vendredi, 23 juin 2017
 

Réponse au comité Gbagbo contre la Francafrique- Jean Luc Mélenchon

Jean Luc MÉLENCHON

1. Si vous êtes élu, interviendrez-vous pour faire cesser le procès de la Françafrique contre Laurent Gbagbo à La Haye ?

J’ai déjà plusieurs fois déclaré, qu’une fois élu, j’irai cherché Laurent Gbagbo à La Haye. La création de la CPI était une idée intéressante, instituer un tribunal international reconnu par tous c’est favoriser la Paix. Cette idée a déjà été remise en cause par la non adhésion des Etats Unis et d’Israël, pourtant très largement concerné par "les crimes de guerre" ! La CPI est donc largement instrumentalisée pour "intervenir" des questions internes aux états, essentiellement africains, c’est une dérive intolérable.. La présence de Laurent Gbagbo à la CPI est non fondée et inadmissible, nous userons de tous les moyens de la France pour faire cesser cette situation.

2. Cesserez-vous les ingérences dans les processus électoraux de vos anciennes colonies notamment en Côte d’Ivoire qui a débouché sur l’installation frauduleuse d’Alassane Ouattara à la présidence ? et 3. Vous engagez-vous à respecter totalement la souveraineté des pays relevant des anciennes colonies françaises ?

Comme par hasard ce sont les pays les plus riches potentiellement qui souffrent le plus de l’absence de démocratie . la France porte une responsabilité lourde dans cette situation en apportant son soutien aux dictateurs Déby, Sassou, Obiang, Kabila, Bongo, et dans le coup de force qui a installé M. Ouattara. Cette tolérance qui aboutit à laisser ces dictateurs tuer l’intelligentsia de leurs pays au profit d’intérêts économiques occidentaux et au profit de l’entourage clanique de ces personnages, est inacceptable et nous mettrons tout en œuvre au niveau diplomatique afin de bouleverser ces situations acquises. Si le vieux combat de peuples en Afrique contre les présidences à vie semble avoir obtenu le soutien de la France tel qu’exprimé par Hollande en faveur de l’alternance politique dans le continent et contre les révisions constitutionnelles, nous refusons que cela cache la volonté de préserver les conditions d’un néo-impérialisme français et de recueillir les votes des pays de l’OIF. l’hypocrite M.Hollande se donne des airs mitterrandiens en prêchant le respect des constitutions aux chefs d’Etat africains après avoir manigancé une sortie digne à Compaoré en lui promettant le soutien de la France « s’il souhaitait mettre son expérience et ses talents à la disposition de la communauté internationale » ! après avoir soutenu Sassou Nguesso en reconnaissant la légitimité de son référendum, après s’être tu lors de la réélection truquée d’Ali Bongo etc… La France doit cesser d’apporter son soutien aux dictateurs africains et de cautionner des scrutins frauduleux. Nos efforts porteront sur le soutien aux mouvements démocratiques et populaires. La France soutiendra les hommes et les femmes politiques réfugié(e)s en France à cause des dictatures et mènera une politique de dénonciation des biens mal acquis par les dictateurs et leurs familles sur le sol français. Les missions d’observation des scrutins et les projets d’appui aux processus électoraux devront être mis en œuvre à la demande des forces progressistes concernées par des organismes internationaux multilatéraux (ONU, Union Africaine), avec la participation d’organisation de défense des droits démocratiques, à commencer celles qui sont actives en Afrique. Les pratiques de corruption dans les affaires commerciales et le financement de la vie politique française doivent être bannies. Aucune politique sociale, aucune politique de souveraineté nationale, aucune politique de service public, aucune ré-appropriation des richesses nationales, ne peut se faire sans remise en place d’Etats représentant les aspirations des peuples et d’administrations disposant de moyens pour assurer l’intérêt général, l’égalité des citoyens, la continuité et la neutralité du service public. La France appuiera les initiatives visant à renforcer les Etats, assis sur les structures démocratiques et sociales des pays, et tenant compte de l’organisation sociale et des solidarités existantes. Les femmes africaines jouent d’ores et déjà un rôle essentiel pour faire bouger la société (au niveau économique, social, politique…) et ce rôle se doit d’être reconnu et entendu.

Les pays africains doivent disposer d’institutions fortes de gestion des processus électoraux (CNI, CEI etc…) qui soient indépendants des pouvoirs en place et dont l’indépendance soit garantie par les institutions internationales. Le gouvernement français soutiendra de façon privilégiée les démocraties africaines et appliquera des mesures restrictives dans les relations avec les dictatures. Le gouvernement français se prononcera clairement quant aux dysfonctionnements constatés sans toutefois intervenir dans les affaires intérieures des pays concernés. Le gouvernement français veillera à ce que la société civile et les oppositions soient dotés des moyens techniques suffisants pour permettre des comptages de votes et la transmission de résultats de façon sécurisée.

4. Pensez-vous que vos anciennes colonies dont la politique monétaire est définie par la banque de France et la monnaie appelée Franc CFA (Franc des Colonies Françaises d’Afrique) toujours frappée en France à Chamalières bénéficie d’une indépendance monétaire ?

La révolution citoyenne et souveraine présuppose que chaque peuple soit responsable de sa politique monétaire, ce qui n’interdit pas l’idée de monnaie commune mais à la condition que ce ne soient pas des experts auto-désignés qui s’en saisissent pour mettre les peuples au service de l’économie. Le Franc CFA qui fut d’abord « Franc des Colonies Françaises d’Afrique » avant de devenir « Franc de la Communauté financière africaine », même s’il présente l’intérêt d’être une monnaie commune régionale, présente le grave défaut de lier les choix financiers de cette partie de l’Afrique à la BCE et à l’Europe et empêche les pays concernés d’entrer dans la construction d’une Banque centrale africaine. Il est urgent de rendre aux banques centrales africaines la gestion de la politique monétaire qui serait alors adaptée au cycle de leurs économies. Ceci s’accompagnerait d‘un abandon par la France de son droit de vote et de veto dans toutes les instances de ces banques, de l’abandon de l’obligation de déposer 50% des avoirs des pays CFA à la Banque de France, ainsi que l’abandon du pouvoir du conseil des ministres français de décider des parités et dévaluations du CFA. Cette réforme majeure, qui peut préfigurer d’autres évolutions en lien ou non avec la proposition de l’Union Africaine de créer une monnaie commune à toute l’Afrique, devrait permettre de mettre fin à la deuxième extraversion des économies africaines (la première étant les filières de rente) et autoriserait ces banques de jouer pleinement leur rôle dans le financement du développement. Nous devrions défendre le droit des gouvernements des pays africains, s’ils veulent bénéficier d’un minimum de moyen pour orienter les investissements publics, de prendre des mesures de prise de contrôle des filiales des banques privées, essentiellement françaises, qui constituent souvent le seul réseau bancaire existant. La France Insoumise veut que la France rende aux pays africains de la zone CFA l’autonomie de gestion de leur monnaie, et leur rendre le choix de créer d’autres monnaies communes sur leur continent s’ils le souhaitent, en suscitant les conditions économiques et politiques d’une évolution du Franc CFA sans que cela ne mette en péril les économies concernées ou ne renforce un autre type de prédation. Nous devons donc créer une instance de réflexion commune pour faire des propositions concrètes de sortie du système actuel tout en étant réalistes sur les conditions d’un succès d’une autonomisation qui ne doit en aucun cas nuire aux conditions de vie des populations concernées.

 
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