lundi, 23 octobre 2017
 

SENEGAL : Des avancées démocratiques pour les femmes

Sur 12 855 155 Sénégalais[1], les femmes représentent 6 491 029 soit 50,49 %. Leur apport dans la construction sociale et le développement du pays n’est plus à démontrer. Elles se sont toujours mobilisées à travers leurs organisations, les syndicats et les partis politiques pour conquérir leurs droits et défendre leurs conditions d’existence face à des régimes conservateurs.

Violences conjugales, viol, pédophilie et inceste introduits dans le code pénal

La lutte des femmes contre les violences faites aux femmes et aux filles a amené le législateur à modifier le code pénal, avec la loi du 29 juin 1999 qui introduit les termes violences conjugales, viol, pédophilie et inceste qui n’étaient pas expressément cités avant.

Octroi de la nationalité par la femme

La modification du code de la nationalité, sur l’octroi de la nationalité à son enfant et à son mari étranger, constitue un acquis et une avancée démocratique pour la Sénégalaise. Désormais, « est sénégalais tout enfant qui est né de parents sénégalais, qu’il s’agisse d’un père ou d’une mère » et tout mari étranger peut acquérir automatiquement la nationalité sénégalaise après cinq ans de mariage. Durant cette période, s’il y a divorce, le mari perd son droit d’acquisition automatique.

Son statut social s’est politiquement amélioré en lui donnant une dimension institutionnalisée. La possibilité d’acquérir la nationalité de sa mère ou par sa femme relance davantage la lutte pour les droits démocratiques.

Le combat des femmes est devenu un enjeu de taille aujourd’hui pour tous les partis politiques qui veulent conquérir le pouvoir. Aucun droit ne s’acquiert facilement, les acquis démocratiques sont obtenus de haute lutte.

Depuis l’alternance de 2000, les femmes n’ont pas laissé de répit aux gouvernements libéraux qui se sont succédé. Étant la couche sociale qui glane le plus grand nombre de voix aux suffrages et la composante la plus combative au cours de ces quinze dernières années dans les syndicats, les partis politiques et les mouvements sociaux, elles subissent de plein fouet la politique d’austérité, la cherté de la vie, les discriminations sur les lieux de travail, dans le domaine de la prise en charge médicale et de la couverture sociale.

Dans ces conditions, cet acquis de la femme sonne comme une nouvelle ère pour l’autorité parentale jadis entre les mains de l’homme et du patriarcat.

La parité dans les institutions électives

L’engagement des femmes pour conquérir leurs droits avait aussi amené l’ancien régime libéral à reculer et à adopter la loi sur la parité absolue dans les institutions, totalement ou partiellement électives (loi n° 2010-11 du 28 mai 2010). Ce gouvernement avait, en filigrane, pour objectif d’amener les femmes à élire le président en 2012 pour son troisième mandat mais aussi d’arrêter le flux des manifestations où les femmes étaient toujours fortement mobilisées et radicalisées comme en témoignent leur implication dans le mouvement du M23 qui a instauré au Sénégal une véritable gauche sociale. Ces droits acquis doivent amener les femmes à continuer la lutte et à rester vigilantes car ni Wade ni ses successeurs ne croient à la parité, dans la mesure où lors des élections législatives de mai 2012 aucun parti, y compris le PDS, qui avait initié la loi n’était prêt à l’appliquer. C’est avec difficulté et regret qu’ils on fini par faire des listes paritaires.

Il faut reconnaître que la loi sur la parité est une victoire spécifique au mouvement des femmes et non au gouvernement libéral. Mettre en exergue les compétences et la responsabilité des femmes n’est qu’une fuite en avant. L’enjeu qui est au cœur de la question, c’est l’équité dans le traitement des hommes et des femmes et l’égalité d’accès aux ressources politiques, naturelles, culturelles, etc. pour la majorité de la population

Quand il s’agit d’une consultation électorale où des candidats avec différents programmes sont en compétition, on ne se demande pas si les femmes sont compétentes pour choisir mais on part simplement à la chasse aux voix.

Et pourtant dans ces différents programmes, selon leurs conditions sociales et les solutions proposées, les femmes arrivent à faire leur choix. Où sont donc les prétendus faible niveau de responsabilité et incompétence des femmes ? Ce sont des alibis et des fausses représentations que les pouvoirs sortent de leur besace lorsque les femmes contestent des politiques publiques rétrogrades.

Les femmes au Sénégal doivent refuser d’être confinées uniquement dans des tâches secondaires et dégradantes. Elles doivent continuer la lutte et rejeter toute politique de discrimination et d’oppression à leur endroit.

Haby Soumaré

[1] Projection de 2011, données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie

Source : http://www.afriquesenlutte.org/notr...

 
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