lundi, 21 août 2017
 

Maintenir Ebola hors des prisons sierraléonaises

Dans une prison surpeuplée, il est presque impossible d’éviter les contacts physiques. En Sierra Leone, la surpopulation carcérale et la progression de l’épidémie d’Ebola constituent une combinaison potentiellement mortelle. Dans un tel contexte, comment peut-on assurer la sécurité des prisonniers ?

Les mesures de protection contre le virus sont, notamment, la mise en quarantaine pendant 21 jours des nouveaux détenus avant qu’ils rejoignent les anciens, la formation des agents de santé des établissements pénitentiaires et des détenus influents à la prévention d’Ebola et l’éducation et la fourniture d’équipement de santé et de sécurité.

Jusqu’à présent, de telles mesures ont permis de maintenir le virus hors des 17 prisons et des trois foyers d’accueil pour délinquants mineurs du pays, a dit Mambu Feika, directeur de l’organisation non gouvernementale (ONG) Prison Watch Sierra Leone (PWSL), qui est à l’origine d’un programme de trois mois visant à éviter la transmission d’Ebola dans les prisons.

« S’il y a un endroit où les contacts sont possibles, c’est bien dans les prisons », a dit M. Feika à IRIN.

La Sierra Leone compte environ 3 000 détenus. La plupart de ses prisons sont gravement surpeuplées. Ainsi, la prison principale, à Freetown, était conçue pour accueillir 324 prisonniers, mais ils sont actuellement 1 919.

PWSL s’est également fixé comme objectif de faire libérer 500 détenus pour désengorger quelque peu les établissements pénitentiaires. Depuis le lancement du programme de sécurité dans les prisons au mois de septembre, l’ONG a aidé à obtenir la libération de 50 détenus sous caution. Cent autres ont été libérés faute de preuves et l’ONG a également obtenu que d’autres inculpés soient condamnés à une amende plutôt qu’à une peine privative de liberté.

Hausse du nombre de cas d’Ebola

Les cas d’Ebola se multiplient en Sierra Leone, tandis qu’en Guinée l’épidémie se stabilise et qu’elle recule au Liberia, selon le rapport de situation du 26 novembre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans la semaine du 17 au 23 novembre, 385 nouveaux cas ont été confirmés en Sierra Leone, contre 148 en Guinée et 67 au Liberia.

Le ministre de l’Information, Alpha Kanu, a dit le 26 novembre aux journalistes que l’actuelle propagation d’Ebola en Sierra Leone était due à certaines pratiques culturelles à risque. Il a cependant ajouté que l’épidémie avait atteint son point culminant et qu’elle allait bientôt commencer à reculer.

À l’heure actuelle, aucun cas d’Ebola n’a été signalé parmi les prisonniers sierraléonais, mais à Kailahun, dans l’est du pays, la femme d’un fonctionnaire pénitentiaire et son fils ont contracté le virus. « Nous sommes très préoccupés par les agents pénitentiaires. Ils sont constamment en interaction avec les membres de la communauté », a dit M. Feika. C’est dans les villes de Kailahun et Kenema, dans l’est du pays, que le virus est apparu en Sierra Leone cette année.

Jusqu’à présent, près de 1 400 personnes sont mortes d’Ebola en Sierra Leone. Selon M. Feika, les autorités pénitentiaires et la police ont aidé à identifier les détenus ayant besoin d’une représentation juridique afin de désengorger les prisons et d’éviter les risques d’infection dans les centres de détention.

Un système judiciaire surchargé

On attribue l’engorgement des prisons à l’arriéré judiciaire, à la surcharge de travail à laquelle sont confrontés les magistrats et les juges et à la lenteur des procédures. Mais selon Ibrahim Tommy, directeur du Centre for Accountability and Rule of Law, un groupe de plaidoyer sierraléonais, la gestion des dossiers judiciaires s’est améliorée dernièrement.

Le système juridique n’est cependant pas le seul responsable. « Tous les délits passibles de la peine capitale sont jugés par un jury. Malheureusement, il est très difficile d’obtenir la présence de 100 pour cent des jurés, soit parce qu’ils manquent de "motivation" pour participer, soit parce qu’ils ne sont pas punis s’ils ne se présentent pas », a expliqué M. Tommy.

Le labyrinthe des procédures, qui donne lieu à de longues périodes de détention préventive - allant jusqu’à dix ans pour certains suspects - et les fréquentes interruptions de session sapent la confiance dans le système de justice et, dans une certaine mesure, dans le gouvernement.

« De nombreuses personnes ne pensent pas que le gouvernement en fasse assez pour garantir un système de justice crédible, juste et accessible », a dit M. Tommy à IRIN. « On observe une perception croissante de corruption du système judiciaire au sein de l’opinion publique, notamment en ce qui concerne les cautions. Ces problèmes doivent être résolus sans attendre. »

Au cours des dix dernières années, la Sierra Leone a fait des efforts pour améliorer le système de justice et a reçu une aide financière extérieure à cet effet. Le pays a ainsi mis en place des organismes visant à promouvoir la redevabilité et a engagé davantage de magistrats.

« Malgré tout, d’importantes difficultés persistent. La police, les prisons et les tribunaux nécessitent beaucoup de soutien. De ces trois institutions, c’est la police qui obtient le plus de fonds, ce qui ne s’est pas forcément traduit par une hausse de la confiance en leur réactivité face aux problèmes de sécurité dans l’opinion publique », a dit M. Tommy.

 
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