lundi, 25 mars 2019
 

Pour en finir avec la dictature des Eyadéma au Togo.

Depuis 1967, le Togo vit sous la tyrannie des Eyadéma. Le fils, Faure Gnassingbé, a succédé au père en 2005, mais ce petit pays de près de 8 millions d’habitants est toujours tenu d’une main de fer. A l’heure actuelle, des manifestations se déroulent dans tout le pays contre la tenue d’élections législatives contestées prévues le 20 décembre prochain. En effet, l’opposition et la société civile, qui boycottent ce rendez-vous, s’accordent à dire que le scrutin ne sera pas impartial : un recensement frauduleux, un découpage électoral inéquitable, des risques importants de fraudes sont notamment pointés du doigt. La répression est elle aussi terrible : rien que samedi 8 décembre, quatre manifestants ont péri sous les coups de la police et des militaires, dont un enfant de 12 ans. Des membres de la société civile sont emprisonnés, souvent depuis plusieurs mois, dont Folly Satchivi, le leader d’« En aucun cas », Messenth Kokodoko et Joseph Eza du Mouvement Nubueke ainsi qu’Assiba Johnson, défenseur des Droits de l’Homme. La violence du régime de Faure Gnassingbé n’est plus à démontrer : à plusieurs reprises déjà, en 2005 et en 2017 notamment, des protestations de centaines de milliers de Togolais avaient été réprimées dans le sang. En parallèle, ce pays pourtant riche en phosphate, coton et sans doute pétrole, bénéficiant des recettes de son port en eaux profondes, n’arrive pas à sortir des bas-fonds des classements internationaux en matière de développement (159ème sur 189 au classement de l’indice de développement humain de l’ONU).

La communauté internationale, l’Union Européenne et la France sont complices de cette situation et ne dénoncent pas les multiples atteintes aux droits de l’Homme du régime de Faure Gnassingbé. Pire, ils continuent à aider financièrement un pouvoir qui n’a cure du bien-être de sa propre population. L’UE aura accordé sur la période 2014-2020 760 millions d’euros d’aide au développement au Togo, sans que cela ne bénéficie aux populations. Ni la commission européenne ni Emmanuel Macron n’ont condamné les dernières violences, pas plus que la tenue des élections législatives qui ne représenteront nullement le choix du peuple togolais. Au contraire, le Togo pilote actuellement les négociations UE-ACP dans le cadre des accords post-Cotonou. Comment allons-nous laisser un régime aussi controversé être à la manœuvre pour dessiner l’avenir des relations entre l’UE et les pays ACP pour les prochaines années ?

Nous réclamons l’arrêt immédiat des violences contre les populations manifestantes, la libération de tous les manifestants et opposants embastillés pour délit d’opinion. De plus, nous demandons le report des élections législatives du 20 décembre jusqu’à ce qu’un cadre transparent et concerté soit établi, ainsi que l’arrêt de toute coopération de l’Union Européenne avec le Togo, dans l’attente de profondes réformes démocratiques. L’UE comme la France ne doivent plus cautionner les dictatures et s’honoreraient à défendre coûte-que-coûte le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Michèle Rivasi & Thomas Dietrich

 
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