samedi, 23 septembre 2017
 

SÉNÉGAL : LA TYRANNIE DES RELIGIEUX

Nous sommes en train d’assister au Sénégal à un basculement dangereux vers une République fragmentée. Qui donnerait un pouvoir discrétionnaire ainsi que des prérogatives de puissance publique à tous qui prétendent défendre la religion. Si le partage du pouvoir a, jusque là, été respecté par ceux qui « entravent le peuple dans ses possibilités d’avancement », le rapport de force pourrait bientôt tomber à l’avantage des religieux.

Les principes jusque là dévolus à l’Etat glissent entre les mains des marabouts et des prédicateurs, qui veulent exercer une tutelle directe sur la légalité. Le fait n’est pas nouveau. Les religieux se sont toujours immiscés dans les affaires de la République. Mais depuis quelque temps, le totalitarisme religieux, de plus en plus offensif, attaque les principes immuables de justice, de liberté et d’égalité.

Il est tout à fait normal pour un citoyen de méditer et d’écrire un livre afin de participer à l’extension du savoir. D’élargir la conscience commune et individuelle. D’ailleurs, le soufisme, dont se réclame la majorité des Sénégalais, affirme qu’il y a une réalité intérieure, émanant d’un Esprit transcendant. Qu’il y a une dimension supérieure reliant tous les hommes, sans qu’ils aient besoin de suivre la même voie. Puisque l’unité profonde de la réalité dépasse les cloisonnements. Pourquoi, dans ce cas, vouloir à tout prix imposer le dogme ? Les menaces proférées à l’encontre du professeur Sankharé (Ndlr : pour son livre intitulé « Le Coran et la culture grecque ») montrent que Sénégal glisse vers un obscurantisme mortel. Qu’il y a un fossé entre la tolérance et le respect mutuel que l’on proclame et la nature de nos relations.

Après le refus catégorique de la confrérie de se soumettre aux lois de la république et à l’autorité de l’Etat, des imams se mettent à émettre des fatwas. Jouant des sensibilités, Ils adoptent une posture d’intransigeance pour décréter l’interdiction de penser.

Le procédé, toujours implacable, est connu. Il est plus facile de proférer des accusations ad hominem que de s’attaquer à des idées. On commence par convoquer des valeurs, des principes sacro-saints indépassables. Puis on jette à la vindicte populaire les impies, les blasphémateurs, les renégats et les résistants. Pour un déchaînement de haine. Les désirs, les passions balayent alors la raison, sans aucune forme de justice véritable. Et ceux qui veulent émettre librement leur opinion pour partager le savoir finissent par se taire. Craignant l’inquisition.

L’absolutisme s’en prend toujours à la liberté de conscience et d’opinion, pernicieuse pour les pouvoirs qui ne tirent pas leur légitimité de la vraie démocratie. Tous les obscurantistes, les despotes, les démagogues, qui veulent garder leur pouvoir ou assouvir leur soif de domination, agissent de la sorte. Ils construisent leur discours sur les préjugés, la peur, les dogmes. Imposent la pensée unique. L’objectif étant d’instaurer une terreur sourde. Pour que ne puissent jamais germer une prise de conscience et des débats libres.

Ainsi opèrent les despotes et les idéologues totalitaires. Cette démarche est adoptée par ceux qui veulent aujourd’hui, au Sénégal, s’inspirer de la charia. Ils ameutent la masse en appelant à la vigilance face aux maçons, aux blasphémateurs, aux agents de l’Occident. Ils espèrent ainsi que les passions déchaînées vont annihiler les débats qui peuvent nourrir des réflexions poussées.

La construction d’une société non oppressive, dont le mot d’ordre serait le progrès, ne peut advenir dans les conditions actuelles de sectarisme religieux. Qui brise les élans, inhibe les énergies, empêche les critiques et les questions de fond. Refuse l’intelligence. Condamne les esprits. Seule une République démocratique et laïque peut garantir le droit, la liberté de conscience, la paix civile. Le progrès. Que la lumière brûle la République !

Aboulaye Sène (Baay Séen) est étudiant en Communication

Source : http://www.pambazuka.org

 
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