samedi, 15 décembre 2018
 

SÉNÉGAL : Le déminage confronté au ralentissement

ZIGUINCHOR - Le retrait des mines terrestres dans les villages, les fermes et les plantations de Casamance, au sud du Sénégal, est un processus qui a gagné en rapidité au prix de plusieurs années d’efforts. Pourtant, les équipes de déminage vont peut-être devoir se retirer, empêchant le pays d’atteindre l’objectif de la Convention d’Ottawa qui prévoit la neutralisation de toutes les mines antipersonnelles d’ici 2016. [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Conven... ]

Les opérations de déminage ont progressivement commencé en 2008 et leur rythme s’est accéléré depuis. Seize villages ont été dépollués, permettant aux habitants de revenir y vivre. Mi-juin 2012, six autres villages ont été déclarés déminés et prêts à être repeuplés.

Cependant, des centaines de villages et des milliers d’hectares de terres agricoles sont toujours truffés de mines. Jean-François Lepetit, chef de mission en Casamance pour l’organisation non gouvernementale (ONG) Handicap International (HI), estime qu’au moins 90 pour cent des terrains minés reste à être dépollué, la plupart au nord de la Casamance, le long de la frontière avec la Gambie.

HI soutient le Centre national d’action antimines du Sénégal (CNAMS) dans les trois régions de Casamance : Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. HI est responsable du déminage, tandis que le CNAMS supervise et coordonne les activités liées à ce fléau : la sensibilisation aux risques posés par les mines, l’aide aux victimes et le plaidoyer pour l’abandon du recours aux mines antipersonnel.

Si le CNAMS continue son rôle de supervision, un nouveau partenaire - une société privée sud-africaine - va désormais prendre en charge le déminage, conformément aux termes du contrat initial entre HI et ses bailleurs de fonds prévoyant deux sociétés distinctes pour mener les opérations. Le personnel de HI redoute un ralentissement du déminage au cours de l’année prochaine car la nouvelle société devra, d’une part, recruter et former des démineurs, et d’autre part, apprendre à connaître le terrain et le contexte politique.

Des mines sont encore posées à Sindian, à 100 km au nord de la capitale, Ziguinchor, où les combats continuent entre les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) et l’armée sénégalaise. Il reste des mines dans plusieurs parties du sud, à la frontière avec la Guinée-Bissau, a dit M. Lepetit. Une étude de 2006, financée par le gouvernement canadien, a signalé la présence de mines dans la région de Kolda, au sud, mais le déminage n’a même pas encore commencé là-bas, a constaté Anne-Sophie Trujillo, directrice des programmes HI au Sénégal.

Début juillet 2012, selon l’armée sénégalaise, il y aurait eu plusieurs rebelles du MFDC tués et deux militaires sénégalais blessés lors d’une échauffourée entre les forces sénégalaises, près du village d’Emaye, à 40 km à l’ouest de Ziguinchor.

Du déminage manuel au déminage mécanique

Le déminage requiert une phase d’apprentissage et d’adaptation rapide car chaque contexte est très différent. Fort des opérations de déminage effectuées dans de nombreux pays comme la Bosnie, le Tchad, le Mozambique et maintenant, la Libye, HI a indiqué qu’il fallait deux ans pour former des équipes locales - la formation des chefs d’équipe requiert 18 mois d’entraînement intensif - et pour bien connaître le terrain.

En 2010, l’organisation a découvert que leurs détecteurs de métaux portatifs n’étaient pas en mesure de détecter un nouveau type de mine, de fabrication belge, utilisé dans au moins cinq villes. Cette découverte a douloureusement ralenti le déminage manuel - un processus ’méticuleusement long’ a déclaré Mme Trujillo. En 2011, un ’char de déminage’ de 440 000 dollars a été acheté. Il peut couvrir 200 fois plus de surface qu’un homme par jour, ne nécessite pas une trop longue préparation du sol et assure la sécurité de l’opérateur. « Maintenant, si vous considérez le rapport coût-efficacité, c’est vraiment rentable » a déclaré Mme Trujillo. « C’est le pire moment pour nous de partir [de Casamance] ». [ http://www.irinnews.org/Report/9393... ]

Le Sénégal est signataire de la Convention d’Ottawa - la Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction. Le pays a obtenu une extension de délai et a jusqu’à 2016 pour éradiquer les mines terrestres. Il a reçu pour cela des fonds supplémentaires de la part de l’Union européenne (UE) et d’autres organismes donateurs.

Dominique Dellicour, chef de la délégation de l’UE au Sénégal, paraissait optimiste concernant le respect du délai de 2016, tout en continuant d’insister auprès du gouvernement afin qu’il avance des fonds à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du village en juin, à laquelle le ministre des Affaires étrangères sénégalais, Alioune Badara Cissé, et le directeur du CNAMS, Papa Oumar Ndiaye, étaient également présents. Ce dernier a qualifié la cérémonie d’’événement majeur’ dans les opérations de lutte contre les mines.

Cependant, Mme Trujillo n’est pas convaincue. « Avec l’action d’une seule équipe à la fois, le déminage ne sera pas terminé d’ici 2016 » a-t-elle déclaré à IRIN. Le directeur du CNAMS, le gouvernement sénégalais, les ONG ouvrant pour la paix - à l’image de SOS Casamance - et de nombreux habitants veulent tous que HI reste, mais « personne ne parvient à trouver les fonds nécessaires », a dit M. Lepetit.

HI poursuivra ses efforts de réhabilitation des terres et des villages même si l’organisation n’est plus chargée du déminage. « Nous avons un devoir envers le peuple de Casamance [.] Nous avons gagné leur confiance dans cette région marquée par l’instabilité » a déclaré Mme Trujillo. Elle a affirmé que HI continuerait d’ouvrer pour la paix et le développement de la région en offrant un soutien psychosocial aux personnes ayant survécu à l’explosion d’une mine et aux villageois ; en apportant de l’eau et des services sanitaires dans les écoles et les villages ; en proposant une sensibilisation aux risques posés par les mines dans les écoles ; et en aidant les femmes victimes de violence conjugale.

Dans un accord de paix de 2004, les parties en conflit s’étaient engagées à ne plus utiliser de mines mais n’ont pas appliqué ce principe. Les rebelles du MFDC ont largement soutenu le déminage dans les zones autres que celles où ils étaient basés (principalement au nord).

« Une nouvelle vie commence »

Ibrahima Diédhiou, président de la communauté rurale d’Adéane, l’un des nouveaux villages nettoyés, à l’est de Ziguinchor, peut enfin retourner travailler dans les champs et ses enfants pourront de nouveau aller à l’école. « Ici, nous sommes dans une école et la zone déminée est située à quelques mètres seulement, l’accès était interdit depuis des années. Cela signifie tellement pour nous ».

Fatou Diamé, une mère de famille vivant à Gonoumé a déclaré à IRIN : « Pendant des années, nous n’osions pas aller ramasser du bois mort ou cueillir des fruits. Chaque année, des tonnes de fruits pourrissaient dans la brousse tandis que nous vivons dans la pauvreté la plus abjecte. C’est vraiment une nouvelle vie qui commence pour nous ».

La présence de mines a fortement ralenti le développement socio-économique de la région, limitant l’accès aux terres agricoles et aux cultures de cajou. Elle est responsable de la diminution du commerce avec les pays voisins, a déclaré le ministre des Affaires étrangères, M. Cissé, dans un discours lors de la cérémonie de juin. « Les mines antipersonnel sont des armes qui tuent arbitrairement et qui causent des traumatismes permanents chez les personnes physiquement exposées à ce danger au quotidien » a-t-il dit.

Les mines ont d’abord été posées par les rebelles du MFDC et l’armée sénégalaise en 1990, dans le contexte d’un conflit armé vieux de 30 ans qui a transformé certaines régions du sud du Sénégal en véritable poudrière. Depuis, les mines ont tué plus de 800 civils et militaires en Casamance et ont provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes.

Source : http://www.irinnews.org

 
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