samedi, 25 novembre 2017
 

Sénégal : JOURNEE HISTORIQUE DU 23 JUIN 2011 : LA SOUVERAINETE POPULAIRE EN ACTES !

DECLARATION DU SECRETARIAT PERMANENT DE YOONU ASKAN WI

Abdoulaye Wade vient de subir l’échec de sa vie, suite à sa tentative ratée de faire passer en urgence et en force, à quelques encablures des échéances électorales de 2012, le chambardement du dispositif institutionnel du pays, déjà suffisamment chamboulé par ses soins au seul nom de son dessein cynique de dévolution monarchique du pouvoir. Par son projet de loi, Wade insulte royalement les femmes à qui il avait promis le poste de vice- président sous couvert de parité ; il insulte les USA en préendant s’inspirer du ticket présidentiel en vigueur dans ce pays ; il insulte le peuple, la démocratie et la constitution du Sénégal, réduits à moins que rien devant sa volonté et ses intérêts égoistes. Mais les masses populaires, les jeunes en tête, s’érigeant en défenseurs authentiques de la légalité constitutionnelle, ont fait prévaloir la souveraineté du peuple comme la seule garante de la République alternative, en contraignant Abdoulaye Wade et son régime au retrait pur et simple de leur funeste projet de loi instituant un prétendu ticket présidentiel. Ce faisant, elles ont récusé fermement tout maquillage, par des retouches tardives et de façade, visant à endormir les manifestants.

Les galets et les pierres, munitions pour l’autodéfense des masses en révolte, jonchaient les rivages d’une assemblée nationale tremblotante. La furie des eaux populaires, par vagues successives à travers l’ensemble du pays, jusque dans la diaspora, érodaient sans relâche les récifs d’un pouvoir lézardé, faisant tanguer ses institutions vermoulues. Sur l’étendue du territoire national, le peuple sénégalais, sa jeunesse en particulier, au cri de « Touche pas à ma constitution », prenant d’assaut les rues et la place Soweto durant toute la journée du 23 juin 2011 et bravant la répression policière, a mis une pression intenable aussi bien sur le « pouvoir législatif » que sur le « pouvoir exécutif », renvoyés à leur vraie dimension devant la force en actes du pouvoir du peuple et de la rue publique.

Les masses en révolte ont fait montre non seulement d’une combativité exemplaire, mais aussi de la plus grande créativité, esquissant ainsi la figure de la Grande révolution républicaine, citoyenne, populaire et culturelle, en tant que révolution d’assainissement et de refondation politique qui touche la personne humaine dans ce qu’elle a de plus profond et de plus authentique. Chants, poèmes et hymnes, banderoles et calicots, caricatures et dessins, ont fleuri, faisant bon ménage avec la mise en scène dramatique d’un cercueil porté en procession pour symboliser la volonté wadienne de mise à mort de la constitution, ou d’un linceul disant clairement au président et à ses députés, les yeux dans les yeux : « Wade dégage, il faut que tu partes ! La victoire ou la mort ! »

Le projet de loi a été retiré par le pouvoir dans l’espoir secret de gagner du temps. Restons vigilants et déterminés, le monstre n’est pas mort : désavoué, humilié, blessé, il s’apprête à revenir à la charge, plus féroce que jamais ! YOONU ASKAN WI, appréciant la mobilisation et le courage indomptable des masses populaires, en particulier de la jeunesse, des femmes et des travailleurs, aux côtés des mouvements citoyens et des formations politiques de l’opposition démocratique plurielle, comme la raison essentielle de la victoire du 23 juin :

-  estime que le « Mouvement du 23 juin » (M23) porté sur les fonts baptismaux au lendemain de cette lutte, constitue un pas important à préserver et à consolider en vue des prochaines batailles ;
-  apprécie les avancées des luttes des masses dans la période comme un pas important vers un nécessaire front démocratique pour la Nouvelle République, à même de créer les conditions d’actualisation des accords politiques obtenus de haute lutte au sein de l’opposition et de concrétisation effective des conclusions des Assises Nationales ;
-  appelle à ne pas succomber à l’euphorie, ni à baisser la garde, ni à s’arrêter à mi-chemin, mais plutôt à se renforcer moralement, politiquement et organisationnellementt pour se préparer à des luttes ardues sur la durée, à privilégier les comportements de désaliénation et de rupture d’avec les contre-valeurs dominantes ;
-  exhorte à s’organiser en comités de lutte et de vigilance pour faire converger en une puissante marée montante les batailles politiques, sociales, économiques et culturelles, dans la voie de l’autonomie populaire pour l’émergence de la nouvelle République démocratique et sociale ;
-  souligne l’impératif, pour les forces de gauche, face aux exigences et enjeux de l’heure, d’accélérer leur processus d’unification arrivé à maturité, afin de servir plus efficacement les masses en lutte. Que le peuple debout, contrôlant ses délégués et représentants, se dresse en force constituante d’un nouvel ordre républicain ! Qu’il s’érige en contre- pouvoir capable de mettre un terme définitif au présidentialisme messianique, à la soumission de la République et de la démocratie à des intérêts aux antipodes des aspirations fondamentales de la majorité des citoyens.

Non au ticket monarchique de Wade ! Non à un 3ème mandat de Wade anticonstitutionnel et irrecevable ! Non à la suppression du second tour ! Non à toute manoeuvre ou combinaison politicienne, d’où qu’elle vienne, destinée à pérenniser le système Wade sur le dos du peuple ! Contre les agressions barbares et violations répétées des libertés démocratiques ! Contre les persécutions et interpellations des jeunes du Mouvement Y EN A MARRE ! Pour l’inscription massive des jeunes sur les listes électorales ! Pour la défense et l’autodéfense du peuple ! Pour l’annulation des décrets iniques de saucissonnage des collectivités locales gérées par l’opposition ! Contre la vie chère, le chômage, les pénuries d’électricité, le sabotage de l’école, de la santé et de l’agriculture, la mal gouvernance généralisée, l’impunité, le pillage des ressources nationales, la guerre qui perdure en Casamance : pour un Sénégal de paix, de démocratie, de liberté, de développement, d’épanouissement individuel et collectif, Wade dégage !

Fait à Dakar le 26 Juin 2011

Le Secrétariat Permanent

 
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