mardi, 19 mars 2019
 

Togo : À bas les pilleurs de la république - Faure dégage !

Depuis le mercredi 13 juin se joue une page importante de l’histoire du Togo. Après les soulèvements estudiantins de l’année passée (réprimés sans ménagement) la population togolaise se mobilise de nouveau aujourd’hui pour faire plier le régime de Faure. Les manifestants s’érigent contre le mode de gestion du pays et refusent les coups de force opérés par le régime en prélude aux prochaines échéances électorales : « plus d’élections frauduleuses au Togo », « À bas les pilleurs de la république » ont été largement scandés. Inspiré du printemps arabe et du mouvement des Indignés, ce mouvement populaire est marqué par la détermination des manifestants pour occuper pendant trois jours la place Dekon et pour sonner le glas du régime héréditaire des Gnassingbe au Togo. Toutes les boutiques, banques et commerces de la zone sont fermés, paralysant les activités commerciales de la capitale togolaise.

Mercredi, une première marche rassemblant des centaines de milliers de personnes a eu lieu dans les rues de Lomé avant d’être dispersée par les forces de l’ordre. Les manifestants (300 000 à 600 000 personnes selon les sources) se sont alors massés sur 2km autour de la place Dekon, haut lieu de la contestation populaire au Togo et rapidement rebaptisée « place Tahrir ».

Les policiers ont tenté de disperser la foule à l’aide de gaz lacrymogène. S’en sont suivis des courses-poursuites, des barricades, des pneus brulés, des jets de pierres, etc. La zone commerciale de la ville de Lomé s’est transformée en champ de bataille. De nombreuses violences policières ont eu lieu, comme un jeune homme passé à tabac par les policiers avant d’être embarqué (photo).

Deux policiers auraient été tués, touchés par des balles tirées par d’autres policiers. Plusieurs personnes ont été blessées et d’autres arrêtées, dont le secrétaire général de la Ligue togolaise des Droits de l’Homme (libéré dans la soirée).

Cependant, la population a fait face et elle occupait toujours la place dans la soirée. Vers 20h00, le calme est revenu et des artistes engagés ont rejoint l’occupation, notamment Jah Cissé et Eric M.C, tandis que des femmes préparaient des repas pour tenir le siège.

Une conférence de presse organisée par le collectif « Sauvons le Togo » à l’origine de l’appel à mobilisation, s’est tenue dans la soirée. A l’issue de celle-ci, les forces de l’ordre ont bloqué toutes les sorties menant à la place Dekon pour empêcher tout mouvement en direction de ce lieu. Tout le quartier a été bouclé. Les contestataires ont alors riposté en enflammant les pneus dans les artères adjacentes.

Du coté des autorités, dans les médias d’État, on fait le bilan de la journée en revenant sur les différentes arrestations et sur les causes « inconnues » du décès des deux policiers, tués par balle plus tôt dans la journée. Les autorités ont également appelé, à travers les médias, les représentants du collectif « Sauvons le Togo » à négocier la fin du mouvement. Personne à Lomé ne semble dupé par cette tentative de dialogue et beaucoup affirment que l’objectif de la contestation est de « dégager » le président Faure. Le mouvement a donc été reconduit.

Jeudi. Les connections internet on été coupées par les autorités qui craignent que le mouvement s’amplifie, notamment à travers les réseaux sociaux. La population n’ose plus prendre de photos des mobilisations craignant des représailles...

Dans les quartiers sensibles, c’est une véritable guerre de tranchée. Les Togolais n’ont plus vu de tel mouvement depuis 2005, année où le président Faure a été déclaré vainqueur du simulacre d’élection qu’il a organisée, après avoir usurpé le pouvoir en violant la Constitution à la suite de la mort de son père. À l’époque, les violences ont fait plus de 400 morts selon l’ONU et plus de 1000 morts selon les organisations de défense des droits de l’Homme.

Dès le matin, les forces de l’ordre ont bloqué le carrefour Dekon pour empêcher tout regroupement. Les contestataires ont voulu forcer le barrage mais ont été dispersés, avant de répliquer avec des jets de pierres et des pneus calcinés.

Plus tard dans la journée, le calme est de nouveau revenu. Le collectif « Sauvons le Togo » maintient la pression et appelle les manifestants à rester mobilisés, notamment en demandant à tous les Togolais de rester chez eux le vendredi 15 juin.

Vendredi : La journée Togo mort a été partiellement suivie : si dans la zone commerciale de Lomé la plupart des magasins et boutiques étaient fermés dans la matinée, dans les quartiers administratifs de nombreuses personnes se sont rendues au service. Il faut noter que beaucoup de travailleurs ont peur de perdre leur emploi alors que le taux de chômage est élevé dans l’ensemble du pays.

Le collectif « Sauvons le Togo » a rappelé à la population la nécessité de tenir bon et de ne pas laisser le mouvement s’essouffler malgré l’importante répression qui a fait plusieurs dizaines de blessés. Une cinquantaine de personnes ont été arrêtées dont trois avocats, responsables du collectif (ils ont été libérés dimanche dans la nuit après plus de 24h passées à la gendarmerie, leur jugement est prévu pour mercredi 20 juin). Des responsables de partis politiques qui soutiennent la contestation ont été séquestrés.

Des véhicules de gendarmes sont postés un peu partout dans la ville de Lomé pour dissuader la population de toute initiative. La détermination est au paroxysme chez les contestataires, même en l’absence des leaders du mouvement.

Malgré cela, il a été demandé à la population de mettre à profit le week-end afin de mieux préparer la nouvelle semaine qui sera mouvementée : le collectif appelle à une grande marche mardi 19 juin et à la réoccupation du carrefour Dekon.

Pour la libération totale du peuple togolais, solidarité, la lutte continue !

Nouroudine SEBOU (ATTAC-CADTM Togo)

Source : http://www.cadtm.org

 
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