samedi, 23 septembre 2017
 

Sénégal : Alternance 2012, Les risque de ‘’casus belli’’

Les sénégalais viennent de remporter, le dimanche 25 mars 2012, une éclatante victoire sur des hommes politiques sénégalais qui incarnaient le mal dans toutes ses dimensions, depuis plus deux décennies. Abdoulaye Wade, en tête. Tout le monde l’a dit, cette victoire revient au peuple sénégalais en premier et à son fer de lance la jeunesse sénégalaise (héritière de celle de Mai 68), qui a fait irruption sur la scène politique, avec son cri de ralliement : « Y en a marre ».

Sans sa détermination, son dynamisme, sa perspicacité politique, tout allait se jouer, dès le 23 juin 2011. Donc une fière chandelle à cette ‘’jeunesse bien saine’’, qui a abattu un travail remarquable dans les bureaux de vote et au niveau des media pour faire barrage aux forfaits des ennemis du peuple. Comme nous l’avons toujours soutenu, nos compatriotes ont démontré qu’ils étaient, en avance sur beaucoup d’hommes politiques de notre pays. D’ailleurs, la déconvenue des hommes de Benno Siggil Senegaal (du fait des calculs politiciens puérils, leurs egos), le naufrage de Wade et de son Pds, les 26 février et 25 mars 2012, en sont des preuves éclatantes.

Parmi les fautes graves qui peuvent expliquer la perte du chef des ronds de cuir, Wade (hormis son mépris affiché à l’égard de ses compatriotes : pour lui personne ne pouvait le remplacer… à part son fils), sa suffisance morbide, le lâchage de ses fidèles compagnons, le gaspillage ahurissant et éhonté des deniers de l’Etat, c’est cet ultime tripatouillage de la Constitution, qui allait lui offrir l’occasion d’être élu au ‘’premier tour’’ avec 25% des voix, qui a sonné le glas de sa fin politique. Ce dernier subterfuge lui aurait laissé grandement ouverte la voie lui permettant d’introniser son prince de fils à qui il disait du haut d’une tribune sur la corniche : ‘’Je dirai à ta maman que tu as bien travaillé’’.

C’est pourquoi, tout en félicitant le président Maky Sall, pour son élection, nous l’appelons à plus de circonspection pour qu’il fasse attention en ce qui concerne le respect des engagements pris, en vue de satisfaire les attentes des populations. Les populations ne demandent pas l’impossible, mais elles n’entendent pas non plus être gouvernées comme par le passé sous Wade. Satisfaire leurs attentes, c’est lancer des signaux forts consistant à opérer des ruptures salvatrices, tant du point de vue de la gestion correcte des ressources publiques et du patrimoine de l’Etat, que du redressement des torts et du recouvrement des deniers de l’Etat volés au grand jour, d’une part. Et, d’autre part, du recouvrement des valeurs cardinales sénégalaises de bonne conduite, piétinées en direct, quasiment tous les jours, depuis Palais de la présidence de la République.

Il serait fastidieux de dresser une liste. Mais nous pensons que vos collaborateurs seront à l’écoute des populations, pour ce faire. Cependant il n’est pas superflue de leur souligner que gérer autrement, suppose affecter et réaffecter judicieusement les ressources de l’Etat à des secteurs prioritaires tels que : l’agriculture, l’électricité, l’école et la santé. Dans cet ordre d’idée le sénégalais lambda ne pourrait pas comprendre cette velléité, de votre part et de votre équipe, de maintenir le Sénat, cette institution tant décriée. En tout cas son maintien risque de provoquer un premier ‘’casus belli’’ majeur entre ceux qui ont milité pour l’alternance vraie (le M23) et le gouvernement de la nouvelle alternance.

Car dans la conscience collective sénégalaise, le mandat parlementaire, voire l’action politique d’une manière générale, sont regardés négativement comme une sinécure et non comme un sacerdoce. Sous le régime de la loi-cadre, en 1956, les députés de l’Assemblée Territoriale, touchaient des indemnités de sessions. Actuellement, ils bénéficient des émoluments d’un trader de la bourse. En Europe, jusqu’à une date récente, un président de Conseil d’Administration (PCA) devait se contenter de ses jetons de présence, comme les autres administrateurs. Actuellement, au Sénégal, quel est le train de vie d’un PCA du secteur para public ? Gros salaire, palais, véhicule de fonction, carburant, téléphone, un bureau inutile, douteux, pour des audiences douteuses etc. Présider un Conseil d’administration que quatre fois par an environ, comme tache essentielle, devrait-il expliquer autant d’avantages ?

L’engagement du président Makcy Sall, consistant à limiter son gouvernement à 25 membres, a été apprécié positivement par beaucoup de ses concitoyens. Vivement que cela fasse tache d’huile jusqu’au niveau de la chambre des députés, appelée ‘’chambre d’applaudissement’’ par certains sénégalais, afin qu’elle retrouve son effectif d’antan de100 députés, ou moins.

LE SENAT, UNE INSTITUTION ANTI–DEMOCRATIQUE ACHEVEE

Pour en revenir au Sénat, dans sa conception à la sénégalaise comme dans son acception, il symbolise une institution anti-démocratique achevée. Un parlement de 100 membres dont les 65 sont nommés par le président de la République, il n’y a rien de plus inacceptable en démocratie. Mis en avant sous Abdou Diouf, supprimé puis ramené et maintenu sous Abdoulaye Wade, cet organe a été institué ni pour approfondir la démocratie ni pour garantir les intérêts des populations, mais uniquement pour caser une clientèle politique. Donc, du fait qu’il va contribuer à grever inutilement le budget de l’Etat, rien ne peut justifier son maintien. Il en est de même du Conseil Economique et Social.

Par ailleurs, la reforme municipale et des collectivités locales de 1996, conçue sous Abdou Diouf, obéissait à cette même logique de caser un personnel politique affamé à la veille des élections de 1998-2000. Les communes d’arrondissement qui sont nées de cette réforme, n’ont servi qu’à doter des hommes d’appareils politiques : véhicules, carburant, téléphones, logements de copains conventionnés à prix d’or. Actuellement, les communes d’arrondissement ne sont que des fantômes institutionnels qui ne sont là que pour entretenir une bureaucratie inutile. Nous n’osons croire que le nouveau régime qui va entrer en fonction sera tenté de pérenniser ce jeu politicien. Dans l’intérêt des populations, nous pensons qu’il est nécessaire de s’engager à une nouvelle réforme municipale et administrative rectificative, tendant à ériger, à la place de ces communes d’arrondissement, des voiries d’attaque, dotées de moyens convenables, pour faire face à l’insalubrité des quartiers.

Au lieu de faire la politique de nos moyens en obligeant nos hommes d’Etat à vivre comme des hommes d’Etat d’un pays pauvre (à l’instar du président Thomas Sankara, qui arborait une R5), comme véhicule de fonction), nous leur avons laissé calquer leur mode de vie sur celle de l’élite de la métropole. Quel style de vie devrait adopter un homme d’Etat d’un pays pauvre endetté (PPTE), est une question non tranchée.

Au moment où jusque dans la capitale, Dakar, des gens peinent à assurer les deux repas à leurs familles, est-il juste que des ministres circulent avec des véhicules dont chacune est estimé à prés de 20 millions de Cfa ? Est-il normal qu’ils se mettent à construire des ‘’châteaux, chacun estimé à des milliards de francs Cfa, à Dakar, à Somone, Ngaparou, au Cap et à voyager en classe économique ? Plus grave, le journaliste chroniqueur Souleymane Diop nous informe (et jusque là non démenti), que la directrice de une société privée, l’Apix, siégeant au Conseil de ministre, touchait un salaire mensuel de 7 millions de francs Cfa. Normal, du reste, selon un organe de presse de la place, qu’elle affichait une mise et une mine de deuil, lors de la conférence de presse, le 27 février, donnée au palais de la République, son bienfaiteur, renvoyé au 2ème tour, à l’occasion de l’élection présidentielle 2012.

La question de l’écart de la fourchette des salaires, à l’intérieur de la fonction publique, entre le privé et le public, mérite d’être revue, dans le cadre d’une harmonisation des grilles indiciaires et la lutte contre la corruption. Nous ne devons nullement singer cet exemple du Bénin, s’il est établi que le salaire du président de la République de ce pays, dépasse ceux des présidents des Etats Unis, de la France et de la grande Bretagne et fait 538 fois le SMIG. Au Sénégal, le salaire de cette directrice fait 35 fois le salaire mensuel d’un cadre supérieur débutant (un médecin par, exemple), de la fonction publique, avec 200 000 F et 196 fois le SMIG qui n’a pas bougé depuis 1996. Soit : (209,10 de l’heure X 173,33, mois = 36 243 F)

ROMPRE AVEC LE ‘’MEGOTAGE ECONOMIQUE’’

Au plan économique, nous devons rompre avec le ‘’mégotage économique’’. Le mégotage économique c’est cette vision qui consiste à se contenter de ‘’petits projets’’ de ‘’petits financements’’, d’industrie de bonbons, pour venir à bout du chômage. Ces palliatifs au chômage sont inopérants devant ces bataillons de 270 000 jeunes chômeurs qui frappent, chaque année, à la porte de l’emploi. Tout le monde a vu que ‘’l’opération maitrisard’’, le FNPJ (Fonds national pour la promotion des jeunes), sorte de miroir aux alouettes politicien, ont fait long feu. D’autre part, de piètres économistes libéraux ressassent, en nous tympanisant les oreilles, des slogans : ‘’compétitivité’’, ‘’croissance’’. Comment peut-on parler de compétitivité de croissance, lorsque l’énergie fait défaut partout, en ville et en campagne ? Pour venir à bout du chômage, il faut avoir une vision de ’’New deal’’ à la Roosevelt (1) ou de la NEP (Nouvelle Politique économique), à la Lénine, dans les zones de développement économique des régions de Tambacounda, de Ziguinchor, du Fleuve et des autres régions centres du pays. C’est çà le remède au chômage endémique des jeunes, rongés par l’angoisse et l’incertitude.

Autre ‘’anomalie cinquantenaire’’ : Il y a quelques temps, à l’approche du premier tour de l’élection présidentielle de février 2012, nous avons entendu un responsable politique du département de Linguère répéter ce dont nous avons entendu parle, depuis notre tendre jeunesse (vers les années 1952/53), à Louga. Comme quoi, ‘’pendant l’hivernage, les femmes des pasteurs déversent le lait caillé dans les marigots, faute de débouchés’’. Or, en ce moment, le lait caillé que mangent les Sénégalais provient du lait en poudre importé à hauteur de 40 milliards de francs Cfa, par an. Ce qui contribue à ‘’perturber’’ dangereusement notre balance commerciale. Combien de fois des candidats de cette localité (à l’élection présidentielle ou à l’élection à l’Assemblée nationale), ont eu à tenir la promesse de régler le problème ? Aussi, à la même période, on parlait du projet de bitumage de la route Matam-Linguère ou Linguère-Matam. Non seulement les populations de ces localités n’ont pas vu une route faite de cailloux, mais ils ont été ahuris de voir, un jour, des ouvriers s’affairer à déboulonner les traverses de la voie du chemin de fer mythique Louga-Linguère.

Ne quittons pas cette zone du sahel pour signaler que le lac de Guiers qui alimente Dakar en eau potable traverse de nombreux villages dont les habitants éprouvent des difficultés pour s’alimenter avec leur bétail, en eau. Cela, au moment où une concession léonine est octroyée à une Compagnie qui casse du sucre sur nos têtes, chassée de Madagascar à l’époque, pour pomper cette eau moyennant ‘’un franc symbolique’’. Et c’est dans ce contexte qu’un Ambassadeur dont le pays massacre des paysans d’un autre pays (La Palestine), est venue faire dans la diplomate philanthropique ’’ ou dans ‘’l’activisme agronomique’’, dans la contrée, pour ‘’apprendre’’ à nos agronomes esseulés, par le manque de moyens, comment monter une ferme agricole.

Ce n’est un secret pour personne, que c’est l’agriculture et la transformation de la production agricole, qui portent le développement endogène d’un pays. Aujourd’hui malgré la crise, amplifiée par une pluviométrie de plus en plus déficiente, le mil, le sorgho etc., font tourner des minoteries sénégalaises. Et avec l’aide de l’ITA (Institut de technologie alimentaire), nous avons dans nos échoppes des quartiers, en ville, du ‘’sanxal’’, du ‘’araw’’ calibré ‘’fondé’’, du ‘’araw’’, calibré ‘’caagri’ et en coucous. C’est cela qui permet de revivifier nos campagnes en y fixant les jeunes et relancer davantage l’emploi au niveau des PME et PMI. Il faut signaler par ailleurs que l’Unacois à eu à proposer, naguère, un prélèvement de 5000 francs sur la tonne de riz importé dans le but de soutenir la production de cette céréale. Mais à ce jour on a préféré écouter plutôt les banquiers et autres lobby importateurs qui en tirent profit. Durant cinq décennies (50 ans), on a préféré enrichir des politiciens véreux, trafiquant de licence de pêche, des ‘’bâtisseurs’’ (dont ce trafiquant qui fait dans le ‘’Monument’’), et des banquiers exploiteurs qui ont mis à genou notre économie, avec la complicité d’un Etat prébendier. Le gouvernement de l’Alternance 1012, va-t-il remédier à cela ? Nous attendons de voir.

De toute évidence la sécurité alimentaire des sénégalais ne sera pas assurée, si on se complait à importer les produits essentiels pour alimentation des Sénégalais. Alors que notre pays dispose des terres arables, fertiles au nord, au sud, au centre où nous pouvons cultiver riz, mil, fonio etc., à suffisance. Qu’est qui voulait faire de la Casamance la Californie du Sénégal ?

Rompre avec le mégotage économique c’est également disposer d’un système bancaire convenable, permettant de répondre aux préoccupations des vrais opérateurs économiques. C’est s’engager à doter le pays d’industries industrialisantes et non des industries de pacotille ou de ‘’bonbons’’. En d’autres termes des usines de fabrique de tracteurs, de machines-outils, avant les usines de ‘’montage d’avions’’. C’est s’opposer aux diktats des ‘’investisseurs’’, au nom d’un culte d’une certaine ‘’compétitivité’’, d’une certaine ‘’croissance’’ qui appauvrit les travailleurs.

‘’Devenir pauvre en travaillant’’, que Dieu et le prochain gouvernement en garde les braves protégés de Sidya Ndiaye. Nous devons opérer un coup d’arrêt concernant ce fétichisme de l’investissement. Les premiers investisseurs sont les travailleurs sénégalais, créateurs de richesse. Le Sénégal devrait-il accepter ces genres d’investissements qui ont mis les économies de la Grèce, d’Espagne, du Portugal dans la tourmente, et menace même la France ?

VIVEMENT, UN NOUVEAU TYPE DE SENEGALAIS

Disons-le sans fioriture, c’est à une Révolution mobilisatrice que les Sénégalais s’attendent, afin de faire bouger les choses dans la bonne direction. Quand Fadel Barro et ses camarades parlent, de N.T.S (Nouveau Type de Sénégalais), ce n’est rien d’autre qu’une révolution. Se débarrasser de la République couchée (pour reprendre l’expression mémorable, du Pr. Ousseynou Kane), devant des ‘’leaders de sectes’’ et des charlatans affairistes se drapant du manteau de marabout, bannir les termes : ‘’récompense, partage du gâteau’’ du lexique des valeurs républicaines, des esprits et des plateaux des médias, arrêter les valses de valises d’argent vers les factions armées en Casamance, c’est opérer une véritable révolution.

La ‘’récompense’’ est quelque chose d’incongrue, quand il s’agit d’une œuvre pour soi. Si on se mobilise pour le fonçage d’un puits dans le village où l’on habite (un engagement politique sain), afin de pouvoir boire à sa soif, manger à sa fin avec sa famille, devrait-on s’attendre à une quelconque ‘’récompense’’ ?

Parmi les secteurs à révolutionner ‘’stratégiquement’’, notre école devra y occuper la première place. Au plan de l’orientation pédagogique, depuis 50 ans, les programmes de l’école sénégalaise (de l’élémentaire à l’Université), n’ont fait que perpétuer le système d’enseignement d’aliénation de type colonial. Un seul exemple peut renseigner sur le désastre : n’importe quel lycéen français peut distinguer un sapin d’un autre arbre de l’hexagone. Ce qui est tout à fait le contraire, chez un élève lycéen sénégalais. Celui-ci aurait des difficultés de faire le distinguo entre le ‘’kadd’ et le séngg (espèces d’arbres célèbres de chez-nous). Le hic c’est que simplement le jeune Français côtoie le sapin, chez-lui, à l’école, dans les livres, en campagne et à la télévision. Alors que l’univers d’un jeune lycéen sénégalais c’est essentiellement les télés occidentales. Actuellement, rares sont les élèves du secondaire, les étudiants du supérieurs qui ont lu une œuvre de Cheikh Anta Diop, à fortiori avoir entendu parler de Xaali Majaxate Kala (Khaly Madiakhaté Kala), Serin Muusa Ka (Serigne Moussa Ka) ou Ceerno Sulèymaan Baall (Thierno Souleymane Baal).

Notre aliénation est si grave qu’elle nous fragilise au plan économique. Certains de nos compatriotes préfèrent le label ‘’Made in Etranger’’, à celui ‘’Made in Sénégal’’. Nos artisans cordonniers de la Médina avouent estampiller sur leurs chaussures ‘’Made in…’’ un pays européen, coté dans le domaine de la confection des chaussures. Cela pour éviter la mévente. Et ça marche ! Quel drame !

En France quelqu’un parle de ‘’droite décomplexée’’. Nous pensons que ‘’l’Elite africaine décomplexée’’, ce serait un bon thème de débat au pays de Njaa jaan njaay (Ndiadiane Ndiaye). Mais également au pays de Djo balard, le congolais.

Donc, à ces privilégiés bornés, disciples d’un gourou adepte de petits plaisirs et autres soirées libertines dans des hôtels lugubres, cramponnés à leur clefs de coffres, faisant parfois le tour de leurs propriétés, prêts à nous servir la charabia de la ‘’fin de l’histoire’’ nous leur rappelons les propos du professeur français agrégé de droit public, Maurice Duverger : ‘’La révolution ce n’est pas la destruction. La Révolution, c’est la construction.’ Evidemment, lorsque ceux qui se cramponnent à leurs privilèges considèrent tout changement comme un drame, la construction, voire la reconstruction, dans l’intérêt du grand nombre, est qualifiées de ‘’chaos’’. Ce qui fait que ceux voudraient même devenir esclave pour recouvrer leurs privilèges.

On le voit, nous touchons là du doigt un autre paramètre qui renvoie à l’indépendance et à notre souveraineté. Toutes choses occultées, de nos jours, par des soi-disant ‘’stratèges’’, ‘’spécialistes’’, ‘’analystes économistes’’, de sophistes plutôt, qui squattent les moyens de communication, tous les jours et ne jurent que pour Napoléon et De Lattre en snobant le professeur vietnamien Nguyen Giap.

LE PACTE COLONIAL EN QUESTION ?

De toute façon, le Sénégal ne peut plus faire l’économie d’un débat ‘’d’orientation générale de la gestion’’ de la chose publique. Même s’il faut passer par une ‘’Conférence Nationale Souveraine’’. Car, ici comme en Afrique, c’est une élite colonisée acquise à la vision occidentale du monde, du bien être occidental, coupée des réalités de son peuple, réfractaire aux débats de société pour une libération politique, économique, sociale, culturelle salutaire de notre continent, qui est à la base du blocage de l’Afrique. Le président Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop, Nkrumah, Thomas Sankara, pour ne citer que ceux-là, avaient une claire conscience que l’indépendance économique, politique et sociale est une donnée incontournable pour la libération de nos populations.

Notre ami Macky Sall, ses collaborateurs et son gouvernement entendent-ils incarner la vision de ces valeureux africains ? En tout cas lorsqu’il dit que ‘’ La patrie prime sur le parti’’, cela induit des actes à poser qui cadrent avec leurs visions. Autrement dit, ceci appelle des actes sans détour, tendant à contrer les pilleurs de nos finances, et les pollueurs de notre espace vital. En tout cas ce n’est que par des actes forts allant dans le sens de refuser de faire place nette aux intérêts des multinationales, en défense des intérêts de la patrie, qu’il (Macky) peut venir à bout des accusations selon lesquelles il roule pour les Toubabs (les français) ou l’impérialisme, selon l’économiste en chef du PIT (Parti de l’Indépendance et du Travail. Nous le savons tous, notre indépendance, voire notre souveraineté sont mises en mal par la survivance de ce pacte colonial qui existe entre la France et ses anciennes colonies, condensé dans ce triptyque (Franc Cfa, bases militaires française et UMEOA). Notons que l’économiste ivoirien Nicolas Agbohou, professeur agrégé d’économie, aborde un de ces aspects dans son livre « Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique’’.

Ce qui est sur, c’est qu’aucun programme de développement économique ne peut être viable à coté de ce pacte colonial qui consiste à favoriser les intérêts de la puissance colonisatrice, au détriment de ceux nos populations. D’ailleurs, dès les premières heures de nos indépendances, cette domination fut qualifiée de nécolonialisme par des patriotes africains conscients de leurs responsabilités historiques.

Mais comment s’identifie ou se donne le phénomène ?

Pour en avoir le cœur net, laissons la parole au Dr. Adou Assoa, secrétaire national chargé des Relations Extérieures du FPI (Front Populaire Ivoirien), qui a eu à dépoussiérer le 30 novembre 2006, à Paris, ce fameux Pacte, connu aussi sous l’appellation ‘’Accords de coopération’’ entre la France et la République de Cote d’Ivoire, La république du Dahomey et la République du Niger.

Dr. Assoa : « Le 24 avril 1961, soit un peu plus de huit mois après son accession à l’indépendance, la Côte d’Ivoire signe des accords de coopération avec la France, dont l’annexe II du chapitre IV dénommé accord de défense et de sécurité, signé en compagnie du Dahomey (actuel Bénin) et du Niger, stipule ce qui suit :

« Article 1er – Les matières premières et produits classés stratégiques comprennent.

Première catégorie : les hydrocarbures liquides ou gazeux ; Deuxième catégorie : l’uranium, le thorium, le lithium, le béryllium leurs minerais et composés »

Et l’alinéa de l’article 5 de cette annexe dispose : ‘’En ce qui concerne ces mêmes matières et produits, la République de Cote d’Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger, pour les besoins de la défense, réservent par priorité, leur vente à la République française après satisfaction des besoins de leur consommation interne, et s’approvisionnent par priorité auprès d’elle’’.

Comme on le voit aisément, la Côte d’Ivoire, si elle a du pétrole, n’a pas le droit de le vendre, au plus offrant, sur le marché international sans l’accord de la France. De même, elle ne peut pas en acheter sur le marché international sans l’accord de la France. Il en va de même pour l’assistance militaire, comme l’indique l’alinéa 1 de l’article 3 du chapitre V dudit accord consacré à l’assistance technique militaire : « La République de Côte d’Ivoire en vue d’assurer la standardisation des armements, s’adressera en priorité à la République française pour l’entretien et le renouvellement des matériels et équipements de ses forces armées’’.

C’est dans le cadre de l’acceptation de cette suzeraineté du général de Gaulle et de la France que l’économie ivoirienne est la propriété de la France : le port d’Abidjan est une propriété d’une société française, le téléphone filaire est la propriété d’une société française, la distribution de l’eau potable en Côte d’ivoire est l’affaire d’une société française. Et si la production, la construction du réseau de distribution de l’énergie (courant électrique) et l’entretien des équipements restent l’affaire de la Côte d’Ivoire, la distribution et la commercialisation de l’énergie sont la propriété d’une société française.

Tout, en Côte d’Ivoire, doit appartenir et appartient de fait à la France. Faut-il rappeler que le chapitre IX de ces accords de coopération, consacré à l’économie, aux finances et à la monnaie, stipule, en son article 15, qu’un compte dénommé ‘‘Côte d’Ivoire - droits de tirage’’ et logé au Trésor français, « est crédité notamment de la contre-valeur des règlements en devises correspondant aux exportations, ainsi que des dons et prêts en devises que la République de Côte d’Ivoire obtiendrait de pays extérieurs à la zone franc ou d’organismes internationaux », avant de préciser, en son article 36, que « Les relations entre le Trésor français et le Trésor ivoirien restent régies par un Accord spécial ».

Ce type d’accord dont fait cas le Dr. Assoa, Mutatis Mutandis, et du même type existant entre la France et tous les autres Etats francophones. Y compris le Sénégal. La ‘’Françafrique’’ c’est çà !

QUE FAIRE DE CES ‘’MACHINS’’ : L’UA, CDEAO, UEMOA ?

Si on n’est pas naïf, il est aisé de comprendre ce qui s’est joué fondamentalement en Cote d’Ivoire, depuis septembre 2002, date de référence concernant les derniers événements, ponctué par l’enlèvement du président Gbagbo.

Voici une anecdote illustrative que nous tenons du témoignage de notre feu doyen, ami et collègue, O. Thiam, ancien fonctionnaire du ministère des Finances. Elle permet de saisir la nature des rapports de domination qui existent entre notre pays et la France, ancienne puissance colonisatrice. Vers les années 70, pendant la gestation de la télévision sénégalaise, notre pays a eu à engager avec le Japon, des discussions, pour la mise sur pied de la télévision nationale. L’offre portait sur la couverture totale du pays. Avec à la clef, des bourses de stage pour le personnel, des postes téléviseurs en couleur, dont le prix de revient à l’époque, ne dépassait pas 150 000 F Cfa. Mise au parfum, une société française (Alsthom, pour ne pas la nommer), joua les coudes pour torpiller le marché et rafler la mise. Mais son offre consistait à nous fourguer ‘’une télévision expérimentale’’ en noir et blanc.

Même dans le giron du capitalisme, nous ne disposons pas de marges de manœuvre pour choisir notre propre ‘’partenaire stratégique’’ et signer souverainement des contrats avec qui on veut entre : Singapour, le Brésil, l’Allemagne ou le Japon etc. Cela se traduit par une balance commerciale toujours favorable à la France, à coté du reste du monde.

Il va s’en dire que le combat contre le Pacte colonial (une insuffisance des Assisses Nationales), ne peut se mener efficacement et triompher, sans une diplomatie hardie soutenue par les populations africaines (débarrassée du blabla qui a entouré le NEPAD), sans un combat mené pied à pied à l’intérieur de ces ‘’machins’’ de l’UEMOA, de la CEDEAO, l’UA, ces organismes de syndicalistes jaunes d’Etats, adeptes de la diplomatie à deux vitesses, totalement sous les bottes d’un autre machin ‘’la communauté internationale’’ des Sarkozy, Obama, Cameron et leurs instruments : PCI, Fmi, Banque ‘’mondiale’’, ennemis jurés des peuples qui osent dire non.

Alors, le président Maky Sall fera t-il le saut, en disant non à ce Pacte colonial ? L’avenir nous le dira peut-être !

NOTES

1) Cette vision lui a valu, pour la première fois dans son pays, un troisième mandat. Sans bruit.


* Ababacar Fall-Barros est x-membre du Bureau politique d’And-Jëf/Pads Coordonnateur du Grila-Sénégal.

Source : http://pambazuka.org

 
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