samedi, 23 septembre 2017
 

SÉNÉGAL : Demain la Gauche au pouvoir

L’histoire politique du Sénégal montre de toute évidence que de 1960 à nos jours les partis de la gauche historique comme le PAI, le PIT, la LD, And Jëf ne sont pas parvenus à assurer la prédominance de leur vision de gauche à l’échelle nationale et se faire porter au pouvoir par le peuple. Pendant plus d`un demi siècle, les sénégalais et les sénégalaises n’ont connu que quatre régimes dirigés par les présidents Léopold Sédar Senghor du Parti Socialiste de 1960 à 1981, le Président Abdou Diouf du Parti Socialiste de 1981 à Mars 2000, le Président Abdoulaye Wade du PDS parti libéral de Mars 2000 à Mars 2012 et enfin le Président Macky Sall, libéral aussi, élu depuis le 25 Mars 2012.

Ainsi depuis l’indépendance de 1960 à Mars 2000 nous avons vécu sous le règne du Parti Socialiste. Pendant ces quarante années, les forces politiques de l’opposition, et diverses autres organisations sociales du peuple ne se sont pas limitées aux seules analyses quantitatives pour apprécier le bilan du Parti Socialiste sinon elles n’auraient certainement pas milité pour l’alternance le 19 Mars 2000.​ Le peuple sénégalais avaient bien perçu et compris que malgré ses multiples réalisations dans les divers secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de l’industrie, de l’éducation, de la santé, de l’artisanat, de la pêche, du tourisme, du transport, de l’hydraulique, de la communication, des infrastructures terrestres, fluviales, aériennes, communicationnelles, culturelles, portuaires etc., le Parti Socialiste n’a pas réussi le pari du développement durable et équitable au profit du peuple sénégalais. Son bilan économique et social nous renvoie à la fameuse thèse de l`éminent économiste Samir Amin qui nous parlait « de croissance sans développement ».

De fait, si le Parti Socialiste a eu à faire des efforts dans le domaine de la croissance économique (les aspects quantitatifs), un constat d’échec lui est imputable côté développement durable (les aspects qualitatifs en terme d`impacts sociaux par rapport à la qualité de la vie de la majorité des sénégalais et des sénégalaises). Malgré les milliards injectés au Sénégal (capitaux propres, emprunts et subventions) le Parti Socialiste n’a pas apporté de réponses satisfaisantes aux équations suivantes : • l’accès à un revenu durable paramétré au coût de la vie au profit du peuple et particulièrement des populations démunies par la création d’emploi, l`appui financier et l`encadrement des initiatives privées, une bonne prise en charge de la demande sociale en générale ;

• la sécurité alimentaire ; • la santé ; • l’éducation ; • l’eau potable ; • l’énergie ; • l’habitat ; • la communication au sens large ; • les services de qualité (santé, éducation, transport, commerce, communication, formation technique et professionnelle, production artistique et culturelle, etc.) ; • les secteurs productifs et compétitifs (agriculture, industrie, pêche, artisanat, tourisme, NTIC etc.) ; • les politiques de protections sociales ; • la décentralisation ; • l`urbanisation et l`aménagement du territoire ; • l`environnement ; • l’instauration d’un véritable état de droit capable de garantir la promotion et le développement durable du Sénégal, une véritable Culture Citoyenne Républicaine Positive ;

Pendant quarante ans, progressivement, lentement mais sûrement, les échecs répétés et l’arrogance du Parti Socialiste finirent par entrainer le peuple sénégalais dans une certaine misère sociale. La nature antidémocratique et antipopulaire du système néocolonial qu’il a instauré, et qui a entraîné le malaise social des masses populaires sénégalaises, est parfaitement justifiée par ces quelques faits extraits de son histoire :

• la loi 80 01 votée par la majorité mécanique PS à l’Assemblée Nationale a provoqué la cascade de fermetures d’entreprises malgré la farouche résistance politique et syndicale ; • la confiscation des libertés démocratiques (interdictions : de marches d’organisations politiques, syndicales, élèves et estudiantines ; de meetings de partis de l’opposition, de syndicats, etc.) ; • les répressions violentes des luttes des masses populaires en quête de libertés politiques, économiques, syndicales, sociales, d’expression etc. ; • l’impunité face à certains scandales financiers (ex : le scandale de la Croix Rouge avec l’affaire Siga Seye, les lingots d`or du fameux bateau « le Sweat Seagal ») ; • l’application des Plans d’Ajustement Économique et Financier : le Plan de Redressement Economique et Financier (PREF) et le Plan d’Ajustement à Moyen et Long Terme (PAMLT)). Ce sont ces politiques, menées sous le diktat du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM), qui ont accéléré la paupérisation du vaillant et stoïque peuple sénégalais ; • les problèmes de bonne gouvernance démocratique, économique et sociale qui ont provoqué l’accélération du processus d’accumulation des contradictions sociales antagoniques entre le peuple et le Parti Etat Socialiste ; • Les impunités constatées dans le traitement de certains dossiers (les cas des étudiants grévistes Alphousseyni Cissé et Oumar Guéwël, arrêtés et enrôlés par la force dans l’armée sénégalaise et finalement morts décapités à Santhiaba Manjack, à la frontière en Casamance dans le Département d’Oussouye ; la mort mystérieuse de l’opposant politique Oumar Blondin Diop dans sa cellule à Gorée pour cause de suicide selon la thèse du Parti-Etat PS de Senghor. Retenons à ce sujet que l’opinion publique de l’époque et, particulièrement les opposants politiques, étaient d’avis contraire et avaient porté leurs soupçons sur le Ministre de l’intérieur Jean Collins ; la mort d’Idrissa Sagna occasionnée par une balle tirée par un policier lors de la fameuse grève des élèves du lycée Djignabo en 1981etc. • Le mode de gestion d’un Etat qui a fini par provoquer une inflation galopante des prix des denrées de première nécessité, des autres produits et services, accélérant ainsi la misère des populations en quête d’équilibre socio économique. • Etc. Le parti socialiste était très conscient de la montée du mécontentement populaire et de la dynamique unitaire qui se ficelait autour d’une opposition politique. Pour contenir la résistance populaire qui montait en puissance, les socialistes ont usé de plusieurs procédés tactiques parmi lesquels nous avons noté : diviser les partis, les syndicats, les étudiants, les élèves et autres organisations de masses ; créer des partis politiques et syndicats satellites au service du pouvoir ; dissoudre arbitrairement des partis politiques et autres mouvements de résistance contre l’ordre néocolonial ; installer des mouvements de soutien ; actionner les armes de la corruption, du chantage, de l’intimidation, des affectations arbitraires, du licenciement abusif, de la marginalisation de cadres opposants, de l’élimination arbitraire aux examens, du renvoi d’élèves et étudiants opposants, le média-mensonge et l’assassinat politique camouflé etc.. Une opposition courageuse et conséquente a pu saisir les opportunités d’un contexte marqué par une application rigoureuse des recettes libérales du FMI et de la BM (moins d’état mieux d’état) avec son lot de conséquences désastreuses à savoir : • une cascade de fermetures d’entreprise du secteur public et para – public ; • des licenciements massifs de travailleurs pénalisés par la loi 80 01 ; • une inflation du prix des denrées de première nécessité, des autres produits et services, réduisant drastiquement le pouvoir d’achat des masses sénégalaises ; • la répression des luttes des masses (syndicats, partis politiques, organisations d’étudiants, d’élèves, de la société civile etc.) ; • etc. Ces caractéristiques socioéconomiques, qui ont ainsi marqué le contexte de cette époque, finirent par créer les conditions subjectives et objectives d’une possibilité d’alternance politique au Sénégal. Prenant en compte ces données fondamentales de la situation nationale, And Jëf décida alors de réviser la décision du congrès de 1998 qui avait retenu la candidature de Landing Savané pour les élections présidentielles de Février 2000. Les instances de direction nationales du parti, convoquées en Conseil National, décidèrent de surseoir la candidature du camarade Secrétaire Général et optèrent pour une nouvelle démarche tactique. L’exacerbation des contradictions socioéconomiques, politiques ; les conflits internes du PS, avec les démissions : de Niass qui crée le parti Alliance des Forces Démocratiques (AFP) ; de Djibo Kâ, le Parti Union pour le Renouveau Démocratique (URD), en plus des résultats des législatives de Mai 98, ont fini par convaincre AJ/PADS de la pertinence de sa nouvelle approche tactique. Le parti décida alors de travailler pour la mise en place d’un vaste mouvement populaire pour la chute du régime PS et l’avènement de l’alternance politique au Sénégal. Cette position était finalement partagée par d`autres partis de la gauche historique comme la LD, le PIT, le MSU etc. Une fois cette nécessité perçue, l`équation du « Que Faire » devient alors la principale contradiction à résoudre. Les éléments d’analyse, tirés de la situation politique, économique et sociale ; de la détermination des forces politiques de l’opposition et des résultats électoraux de plusieurs années, ont convaincu les membres de la CA2000 à faire du PDS et de son Secrétaire Général Abdoulaye Wade le principal levier pour concrétiser la chute du régime du Président Abdou Diouf. L’histoire attesta que la CA 2000 devint une véritable force d’avant garde qui a organisé, mobilisé et amené la majorité du peuple sénégalais à réaliser le changement historique souhaité. La grande mutation de la CA 2000 en Front pour l’Alternance (FAL) provoqua la défaite du régime PS. Entre autres instruments du schéma tactique utilisé contre le pouvoir PS, notons l’apport plus que déterminant du Front pour la Régularité et la Transparence des Élections regroupant l’écrasante majorité des partis de l’opposition (le FRTE).

Mais il nous semble opportun de préciser que cette victoire du peuple n’a été possible que grâce à la mobilisation des hommes, des femmes, des jeunes (structurés dans les partis politiques, dans les Ongs, dans la société civile, dans les organes de presse etc.). Autrement dit, aucune force politique, y compris celles de la CA2000 qui ont eu à jouer un rôle d’avant-garde, ne peut prétendre s’approprier toute seule les résultats politiques historiques de Mars 2000. S’il est vrai que la Chute du PS a été occasionnée par la mobilisation populaire, il nous faudra tout de même reconnaître que ce sont les partis politiques de la gauche historique, membres de la CA 2000, qui, au sein du Pôle de Gauche, ont constitué le noyau déterminant des forces d’avant-garde qui ont dirigé le combat politique de l’alternance.

QUE S’EST IL PASSÉ DEPUIS CETTE FAMEUSE VICTOIRE DU PEUPLE SÉNÉGALAIS QUI A INSTAURÉ L’ALTERNANCE DE 2000 À LA CHUTE DU RÉGIME DU PRÉSIDENT WADE LE 25 MARS 2012

Avec la chute du parti socialiste le 19 Mars 2000, le peuple sénégalais portait un grand espoir sur la nouvelle équipe gouvernementale marquée par la présence des leaders de la Gauche historique comme Landing Savané SG AJPADS, Amath Dansokho Président du PIT, Abdoulaye Bathily SG LD, des cadres politiques issus de ces partis politiques et de la société civile. Le peuple avait espoir que les nouveaux dirigeants allaient démarrer une nouvelle ère pour un Sénégal nouveau qui se serait progressivement débarrassé des tares de l’état néocolonial PS. Le peuple s’attendait à l’instauration d’un nouveau mode de gestion qui favoriserait l’émergence d’un Nouveau Type de Citoyen Sénégalais (NTCS) réellement au service de sa république.

Si de Mars 2000 à mars 2012, des réalisations ont été comptabilisées au plan quantitatif pour le gouvernement d’une alternance finalement confisquée par le Parti État-PDS avec son cortège de transhumants politiques parmi lesquels figurent d’anciens militants de la gauche qui sont devenus des renégats et des boucliers à la solde des néolibéraux du Parti-État Libéral Néocolonial (le PDS) ; au plan qualitatif un constat d’échec lui est imputable. Le résultat du bilan global du Parti-État PDS est une perte pour le peuple Sénégalais. A son passif nous avons noté une amplification des tares qui avaient occasionné la chute de l’ancien régime PS ; un mode de gestion autocratique qui a finalement produit de véritables anti modèles de par leurs comportements budgétivores, leur boulimie foncière et leur parfaite méconnaissance de la gestion administrative de l’Etat (un esprit fonctionnaire nocif au développement de la société). L’alternance n’a donc pas travaillé à éradiquer ce type de politiciens qui militent pour un style de gestion absolument partisan situé aux antipodes des principes et valeurs fondamentaux qui garantissent l`instauration d’un véritable Etat de droit démocratique au service exclusif des intérêts fondamentaux du peuple ; aux antipodes d`un État géré par des dirigeants qui de par leurs théories et pratiques s`engagent absolument et constamment à prouver qu`ils ont une parfaite compréhension de ce que sont : l’éthique de responsabilité et l’éthique du pouvoir ; la bonne gouvernance démocratique et économique. Le mode de gestion des libéraux fut un véritable obstacle à l’émergence d’une Culture Citoyenne Républicaine Positive (CCRP). Ces derniers ont sérieusement travaillé à asseoir les conditions objectives d’une régression sociale vivement décriée par le peuple. Mais reconnaissons que le bilan du régime du Président Abdoulaye Wade présente à son actif des réalisations dans divers secteurs.

Au début de l’alternance, compte tenu de la nature de l`État libéral du Président Wade et de son Parti le PDS, nous avions émis de sérieux doutes quant à la capacité et la volonté politique du nouveau régime libéral dirigé par le PDS à asseoir un mode de gestion basée sur une Vision Nationale de Développement Économique et Sociale (VNDES) de rupture qualitative par rapport à celle néocoloniale que nous avions connue avec le Parti Socialiste. En douze ans d’alternance le doute n’était plus permis. Le Parti État PDS avait fini par imprimer à notre chère République un mode de gestion libérale ultra populiste dont le bilan laisse apparaître la prédominance d’actes de mal gouvernance aux conséquences sociales désastreuses, des finances déstructurées (conséquence d`un comportement irrationnel des décideurs stratégiques champions dans les dépassements budgétaires) et un recul très net de la Culture Citoyenne Républicaine Positive (conséquence de l`approche politique populiste du Président Wade). En douze ans d’alternance une nette progression de la misère sociale a provoqué chez les sénégalais un profond sentiment de malaise et de déception.

En douze ans d`alternance le mode de gestion du Parti État libéral PDS n’a été que le reflet de la nature opportuniste, populiste, monarchique et versatile d’un Président de la république à qui la constitution sénégalaise a accordé un véritable pouvoir présidentialiste. Le caractère autocratique de ses décisions, ses voltefaces et autres incohérences ont fini par provoquer au niveau national, sous régional comme international, la perte pour Wade, de son charisme politique. Pire il a joué le rôle d`instrument des forces impérialistes et plus particulièrement de la France (une histoire d’intervention de notre Président sous haute escorte française chez Khadafi semble bien confirmer une telle hypothèse). Les facteurs de contre performance affichés au plan socio économique et la grande misère sociale qui ont résulté du mode de gestion « wadiste », n’ont pourtant pas convaincu certains « intellectuels » qui s’aventurent encore à défendre le régime du Président Wade. Mais nous comprenons parfaitement les motivations profondes de ceux et celles qui ont opté pour pérenniser son pouvoir libéral contre les intérêts populaires afin de rester durablement dans le Groupe des Pilleurs du Patrimoine Nationale (le GPPN).

Subtilement le Président Abdoulaye Wade est parvenu à se débarrasser de ses alliés et de la plupart de ses anciens et fidèles compagnons de lutte du PDS. Il a préféré développer une approche clientéliste afin de pérenniser son pouvoir libéral et pour ce faire il a établi un nouveau partenariat avec des transhumants politiques (anciens du PDS qui l`avaient trahi pour rejoindre le Président Abdou Diouf, militants et militantes du Parti Socialiste qui l`avaient farouchement combattu avec une insolence remarquable) qu’il a d’ailleurs bien primés en plaçant certains et certaines à des postes stratégiques dans ses gouvernements (de multiples remaniements qui ont occasionné l`instabilité de nos institutions ministérielles et leurs démembrements). Cette démarche machiavélique du Président Wade a donc promu des transhumants complètement gagnés par le fétichisme de l`argent qui justifie leur comportement mercantiliste et les trahisons qu`ils manifestent très souvent pour rejoindre le parti au pouvoir. Avant même la nouvelle alternance nous étions tout à fait affirmatifs pour dire que « ces genres de politiciens qui contribuent vraiment à ternir l`image de la politique au point de pousser certains sénégalais à douter de la politique en général sont prompts à la trahison politique. Il est clair que dès que leur mentor Wade aura quitté le pouvoir grâce à la volonté populaire, parmi cette race de politiciens opportunistes certains ne manqueront pas d`inaugurer directement ou par des voies contournées la nouvelle ère de transhumance vers l`APR de Macky Sall ». Ce que l`histoire confirma par la suite. Pour ces adeptes du philosophe allemand Nietzch, c’est la fin qui justifie les moyens. En effet pour Nietzch la table des valeurs sociales obéit absolument aux lois des vainqueurs. C’est la loi de « Ndoumbélane », de la jungle, du plus fort. Malheureusement le PDS élargi (le PDS, ses partis alliés et souteneurs) est truffé de politiciens opportunistes qui partagent cette vision machiavélique de la politique. Ce type de politiciens néolibéraux conçoivent l’Etat non pas comme une République Démocratique mais plutôt comme une sorte d’entreprise privée au service de ses associés (les actionnaires) qui profitent de leurs dividendes au détriment de l’intérêt populaire (Grande Offensive pour la Promotion de Nouveaux Riches (GOPNR). La Cour de Répression de l`Enrichissement Illicite (CREI) s`est d`ailleurs engagée à explorer l`univers de ces promus du GOPNR pour y voir clair, éclairer le peuple et au besoin retourner les biens illicitement acquis par les fauteurs identifiés au Trésor Publique Sénégalais.

Les marxistes disent que « l’homme est le produit d’une longue évolution sociale marquée par des antagonismes de classes qui sont les sources des profondes mutations sociales pouvant entraîner des révolutions sociales ou des remises en cause radicales et profondes d`un système politique ». Mais ils enseignent en même temps que les conditions d’accélération de cette transformation sociale radicale dépendent de l’aptitude des forces d’avant-garde révolutionnaire de gauche à appréhender la nature profonde de ces contradictions antagoniques, à définir des schémas tactiques pour mobiliser le peuple afin d`atteindre l`objectif stratégique à savoir, la prise du pouvoir. Cette hypothèse est absolument confirmé par l`histoire. Cette vision philosophique et politique nous est enseignée par le célèbre philosophe sociologue allemand Karl Marx à travers sa fameuse thèse du matérialisme historique. Nous admettons que sont les contradictions sociales antagoniques (économiques, politiques, sociales et culturelles) qui sont les moteurs du changement social. Par conséquent les forces impérialistes auront beau développer des stratégies pour contenir les luttes de résistance, elles ne parviendront jamais à empêcher le processus révolutionnaire étroitement lié aux contradictions sociales antagoniques sécrétées par la nature de leur système antidémocratique et antipopulaire, d’aboutir à une révolution sociale antiféodale, anticapitaliste et anti impérialiste. La mondialisation de la barbarie capitaliste libérale qu’elles cherchent à imposer au monde est un indicateur objectif de vérification de leur volonté impérialiste à vassaliser les peuples du monde.

Dans les enseignements du matérialisme historique marxiste, une des grandes leçons à retenir est la suivante : les classes minoritaires qui dominent les peuples à travers leurs politiques absolument fondées sur l’inégalité sociale finissent tôt ou tard par être leurs propres fossoyeurs. Cette affirmation marxiste a été confirmée par les révolutions depuis l`antiquité grecque (la révolution anti esclavagiste avec 120 000 esclaves dirigés par Spartacus), en Union Soviétique, au Viétnam, en Chine, au Cuba, au Vénézuela etc. Elle est entrain progressivement mais sûrement d’être justifiée par les contradictions antagoniques générées par les attitudes hégémoniques, belliqueuses et impérialistes des Usa et des pays de l’Otan, d`Israël et autres pays capitalistes. Les luttes de résistances aux USA avec le mouvement des indignés (conséquence de la crise financière libérale) ; en Europe ; en Afrique ; en Amérique Latine ; dans les pays arabes (le printemps arabe) l`illustrent parfaitement. Les forces libérales bourgeoises impérialistes qui cherchent à pérenniser leur hégémonie à travers leurs instruments comme l’ONU, le FMI, la BM, l’OTAN etc, finiront un jour par être leurs propres fossoyeurs. Ces forces du mal doivent comprendre qu`elles sont les causes des processus de révoltes ou des révolutions à travers le monde qui, à terme dans bien des cas, ont fini ou finiront par provoquer la chute des pouvoirs antidémocratiques et antipopulaires. Le peuple sénégalais est également le produit d’une longue évolution sociale marquée par des contradictions économiques, politiques, sociales et culturelles faites de luttes de résistances contre l’oppression des forces coloniales, néocoloniales, féodales et impérialistes.

Au cours de cette longue évolution depuis l’ère coloniale, des patriotes sénégalais de la gauche historique n’ont jamais cessé de fouiller dans les archives de cette longue histoire du Sénégal afin de rétablir certaines vérités historiques que les forces néocoloniales bourgeoises et féodales ont toujours cherché à camoufler. And Jëf, à travers son bras culturel clandestin (le Front Culturel Sénégalais (FCS)), ses activités culturelles (théâtres, chants, musique, œuvres d`arts etc.), sa presse écrite (xarébi, le Jaay Doole, le Ferñeent, etc.) et autres initiatives, a permis au peuple sénégalais d’avoir une autre lecture de l’histoire sénégalaise, de la résistance anticoloniale, anti néocoloniale, antiféodale et anti impérialiste. L’objectif visé par And Jëf à travers une telle démarche est de garantir l’émergence d’une nouvelle Conscience Citoyenne Républicaine Positive (CCRP). Il est d`actualité et nous devons continuer le combat politique pour le réaliser.

DANS CE COMBAT POUR L’EMANCIPATION DU PEUPLE SENEGALAIS LA GAUCHE HISTORIQUE (PAI, PIT, LD, AJ/PADS) A JOUÉ UNE PARTITION REMARQUABLE EN TANT QUE FORCE D’AVANT GARDE

Ces organisations de la gauche historique s’engagèrent moralement contre vents et marées à inscrire leurs actions politiques dans une dynamique de lutte révolutionnaire. Leur contribution a été très remarquable et importante dans les batailles de résistance politique et syndicale que le peuple sénégalais a menées contre l’état néocolonial UPS/PS et ses valets locaux. Avec le peuple sénégalais, elles ont réalisé l’alternance le 19 Mars 2000 (la chute du PS) en portant Abdoulaye Wade et le PDS à la magistrature suprême.

Le Marxisme nous apprend aussi que la connaissance réelle de tout phénomène social passe nécessairement par une compréhension objective de sa nature et de ses différentes composantes. Autrement dit par le grand timonier Mao Tsé Toung : « sans enquête, pas droit à la parole ». L’enquête précède le jugement critique et objectif. Est-ce que pour le cas précis de Wade et son parti les éléments d’enquête objectifs concernant leur véritable nature ont été pris en compte dans l’analyse politique par les forces d’avant-garde de la CA 2000 et plus particulièrement par la Gauche Historique ? Autrement formulé, est-ce qu`elles méconnaissaient la véritable nature de leur candidat et de son parti le PDS ? Si oui pourquoi avoir invité le peuple sénégalais à voter pour lui en Février 2000 en sachant, de fait, que l’histoire politique d’avant l’alternance l’avait déjà présenté comme une race de politicien animé par le culte du moi et qui ne travaille par conséquent que pour ses intérêts personnels (prestige, biens matériels et financiers) ? Ce schéma tactique était il une exigence absolue du contexte historique de l’époque ? Pouvait-il en être autrement ? Finalement quels ont été les conséquences sociales d’un tel schéma ?

L’histoire politique du Sénégal atteste de toute évidence que le Président Wade a d’abord été un produit du Parti Socialiste avant de claquer la porte pour cause de frustration ou par opportunisme lié à sa nature versatile et d’assoiffé de pouvoir. Et pourtant c’est bel et bien ce fameux phénomène politique, que la majorité du peuple sous la direction des forces démocratiques et patriotiques, a élu comme 3e Président de la République du Sénégal. Quels étaient alors les raisons fondamentales d’un tel choix ? Elles obéissaient à un choix tactique conçu par les membres de la CA 2000 à partir de deux critères fondamentaux pour garantir la réussite de l’unité en son sein et les chances d’une victoire contre le Parti Socialiste :

• Les statistiques de résultats électoraux qui mettaient dos à dos majorité et opposition ; • L’acceptation du programme politique, économique et social minimum défini par la CA 2000 ; L`application de ces deux critères a finalement abouti au choix de la candidature de Me Abdoulaye Wade Secrétaire Général du PDS. La jonction avec le candidat Niass le 19 Mars 2000 assura la victoire de Wade. A cette date plus précisément une nouvelle ère de notre histoire nationale et sociale venait de s’ouvrir. Douze ans après quel a été le bilan de l`expérience libérale Wadiste ?

De 2000 à 2012 le peuple sénégalais a vécu sous le régime d’un parti libéral dirigé par Abdoulaye Wade. Douze ans de règne ont suffi pour édifier et pousser la majorité des sénégalais à manifester leur déception vis-à-vis du régime libéral qui a finalement été bouté hors du pouvoir. Avec le Président Abdoulaye ce fut une alternance confisquée, trahie, dévoyée.

L`application des recettes du régime néolibéral du Président Abdoulaye Wade a finalement produit un bilan négatif. Mais reconnaissons à son actif diverses réalisations osées dans : les infrastructures (scolaires et universitaires, hydrauliques, routières, sanitaires etc ; nombre de CEM, de CUR, de routes bitumées, les échangeurs, les ponts réalisés, forages, l`autoroute à péage, hôpitaux, centres de santé, postes de santé, cases de santé etc.) ; le transport (efforts de renouvellement du parc automobile) ; les secteurs publics, para publics et privés ; le financement de l’initiative privée pour accompagner les PME ; le Social (prise en charge des personnes du troisième âge : le plan sésame, prise en charge gratuite ou réduction du coût de la prise en charge pour certains type de patients), l`augmentation de salaire, octroi de bourses et d`aides (scolaires et estudiantins), la case des tout petit ; l’énergie (électrification rurale) ; la création d’emplois (titularisation de travailleurs dans la fonction publique) ; la diplomatie ; en faveur des femmes et handicapés (promulgation de lois) ; l`amélioration de l’environnement des affaires (Doing Business) ; etc. D’ailleurs les défenseurs et partisans forcenés du Président Wade se cramponnent essentiellement sur ces aspects quantitatifs pour positiver le bilan de leur mentor.

Malgré les réalisations constatées le bilan est loin d`être positif parce que les équations sociales posées par le peuple n`ont pas trouvé les réponses politiques, économiques, sociales satisfaisantes. Un budget triplé, beaucoup de milliards dépensés mais la majorité du peuple demeure encore dans une pauvreté presque endémique. La nature du système a entrainé une utilisation non rationnelle du budget, avec en même temps un énorme gaspillage financier, mais le peuple n`est toujours pas émancipé, politiquement, idéologiquement, économiquement et socialement. Objectivement, si le peuple sénégalais n`avait jugé le régime PS du Président Abdou Diouf que sur la base d’une vision unilatéraliste, uniquement basée sur les aspects quantitatifs de sa gestion étatique, certainement il ne l’aurait pas sanctionné le 19 Mars 2000 en faveur du candidat Wade. Les unilatéralistes d’hier comme ceux d’aujourd’hui aveuglés par leur opportunisme et leurs positions politiques exclusivement partisanes, perçoivent toujours les pouvoirs politiques comme un moyen d`enrichissement individuel ou familial. Leur cécité politique les empêchera toujours de comprendre la relation dialectique qui existe entre les aspects quantitatifs et qualitatifs de la gestion politique d’une république, entre la croissance et le développement socioéconomique durable au profit exclusif du peuple etc.

A l’opposé de cette race de politiciens, nous avons les acteurs politiques de l’école de la dialectique qui défendent une vision politique d’une autre nature et basée sur un combat politique qui se fixe comme objectif majeur la lutte contre les inégalités sociales, pour corriger les déséquilibres sociaux provoqués par les politiques libérales et néolibérales dans toutes leurs diversités. Leur vision dialectique recommande que le jugement politique de la nature de tout système politique prenne en compte un certain nombre d`aspects comme :

• Le mode de répartition de la richesse nationale (la lutte contre les inégalités sociales). • L’État et la demande de sociale. • L’impact social des décisions politiques, économiques, juridiques, culturelles et sociales de l’État. • Les revendications sociales et la perception que le peuple a du pouvoir. • Les positions de l’État par rapport aux contradictions sociales au niveau international. • Le mode de gestion de l’État rapproché à la problématique de l’éthique de responsabilité et l’éthique de pouvoir. • Le mode de gestion de l’État en général pour l`instauration d`un véritable État de Droit Démocratique et Populaire (EDDP). • etc. L’analyse concrète de la nature du système libéral instauré par le Parti-Etat libéral PDS pendant ses douze ans de règne nous mène aux conclusions suivantes : • Le pouvoir libéral a appliqué un mode de répartition inégale de la richesse nationale propre au système capitaliste bourgeois. • Le pouvoir libéral n’a pas atteint les résultats satisfaisants par rapport à la prise en charge de la demande sociale (cf les révoltes sociales, les revendications syndicales, les revendications sociales dans les milieux urbains comme ruraux, les manifestations scolaires et universitaires etc.). • Le pouvoir libéral de par son mode de gestion ultra populiste, anti démocratique et anti populaire est la cause principale :

 de la paupérisation des populations sénégalaises (baisse drastique du pouvoir d’achat causée par les augmentations anarchiques des prix des denrées de première nécessité, des produits et services) ;  des révoltes sociales dans les communautés rurales (expropriations foncières et pillage des ressources au profit des politiques de délocalisation des forces impérialistes et de leurs valets locaux secoués par la crise financière internationale) ;  du tripatouillage de la constitution ;  de l’accentuation de la crise des valeurs positives républicaines (traduite par l’inexistence d’un État de droit, et la promotion des anti-modèles et de la médiocratie) ;  des violations de droits humains (abus de pouvoir, non respect du droit des travailleurs) ; l’impunité (un silence coupable de la justice par rapport à certains dossiers judiciaires, ex : les agressions de Talla Sylla` ; des journaux L’As et 24 heures Chrono ; les morts d’hommes au cours de manifestations estudiantines ex : l’étudiant Balla Gaye ou de révoltes populaires contre une décision de l’État ou d`une délibération d’une collectivité locale ex : le cas Malick Bâ à Sangalkam ; justice non encore rendue à propos du naufrage du bateau le Joola etc. ; protocoles d`accord signés mais non exécutés ; mauvaise volonté et attitude dilatoire ; etc.  de la mauvaise gouvernance (une forte politisation de la gestion des affaires de l’État dans ses différents démembrements institutionnels ; attitude pilleuse et budgétivore de la nouvelle race de libéraux née à partir de Mars 2000 ; des rapports d’IGE, de l’ARMP mettant en relief un certain nombre de scandales financiers sans que les auteurs ne soient inquiétés (dossiers probablement utilisés comme un moyen pour faire chanter les intéressés et les contraindre à devenir des instruments électoraux du PDS) ;  de l’échec du processus de recherche de la paix en Casamance (une approche corruptrice du Président Wade et ses messieurs Casamance avec comme objectif : diviser le MFDC afin de le fragiliser et le contraindre à aller vers la paix). Rappelons que sous le régime PS il y avait le Front Sud de l`Abbé Diamacoune Senghor et le Front Nord de Sidya Badji ; Le pouvoir libéral n`a donc pas satisfait les attentes du peuple sénégalais pour n’avoir pas fait de l’éthique de responsabilité et l`éthique du pouvoir les supports absolument nécessaires pour l’édification d’un véritable État de droit en rupture qualitative d`avec le mode de gestion UPS/PS qui avait fini par dégoûter le peuple. Le pouvoir libéral au lieu de lutter en posant des actes forts allant dans le sens d’éradiquer les tares sociales héritées du régime UPS/PS n’a fait que les amplifier entraînant ainsi la dégradation accélérée des vraies Valeurs Citoyennes Républicaines Positives (VCRP). Au constat général, nous avons une situation socioéconomique caractérisée par les multiples lamentations des populations sénégalaises dans les centres urbains et les milieux ruraux avec des cas désespérés qui ont préféré se suicidés par le feu ou par les barques en plein océan ; des citoyens stressés et frustrés qui ont opté pour l’une des voies de la déchéance sociales : la prostitution sous toutes ses formes, l’utilisation de la drogue ; les agressions physiques, le pessimisme, le défaitisme etc.

FACE A CETTE SITUATION SOCIOECONOMIQUE DRAMATIQUE PROVOQUEE PAR LE RÉGIME POPULISTE LIBERAL Que faire ? Quel choix pour la Gauche Historique ?

Face à cette situation socioéconomique caractérisée par une profonde misère sociale, une remise en question de l`État de droit par les manœuvres du président Wade (approches corruptrices, tripatouillage de la constitution pour un troisième mandat, tentatives d`instauration d`un pouvoir monarchique, etc.) la gauche et les mouvements citoyens conséquents n`avaient comme seule et unique alternative que de remobiliser le vaillant peuple sénégalais et d`œuvrer pour la chute du régime néolibéral. Il fallait pour réaliser un tel projet social, faire preuve de courage et engager avec tous les patriotes, les nationalistes, les démocrates, les militants et militantes de gauche (hommes, femmes, jeunes, personnes âgées ouvriers, paysans, élèves, étudiants, travailleurs du secteur formel et informel etc.) le combat pour une alternance de rupture qualitative.

L`exacerbation des contradictions politico sociales dans notre pays et au sein du parti au pouvoir, les revendications politiques, syndicales et citoyennes ont favorisé la jonction des conditions objectives et subjectives pour la création d’une dynamique de masse, une furie populaire qui a emporté le régime du Président Wade et son cortège d`arrivistes et d`opportunistes. Cette dynamique populaire a été le facteur motivant qui a permis une large unité nationale contre Wade et son régime. Par contre, les ambitions partisanes et les manœuvres politiciennes ont abouti à l`échec de la première tentative d`unité autour d’un candidat unique de l`opposition. Mais pouvait-il en être autrement ? A la place nous avons eu plusieurs coalitions politiques et des mouvements citoyens à savoir : Bennoo Siggil Sénégal, Bennoo ak Tanor, Macky 2012, Fekke maci boole, mouvement Y en a marre etc. Plus tard la jonction des coalitions politiques et des mouvements citoyens donna naissance à la grande coalition Bennoo Bokk Yaakaar. Un large front de l`opposition fut ainsi créé pour les besoins du combat contre les fossoyeurs du Sénégal.

Ce front hétéroclite a connu un élargissement de sa base avec la naissance du Mouvement du 23Juin 2012 (baptisé le M23). Le M23, la dynamique de résistance populaire née de la volonté du peuple Sénégalais a été une force très déterminante dans la lutte contre les manœuvres politiques antidémocratiques et antipopulaires du Président Wade et de son régime. L`histoire nous rappelle son fameux projet de loi instaurant le quart bloquant et le poste de vice président. Le peuple du M 23 avait perçu à travers ce projet de loi une tentative de putsh électoral et une garantie de succession monarchique du pouvoir par Karim Wade le fils du Président Abdoulaye Wade. Grace à sa vigilance et à sa détermination le peuple du M23 a réussi à stopper les manœuvres politiciennes du régime wadiste. Mais c`est plus précisément la proclamation de la candidature de Wade par le Conseil Constitutionnel qui a été le facteur d`exacerbation des contradictions sociales antagoniques qui se sont traduites par une série de manifestations de plus en plus radicales dont l`une fut sauvagement réprimée par les forces de répression du régime néolibéral. Cette violence policière avait provoqué des pertes humaines et des blessés aussi bien du côté de la police que des manifestants du M 23.

C`est à partir de ce moment que l`équation du TO BE OR NOT TO BE du fameux auteur anglais Shakespeare attendait plus de la part de chaque sénégalais une réponse claire et précise. C`est dire qu`il ne pouvait y avoir une troisième voie pour servir le peuple sénégalais opprimés ou ne pas le servir. Quant l`ouragan populaire tonna comme une affirmation de la ferme volonté du peuple sénégalais profondément oppressé, de changer de régime, certaines forces politiques qui sont des joueurs de loterie politique (incertitude par rapport à la défaite de Wade), ont fini par orienter leur tir contre la coalition dirigée par le PDS rejoignant ainsi le camp du changement. Par contre d`autres qui croyaient mordicus à la victoire de Wade ont été emportées par le vent du peuple sénégalais qui a ouvert les portes de la cité à la nouvelle alternance. Plus que par le passé, les forces patriotiques citoyennes du changement avaient bien perçu la nécessité d`œuvrer pour la chute du régime néolibéral PDS, pour de nouvelles libertés favorables à une croissance et un développement durable du Sénégal.

Plus que par passé le peuple sénégalais, dans sa majorité, finit par assumer ses responsabilités historiques dans un contexte caractérisé par un mode de gestion néolibéral et ultra populiste d`un Parti État. Encore une fois l`expérience sénégalaise n`a fait que confirmer une des théories marxistes que nous avions apprise dans les classiques. En effet dans sa fameuse thèse du « matérialisme historique » le philosophe Karl Marx nous a amené à saisir et comprendre la nature des contradictions sociales antagoniques des sociétés esclavagistes, féodales, capitalistes, le rôle déterminant et éminemment révolutionnaire que les masses opprimées ont joué en tant que force principale dans les processus révolutionnaires de transformations sociales des ces sociétés de classes. Mais Karl Marx précise en même temps que « les masses qui font l`histoire ont besoin pour porter et réussir cette noble mission révolutionnaire, d`être accompagnées et encadrées politiquement et idéologiquement par une avant-garde révolutionnaire (l’appareil politique) ».

DANS CE CONTEXTE DE LUTTE POLITIQUE POUR UNE NOUVELLE ALTERNANCE DE RUPTURE QUALITATIVE QUEL RÔLE LES FORCES DE LA GAUCHE HISTORIQUE ONT-ELLES RÉELLEMENT JOUÉ ?

Au constat, nous avons des forces de gauche nucléarisées, qui n`ont pas encore atteint leur phase de maturation idéologique pour comprendre la nécessité d’œuvrer pour un compromis historique comme étape première d`un processus devant aboutir à terme à l`unité de la gauche avec une phase de transition pouvant passer par une forte coalition électorale. Mais malgré l`absence de cette unité tactique et stratégique face à la droite libérale qui a toujours occupé le pouvoir d`État, l`histoire politique du Sénégal a enregistré dans ses archives, les contributions éminemment positives du PAI, de la LD, du PIT et de AJ/PADS, dans les luttes de résistance pour les transformations sociales positives du Sénégal. Elles se sont engagées depuis l`époque coloniale en tant que forces d`avant-garde à former politiquement et idéologiquement les masses à assumer leur rôle historique dans les luttes politiques pour les changements sociaux radicaux et profonds de la société sénégalaise.

La prise du pouvoir en tant qu’objectif politique stratégique demeure toujours l`équation majeure à résoudre pour les forces de la gauche historique. La conquête du pouvoir pour réaliser l`ideal politique de gauche Disons que la division de la gauche n`a pas empêché aux différentes forces politiques de la gauche historique, de participer théoriquement et pratiquement à la lutte pour la construction d`une véritable nation sénégalaise, d`une nouvelle société sénégalaise comme perspective politique stratégique.

Dans tous les chantiers de lutte pour l`approfondissement de la démocratie, elles ont joué les rôles qualitatifs déterminants. Les mutations politiques, économiques, sociales et culturelles qui sont les résultats de la lutte des masses sénégalaises sous la direction des forces de la gauche historique n`ont pas produit les conditions objectives devant les porter au pouvoir. Par ailleurs l`histoire a retenu dans ses archives les faits d`une gauche sénégalaise qui a expérimenté l`entrisme avec Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, aujourd`hui avec Macky Sall mais dans quelle direction ? Chacune des forces politiques de la Gauche Historique a eu à appliquer ses propres schémas tactiques pour arriver à conquérir le pouvoir. Leur participation remarquable aux luttes politiques, idéologiques, économiques et sociales ne leur a rapporté que le titre de statut d`excellent ouvrier très combatif et faiseur de rois libéraux au service de la féodalité et du système capitaliste impérialiste (confirmé par les pratiques politiques des régimes qui se sont succédés de Senghor à Abdoulaye Wade).

Dans le nouveau contexte politique inauguré par le régime libéral du Président Macky Sall depuis le 25 Mars 2013 quels comportements politiques pour la Gauche Historique ?

Quelques soient les crises qui les ont affectées et les forces politiques qui sont nées de leurs flancs, les militants et militantes du PAI, de la LD, du PIT, de AJ/PADS qui sont encore fidèles à l`idéal de la gauche, continuent à œuvrer pour l`avènement d`une Nouvelle Société Sénégalaise et d`un Nouveau Type de Citoyen Sénégalais (NTCS). Sans nul doute que l`impact des batailles politiques, économiques, culturelles et sociales de plusieurs décennies de luttes menées par les Forces Patriotiques de la Gauche Historique, a favorisé l`éclosion d`une Conscience Citoyenne Républicaine Positive (CCRP). L`existence des mouvements citoyens comme le M23, le Yen marre et autres sont les indicateurs objectifs de la manifestation d`une cette nouvelle conscience de gauche. Il est également bon de préciser que d`anciens militants ou militantes de la gauche ou qui ont fortement subi l`influence de l`idéologie de gauche se sont reconvertis comme une nouvelle race de politiciens à la direction de mouvements citoyens. D`ailleurs ils parlent souvent de l`échec des partis politiques et se positionnent comme solution alternative pouvant réellement garantir un meilleur avenir au peuple sénégalais. Pour l`essentiel ce sont les militants de la gauche historique qui sont vraiment aux postes de combat pour une véritable libération du peuple contre toutes formes de domination. Pour ces patriotes de la gauche historique et les citoyens sénégalais conséquents, la lutte continue pour l`avènement d`une nation sénégalaise avec l`existence d`un véritable État de droit, d`un système où la richesse nationale issue d`une bonne croissance économique sera bien répartie pour assurer le développement qualitatif de tous. Les combattants de la gauche historique ont l’obligation morale de continuer la lutte contre les pratiques politiques qui ont déjà produit des types de politiciens favorables à la prostitution et au « griotisme » politique.

Quelles sont alors les nouvelles exigences des forces de la Gauche Historique dans la séquence historique inaugurée par le nouveau régime libéral du Président Macky Sall depuis le 25 Mars 2012 ?

L`absence d`unité des forces politiques de la gauche historique fut une des contraintes majeures qui les ont empêchées de pouvoir assurer la prédominance de leur vision à l`échelle nationale et d`être portées au pouvoir par le masses sénégalaises. Les rivalités intestines, la lutte pour l`hégémonie, finirent par les fragiliser et les contraindre à jouer les rôles d`ouvriers particuliers au service des forces politiques libérales ou pseudo socialistes. Depuis Senghor, en passant par Abdou Diouf jusqu`à Wade, de manière individuelle ou organisée (partis politiques, mouvements citoyens politiques ou non), les militants et militantes de la gauche historique ont expérimenté le fameux Compromis Historique du philosophe Doudou SINE par l`entrisme. Un entrisme qui dans la pratique s’est traduit par une substitution de la lutte des classes par la lutte des places. Ces forces de la Gauche Historique ont opté pour une démarche électoraliste privilégiant la massification au détriment des politiques d`édification au lieu de les articuler de manière dialectique. Le mimétisme politique qu`elles ont pratiqué parlant de « contextualisation » a été une des véritables sources de leur contre performance politique.

Les multiples crises, que ces forces de la gauche ont connues au cours de leur longue marche, nous renvoient quelque part dans les classiques Marxistes où Karl Marx, en parlant de la Petite Bourgeoisie (plus particulièrement des intellectuels), la qualifie comme une classe inapte à diriger les luttes révolutionnaires à cause de son caractère vacillant. Sa nature petite bourgeoise l`amène très souvent à trahir le peuple pour s`allier à la bourgeoisie. Pour autant Karl Marx reconnaît que certains d`entre eux présentent des aptitudes à devenir de vrais militants révolutionnaires ou pour reprendre Amilcar Cabral « à se suicider en tant que petit bourgeois pour renaître et devenir de vrais militants révolutionnaires ».

Depuis Senghor le fameux Compromis Historique de Doudou SINE a fait son bout de chemin par la matérialisation de la tactique politique de l`entrisme. Sous les régimes de Léopold Sédar Senghor, de Abdou Diouf, de Abdoulaye Wade, le PAI, la LD, le PIT, AJ/PADS ont expérimenté un entrisme qui malheureusement n`a pas été profitable à la gauche sénégalaise. « L`avenir est radieux mais le chemin est sinueux » disait le Camarade Mao Tsé Toung. La lutte sera longue, dure et les défis à relever seront nombreux pour les forces de la gauche historique. Mais nous devons persévérer et faire preuve d’esprit de sacrifice et de grande combativité pour réaliser l`idéal de la gauche. Ne pas tomber dans l`impatience petite bourgeoise (accès rapide aux délices matérielles et financières de l`état bourgeois). L`histoire en général du Sénégal a déjà relevé dans ses archives les politiques particulières initiées par les forces politiques de la gauche historique et qui se sont traduites par des acquis politiques, économiques, culturels et sociaux avec effets positifs sur la conscience politico idéologique des citoyens. Et cela est notable dans divers domaines notamment :

 Le domaine des enquêtes, de la recherche et de la gestion en général, où il est possible de mentionner une foule de résultats : Les méthodes participatives d`enquête, de recherche et de gestion essentiellement basées sur une vision dialectique du monde d`inspiration marxiste. Ces approches innovantes nous ont d`ailleurs valu un ensemble de concepts comme : auto organisation, auto développement, auto défense ; Enquête Recherche Organisation (ERO) ; Diagnostic Institutionnel Participatif (DIP) ; Méthode Active de Recherche Participative (MARP) ; Recherche Action Formation (RAF) ; Budget Participatif (BP) ; la Gestion Participative du Budget ; Démocratie Participative ; Code de Bonne Conduite ; Charte Citoyenne, Charte de Gouvernance Démocratique ; la Bonne Gouvernance etc.  Le domaine économique : les Ongs, les mouvements Coopératifs en milieu urbain comme rural, les Fédérations Paysannes, les mutuelles de crédits, etc.  Le domaine de l`éducation : l`engagement volontaire de militants et militantes qui sont parvenus à institutionnaliser des espaces scolaires comme les ACAPES qui prônent l`entre aide scolaire (aider les enfants des familles démunis à retrouver le chemin de l`école). A l`actif de cette gauche nous pouvons citer l`histoire des centres de Bopp et Lebret.  Le domaine de la santé : la pratique de l`auto organisation, de l`auto développement et de l`auto défense a fait émerger l`idée et la création de pharmacie villageoise, de mutuelle de santé etc.  Le domaine sport : la gauche à inventer la conception du Mouvement Sport Progrès (MPS). Le Mouvement Associatif à été initié pour son expérimentation. Des Associations Culturelles et Sportives (ASC) qui sont nées de son application, devaient, en plus des activités footballistique et culturelles, jouer le rôle de Comité de Défense Populaire (CDP) impliqués dans les batailles pour la promotion économique, sociale, culturelle et sportive dans leurs quartiers.  Le domaine de l`alphabétisation : la promotion de nos langues nationales par le biais de sa presse clandestine et légale, de ses activités théâtrales populaires, de ses sketchs, de ses chants etc. le « Caada Gi » ou Culture Nouvelle comme une affirmation de sa vision culturelle du combat contre celles des classes dominantes qui par essence cherchent toujours à aliéner les masses opprimées. La Jeunesse Ouvrière Libre (JOL) un bras culturel de la gauche dans le mouvement syndical, a participé à promotion des luttes syndicales.  Le domaine de la politique : elle a eu le mérite de participer positivement à l`enracinement de la démocratie en générale. Elle a mené le combat contre l`ordre colonial et néocolonial. La Culture Nouvelle qu`elle a essayé de vulgariser à également servi de support pour contribuer à la manifestation d`une nouvelle conscience politique citoyenne ayant favorisé la naissance de mouvements citoyens patriotiques combatifs comme le Y en a Marre, le CIMAC, le M23 etc. La gauche s`était fixé comme objectif la formation d`un peuple révolutionnaire avec de Nouveaux Types de Citoyens aptes à comprendre et à intérioriser le sens des principes de l`auto organisation, l`auto développement et l`auto défense ; aptes à se structurer dans les centres urbains comme ruraux, en Comité de Résistance Populaire avec les rôles suivants : la mobilisation des populations pour la défense des intérêts fondamentaux, le contrôle, le suivi, l`évaluation des actions politiques, l`alerte dans leurs quartiers etc.  Le domaine syndical : elle a favorisé la naissance des syndicats autonomes et autres mouvements dans le milieu urbain et rural engagés à défendre les intérêts fondamentaux de leurs militants ou membres. La Gauche Historique s`était battue afin de réaliser le Syndicalisme Révolutionnaire de Classe pour aller à contre courant des pratiques collaborationnistes des syndicats jaune comme la CNTS avec sa fameuse théorie de la Participation Responsable. Les tentatives d`infiltration pour transformer de l`intérieur des syndicats comme la CNTS, l`UTLS n`ont pas réussi à la Gauche Historique. Cette option du syndicalisme révolutionnaire de classe est-elle toujours d`actualité ?  Etc. Au constat nous relevons un palmarès politique de la Gauche Historique qui honore parfaitement ses militants et ses militantes. Malgré tous ces acquis, la conquête du pouvoir en tant qu`objectif stratégique n`est pas encore atteint. La poursuite du combat pour réaliser un tel objectif demeure toujours d`actualité. Elle devra se poursuivre dans un nouveau contexte avec ses nouvelles exigences politiques et ses nouvelles tâches politiques pour la Gauche Historique. Mais la démarche dialectique marxiste qui se veut rationnelle, nous recommande avant tout l`élaboration d`un nouveau Mouvement Bilan Critique Rectification de la Gauche Historique et de procéder à une analyse objective du nouveau contexte sous l`ère du Président Macky Sall. Cette période du MBCR devra servir de prétexte pour procéder à une critique objective et sans complaisance de nos propres expériences politiques, d`en tirer les meilleures leçons qui nous permettront d`enrichir notre vision politique de gauche, de définir de nouveaux schémas tactiques qui à terme devraient pouvoir déboucher sur une victoire certaine de la Gauche Sénégalaise. Permettre ainsi à ce que le temps de la gauche tant attendu devienne une réalité historique. Considérons que les rencontres initiées depuis quelques années par CNP50 (colloque et symposium), le Mouvement des Assises de la Gauche (MAG), le Comité de Refondation de la Gauche Historique (CRGH), le Comité Arfang Senghor (CAS) s`inscrivent dans la dynamique du MBCR qui devra absolument apporter des réponses claires et précises aux questions suivantes :

 Pourquoi La Gauche Historique à opter pour la pratique de l`entrisme ?  La tactique de l`entrisme appliquée par la Gauche Historique est elle assimilable à la théorique marxiste de l`infiltration politique ?  La pratique de la tactique l`entrisme a-t-elle scellé l`unité au sein des différents partis de la Gauche Historique ?  La pratique de la tactique de l’entrisme de la Gauche Historique a-t-elle permis d’asseoir les bases réelles de l`unité de la Gauche Historique ?  Quel est le bilan de l`entrisme ?  Quel apport à la lutte de la gauche ? En attendant la poursuite programmée du nouveau MBCR avec des Termes Références très précis, la Gauche Historique devra s`atteler après une analyse objective de la nouvelle alternance, à définir les tâches politiques de la période à prendre en charges dans la perspective d`amener le régime à appliquer des réformes institutionnelles, économiques, politiques et sociales favorables aux aspirations de notre peuple. La Gauche Historique devra également se poser les questions suivantes :  Quel devenir politique pour la Charte de Gouvernance Démocratique ?  Quel devenir politique pour les conclusions des Assises Nationales ?  Quelle est la nature du système politique ?  Quelle attitude face aux mouvements citoyens de revendications populaires ?  Quelle attitude face aux mouvements de revendications syndicales, scolaires et estudiantines et autres ?  Quelle attitude la Gauche devra-t-elle adopter par rapport aux différentes initiatives pour l`unité de la gauche ?  L`idéal de la gauche est-il toujours d`actualité ? Que faire pour réussir notre lutte politique ? Etc. Pour reprendre l`économiste et le militant de gauche Samir Amin : il nous faut une gauche audacieuse pour porter les tâches d`élaboration du nouveau MBCR et nous atteler, en même temps, à apporter des réponses politiques claires et précises aux interpellations du cours politique réel dans le contexte de la nouvelle alternance.

Une Gauche Révolutionnaire Unie et Solidaire réellement au service du peuple, jamais elle ne sera vaincue.

Aliou Balingore​ SANÉ

AJ/PADS-A

 
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