite du redécoupage scélérat et froidement calculé de plusieurs collectivités locales, carte électorale nationale taillée sur mesure, arsenal répressif renforcé : tout y passe, feignant d’oublier que « Ku soppi fal, sàppi folli la ! » (Elu par la soif de changement, le trop plein de déception fera ta chute). Il cherche visiblement à se proclamer lui-même vainqueur dès le 1er tour, afin de s’installer au pouvoir, le temps de chauffer la place au poulain de son choix ; ou alors, avec le même dispositif de fraude, il s’efforce de réunir les conditions du passage en force du candidat de sa galaxie. Pour préparer l’opinion, inhiber ou étouffer dans l’œuf toute velléité de résistance citoyenne et populaire face à son coup de force prémédité, Wade mise sur la division et l’émiettement de l’opposition, des forces populaires et citoyennes plus généralement, ainsi que sur les faux ralliements et soutiens, exhibés à longueur de journée par la machine à propagande de la RTS. L’objectif ici est d’enfoncer d’ores et déjà dans la conscience collective des Sénégalais l’idée, fausse évidemment, selon laquelle les jeux sont déjà faits, les citoyens électeurs ont déjà voté en faveur du clan Wade !!!

L’opposition se fera t- elle le complice, conscient ou inconscient, d’une telle forfaiture ? L’on peut légitimement se demander si l’opposition sénégalaise, incarnée principalement aux yeux de l’opinion par la coalition BENNOO SIGGIL SENEGAAL, a vraiment envie de remporter les élections ou si elle a réellement la capacité de relever le défi des gens d’en face. Si par malheur les forces populaires et citoyennes perdaient la bataille face au clan Wade, une telle catastrophe devrait alors être essentiellement imputée aux tergiversations, aux incohérences et aux combats d’arrière garde au sein de l’opposition, ou en définitive à son manque de crédibilité et à la faillite de ses élites. En 2009, BENNOO SIGGIL SENEGAAL a incontestablement cristallisé l’aspiration du peuple à un vrai changement, ainsi que le rejet sans équivoque, par les citoyens électeurs, du projet wadien de dévolution dynastique du pouvoir. Amplifiant la dynamique, le mouvement populaire du 23 juin 2011 a redonné vigueur à la démocratie citoyenne directe, par la reconquête de la souveraineté du peuple, assumant debout devant l’Assemblée nationale, la légalité et la légitimité constitutionnelles, jusqu’à imposer la volonté populaire à Wade et à ses députés. Ainsi, face à la détermination des forces vives unies dans la diversité du mouvement social, politique, citoyen et populaire, s’échoua dans la mer de Ndaayaan le projet de loi du clan Wade « instituant le ticket présidentiel ». Qui prendra la responsabilité de briser cette dynamique unitaire transcendant les frontières et logiques étroites de « la société politique », les suspicions, méfiances et méprises de « la société civile », pour l’émergence d’une authentique lame de fond capable d’en finir avec le système Wade ? Qui prendra la responsabilité de renvoyer aux calendes grecques l’opportunité de l’application effective des conclusions des Assises nationales du Sénégal, initiative inédite et féconde d’élaboration collective d’une vision partagée, de portée stratégique, pour la refondation de notre Etat, de notre République, de notre démocratie, de notre projet panafricaniste de développement économique, social, culturel et écologique ? Qui prendra la responsabilité de donner un cynique coup de pouce à la volonté affirmée de Wade et des siens de se pérenniser au pouvoir ? Tels sont les enjeux qu’aucune stratégie électorale gagnante au service du peuple ne saurait mettre sous le boisseau. L’heure n’est point aux aventures solitaires, aux calculs étroits, ni aux candidatures de positionnement, de diversion, de provocation, de division ou de marchandage.

Le pouvoir a toujours bénéficié, et il bénéficiera toujours, de la parcellisation des luttes politiques, démocratiques, sociales, populaires et citoyennes. Chaque citoyen a le droit de choisir la forme de son engagement, et mérite que les autres citoyens respectent son choix, à la seule condition qu’il s’agisse d’un engagement à servir la vraie cause du peuple. Décréter que la société civile ne représente rien, qu’elle ne saurait servir tout au plus que d’appendice aux partis politiques, ou prétendre que les partis politiques ont fait faillite, ont fait leur temps, relèvent de visions tronquées, donc fausses, de la réalité des combats de notre temps. L’engagement politique est un devoir citoyen, l’engagement citoyen est un sacerdoce politique, au sens vrai du terme. Honte alors à qui se dérobe pendant que Sunugaal sombre dans les flots du régime prédateur des Wade ! La ‘’candidature de l’unité et du rassemblement’’, prônée par Bennoo Siggil Senegaal, si elle a un sens, ne saurait être la candidature du seul Bennoo Siggil Senegaal., des seuls partis politiques. Elle exige ce que le camarade Amath DANSOKHO appelle ‘’la dilatation du Bennoo’’, ou ce que moi-même je nomme une ‘’transcroissance cu bennoo’’, à travers la nécessité impérieuse de « promouvoir sans retard le bennoo du peuple et des citoyens... Le bennoo est une exigence du peuple, le bennoo du peuple et des citoyens ne saurait avoir qu’une seule équipe, qu’un(e) seul(e) candidat(e) », qu’une seule stratégie, unitaire et gagnante (in article de presse : ‘’Les sept plaies du régime de Wade’’, 25 Février 2011). C’est dans cette perspective que BENNOO ALTERNATIVE 2012 a, dès le départ, inscrit sa démarche et ses objectifs. Malgré les incompréhensions, parfois les invectives, les préjugés, les procès d’intention voire les procès en sorcellerie, malgré les obstacles et les insuffisances inévitables, BENNOO ALTERNATIVE 2012 s’efforcera de garder le cap : le cap d’une dynamique unitaire en construction au service exclusif du peuple sénégalais, le cap d’une contribution de poids à la mise en place de cette large alliance nationale qu’attendent les Sénégalais pour ‘’en finir avec le système Wade, refonder la République sur des bases démocratiques, populaires et citoyennes, telles que tracées par les conclusions des Assises Nationales’’. Le temps nous est désormais compté, les acteurs politiques et sociaux, BENNOO SIGGIL SENEGAAL en particulier, se doivent de hâter résolument le pas, se départir des certitudes faciles, du flou artistique et des travers du ‘’marché muusante’’, pour se hisser à la hauteur des attentes populaires et citoyennes : la victoire est à ce prix, ensemble nous en avons les moyens, ensemble nous pouvons.

Dakar, 03 Septembre 2011

Madièye MBODJ Porte- parole de Yoonu Askan Wi / Mouvement pour l’Autonomie Populaire

 
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