samedi, 23 février 2019
 

L’ASVITTO met à nu une fois encore les mensonges du pouvoir et organise un sit-in le 13 septembre

Suite au communiqué mensonger des autorités togolaises relatif à la mise en application des recommandations de la CNDH (Commission Nationale des Droits de l’Homme) sur les cas de tortures pratiquées dans la fable d’atteinte à la sûreté de l’Etat, l’Association des Victimes de la Torture au Togo (ASVITTO) a animé une conférence de presse au cours de laquelle des témoignages de victimes et parents de victimes ont mis à nu les réalités de la détention au Togo.

Le jeudi 30 août 2012, le conseil des ministres a débattu du suivi des recommandations de la CNDH sur la torture dans le dossier d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Le gouvernement togolais, au cours de ce conseil des ministres, soutient avoir mis en œuvre le rapport de la CNDH à près de 90%. Une sortie qui sous-tend la conférence de presse tenue hier au siège de la LTDH. Dans une déclaration liminaire, l’ASVITTO « condamne avec la dernière rigueur la banalisation de l’épineuse question de la torture qui continue à être érigée en mode de gouvernance, perpétuant ainsi la culture de l’impunité qui reste la marque de fabrique des régimes Gnassingbé 1er et Gnassingbé 2 ». « Il est scandaleux pour un gouvernement comme le nôtre qui, après avoir falsifié le rapport d’une Institution constitutionnelle et qui n’est revenu à de meilleurs sentiments qu’à la suite du tollé mondial qu’a suscité ce gangstérisme d’Etat, vienne à traiter avec cynisme les victimes de ces actes barbares de « supposés victimes » niant de nouveau la version authentique du rapport de la CNDH », poursuit la déclaration.

Pour ASVITTO, il n’y a jamais eu de sanction contre les auteurs et commanditaires de ces actes de torture. « Même pour ce qui concerne les mesures disciplinaires annoncées, il est curieux de remarquer que le gouvernement se contente d’instruire « le commandement militaire » pour cette fin alors que le Chef d’Etat Major des Forces Armées Togolaises, le Général Mohamed ATCHA TITIKPINA, est lui-même mis en cause par le rapport de la CNDH et la seule autorité compétente à prendre de telles mesures se trouve donc être le Chef de l’Etat lui-même, en sa double qualité de Ministre de la Défense et des Anciens Combattants et de Chef suprême des armées. D’ailleurs, la composition du Haut Commandement Militaire (le Chef de l’Etat, le Chef d’Etat Major Général des FAT, les Chefs d’Etat Major des armées de terre, de l’air et de la marine, le Directeur Général de la Gendarmerie Nationale et le patron des Renseignements) laisse transparaître clairement que de telles sanctions disciplinaires ne pouvaient être prises dans la mesure où on ne peut être juge et partie », explique le président d’ASVITTO, l’ex-commandant et patron du SRI Olivier Poko AMAH.

En outre, ASVITTO se réserve le plein droit de porter plainte dans les jours à venir contre le Colonel Félix Abalo Kadanga de la Force d’Intervention Rapide (FIR) qui a torturé le nommé Koffi Amétépé, un des manifestants du Collectif « Sauvons le Togo », le 23 août dernier.

A la lumière de ce qui précède et pour protester contre cette sortie malencontreuse du gouvernement sur la mise en œuvre du rapport de la CNDH, ASVITTO convie toutes les victimes de la torture, leurs familles, ainsi que toute personne éprise de justice et de liberté, à participer massivement au sit-in qu’elle organise devant le Ministère des Droits de l’Homme, de la Consolidation de la Démocratie et de la Formation Civique le jeudi 13 septembre 2012 à partir de 08 heures.

Par ailleurs, l’assistance a eu à écouter plusieurs témoignages des victimes et de leurs parents au cours de cette conférence de presse. Elles sont nombreuses les victimes de l’arbitraire et de la dictature au Togo. Depuis le Capitaine Adjinon Lambert qui a été tabassé par Félix Abalo Kadanga et accusé à tort dans la tentative d’atteinte à la sureté de l’Etat, jusqu’à cet illustre inconnu sur qui un soldat a tiré à bout portant et qui a vu une femme soldat raviver la plaie occasionnée en y plongeant un bâton, la liste est longue.

Prenant la parole, la femme de Tchinguilou Sondou s’est demandé de quelles mises en œuvres parlent les autorités puisqu’elle continue de prendre totalement en charge les ordonnances médicales qui sont prescrites à son mari. « J’ai été vraiment ulcérée quand j’ai appris le communiqué présenté par le ministre à l’issue de leur conseil. Je ne sais exactement quand, où et comment le pouvoir a eu à prendre en charge 90% des recommandations de la CNDH. C’est difficile de trouver un médecin pour consulter mon mari malade. Mon mari souffre de tension artérielle et a mal aux pieds. Il souffre aussi de troubles de vision. Je ne sais pas si c’est maintenant qu’ils vont mettre en œuvre ces recommandations, auquel cas, ils doivent le faire avant d’en parler sur les ondes. Il faut que le gouvernement essaie de dire la vérité au peuple togolais car nous sommes tous nés au Togo et il faut que nos droits soient respectés. Je conclus en disant qu’il n’y a rien eu comme mise en œuvre des recommandations de la CNDH. Même les frais de paracétamol sont à notre charge. Il est enfermé à Atakpamé et certaines fois, on doit aussi payer les déplacements du médecin avant que mon mari ne soit consulté », témoigne-t-elle.

Pour la femme de Pali Aféignidou, « mon mari ne souffrait pas de tension avant son incarcération. C’est en prison qu’il a chopé cette maladie en plus d’une toux sévère qui est souvent suivie de vomissements sanguinolents. La dernière fois, on lui demandait un bilan pour déterminer le mal dont il souffre. Or je suis une balayeuse de rue (technicienne de surface) à Lomé et je dois prendre en charge nos enfants en plus de la santé de mon mari. Où vais-je trouver au quotidien l’argent du manger, de la toilette de tout ce monde ? Comment le pouvoir a-t-il mis en œuvre les recommandations de la CNDH ? Peut-être l’ont-ils fait en esprit ? Je souhaite qu’ils disent la vérité mais apparemment l’intention qui a prévalu à leur inculpation demeure, autrement ils ne continueraient pas à mentir. Qu’on me libère mon mari ».

Le président de l’association, Olivier Amah, a vu sa vue décliner au bout de trois ans de détention dans une salle obscure. Malgré l’ordonnance médicale qui lui recommande le port de lunettes, le médecin traitant commis par l’Etat l’ignore.

Lorsque ce fut le tour des enfants d’Adjinon Lambert, l’émotion était à son comble. Le plus âgé a déploré le mensonge dont le pouvoir use dans la gestion du dossier : « Dernièrement un communiqué a fait état de la mise en œuvre des recommandations de la CNDH. Je suis là pour vous dire que c’est faux. Mon père a contracté une tumeur à l’oreille lors de son séjour à l’ANR. Les pronostics des médecins disent qu’il doit obligatoirement subir une intervention chirurgicale qui malheureusement ne peut pas se faire au Togo. Je demande aux médias de relayer cette affaire pour que le Président puisse autoriser son évacuation vers un hôpital européen de préférence ». La plus petite des enfants a été très simple : « Je suis ici pour vous dire que depuis qu’on a arrêté mon père le 19 avril 2009, je ne l’ai revu que le 16 septembre 2011. A tous ceux qui m’entendent, qu’ils sachent que c’est seulement ma mère et quelques parents qui nous viennent en aide pour l’école, le manger. Et actuellement c’est ma mère qui s’occupe de mon père. Je demande au chef de l’Etat à travers les journalistes d’évacuer mon père le plus vite possible afin qu’il aille dans un hôpital qui pourra l’opérer car j’ai entendu dire que si la tumeur n’est pas traitée, bientôt il ne sera plus là parmi nous ».

M. Kassiki Dieudonné y est aussi allé de son témoignage et a rappelé que personne ne peut dire qui sera le prochain sur la liste, après les victimes du pseudo coup d’Etat en 2005 puis Kpatcha Gnassingbé et coaccusés et actuellement Pascal Bodjona.

Narcisse Azanléko de Sursaut-Togo, arbitrairement détenu après les élections de 2010, a glacé le sang de l’assistance par ses déclarations : « Notre condition actuelle de libérés provisoires sous contrôle judiciaire nous empêche de tout vous dire, de peur de revivre ce que nous avons vécu à l’ANR. Un seul repas servi à 19 heures et enfermés dans une chambre froide pendant 105 jours, le poignet droit lié au pied gauche et la main gauche menottée au pied droit. Il faut le vivre pour le réaliser ». Ça se passe au Togo de Faure Gnassingbé.

Godson K.

Source : http://liberte-togo.com

 
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