mardi, 21 novembre 2017
 

Togo : Conférence de presse du mardi 31 octobre 2017

Par sa décision illégale du 13 octobre 2017 interdisant de fait les marches pacifiques des 18 et 19 Octobre 2017 organisées par la Coalition de l’Opposition démocratique, le régime RPT-UNIR avait, une fois encore révélé sa volonté inébranlable de répondre systématiquement par l’illégalité, le mépris et la répression aveugle aux revendications légitimes du peuple togolais.

Les violences inouïes perpétrés contre les populations de Lomé les 18 et 19 octobre derniers sont venues confirmer l’existence d’un plan machiavélique tendant à transformer les marches de l’opposition en un champ de désolation dans le but de créer un climat de terreur et de psychose pour casser la forte dynamique populaire qui s’est constituée autour de la plateforme revendicative des forces démocratiques. C’est à cette fin que le phénomène de l’utilisation des milices civiles dans le dispositif de répression des manifestations, qui avaient fait son apparition en 1991 et réactivé en 2005 pour soutenir la sanglante prise de pouvoir par Faure Gnassingbé, refait son apparition de façon particulièrement violente dans la crise en cours au Togo depuis le 19 août 2017.

Les récentes tournées effectuées par la Coalition ont permis de constater que les villes de l’intérieur du pays n’ont pas échappé à ce déchainement de répression punitive contre des populations civiles aux mains nues qui ne réclament rien d’autre que ce qui existe dans tous les autres pays de la sous-région, à savoir, la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance.

Mango, épicentre de la contestation dans l’extrême nord, est devenu une ville fantôme Le bilan final des expéditions punitives fait état d’un enfant de 10 ans tué par balle et de deux personnes noyées dans le fleuve Oti suite aux poursuites des militaires ainsi que de nombreux blessés. Il s’en est suivi l’exil de tous les leaders locaux de la contestation et des centaines de réfugiés sur les territoires ghanéen et béninois. La ville reste toujours quadrillée par des militaires.

A Sokodé et Bafilo, les deux villes de la région centrale, à la pointe de la contestation, le fallacieux prétexte du péril islamiste et antisémite a été mis en avant pour justifier le recours aux milices. Les violences inouïes perpétrées par les forces armées et les milices ont engendré un exode massif des populations de ces deux villes vers les pays voisins ou dans la brousse. Sokodé et Bafilo sont aujourd’hui deux villes fantômes assiégées par d’impressionnants déploiements de matériels de guerre et de militaires lourdement armés.

A Lomé, les milices armées ont fait leur retour en force. C’est avec stupéfaction que les habitants de la capitale ont découvert, dans la nuit du 17 et toute la journée du 18 Octobre les bandes organisée de miliciens, circulant à bord de véhicules sans immatriculation et armées de gourdins cloutés, de coupe-coupe, de flèches et de fusils et opérant à visages découverts aux côtés ou en lieu et place des forces de défense et de sécurité. Ces milices s’en prenaient systématiquement et violemment aux manifestants et à tout petit attroupement constaté. Des photos et vidéos prises pendant ces opérations ont été abondamment publiées sur les réseaux sociaux et ont permis de repérer parmi ces miliciens, certains individus qui s’étaient déjà illustrés en 2005 et 2012, confirmant ainsi, l’impunité dont jouissent les milices proches du régime, désignées reconnues par Christophe Tchao, le président du groupe parlementaire UNIR comme leurs « jeunes » et qualifiées de groupes d’auto-défense par le ministre en charge de la sécurité.

La violence organisée à travers la réapparition du phénomène des milices armées s’accompagne de graves et massives violations des droits de l’homme et des libertés publiques. Ces violations ne s’exercent pas seulement contre des populationsciviles. Elles frappent aussi des organisations de défense des droits de l’homme et des journalistes dans l’exercice de leurs missions. Les manifestants ont été victimes de violations diverses.

Tout au long du week-end dernier, malgré les entraves et les tracasseries qu’elle a eu à subir, une délégation de la Coalition des Forces démocratiques a pu rendre visite aux détenus de Lomé et d’Atakpamé ainsi qu’aux populations éprouvées de Sokodé et de Bafilo, afin de leur témoigner toute notre solidarité.

Tout en comprenant la colère des manifestants face aux violences, aux injustices et aux violations graves des droits de l’homme dont ils ont été et sont toujours l’objet de la part des forces de défense et de sécurité, la Coalition des Forces démocratiques déplore les actes de dégradation d’édifices publics et de lynchage ayant entraîné la mort ou la blessure de militaires en faction devant les domiciles ou les établissements bancaires ou tout autre lieu public. L’état de siège militaire imposé à Sokodé, Bafilo et Mago et la chasse à l’homme systématique organisée contre les militants et responsables de l’opposition ne feront qu’exacerber les tensions et les colères. Il est urgent qu’une commission d’enquête indépendante soit diligentée pour faire la lumière sur les graves événements qui se sont produits ces derniers temps dans le Nord Togo et qui s’y poursuivent encore. Dans l’immédiat, la Coalition des forces démocratiques lance un appel pressant aux organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme afin qu’elles déploient des missions d’observations dans les villes assiégées du Nord Togo.

Le silence du Chef de l’Etat depuis le début d’une crise qui a déjà fait au moins 16 morts, plusieurs centaines de blessés, de déplacés et de départs en exil, traduit le mépris dont le régime qu’il incarne a toujours fait preuve vis-à-vis du peuple togolais. Sortant de ce silence coupable, Faure Gnassingbé a déclaré samedi dernier lors du Congrès de son parti RPT-UNIR, avoir découvert qu’il était un dictateur sanguinaire. Si, après avoir massacré plus de 500 Togolais en 2005 et au moins 16 autres Togolais en deux mois et demi depuis le mois d’Août 2017, tripatouillé plusieurs fois la Loi fondamentale en 48 heures, falsifié toutes les élections depuis 2005 pour conserver un pouvoir dynastique, Faure Gnassingbé se dit surpris qu’on le qualifie de dictateur sanguinaire et se présente comme un modèle de démocrate, il donne tout simplement raison à la large majorité de Togolais qui se battent, parfois au péril de leur vie, pour que le Togo, soit désormais gouverné par des dirigeants ayant le sens de l’honneur, de la patrie, du respect du peuple et de la crainte de Dieu.

La déclaration du Chef de l’Etat s’apparente, ni plus ni moins, à un aveu de complicité. La question de savoir si le Chef de l’Etat n’est pas lui-même l’instigateur direct de ces violences organisées contre le peuple togolais se pose désormais légitimement. Cette déclaration de mépris et d’arrogance vis-à-vis du peuple et la voie de la violence organisée et de la répression aveugle systématique comme seules réponses aux revendications légitimes des Togolais ne nous feront pas dévier d’un iota de notre choix irréversible pour la lutte pacifique mais déterminée aux côtés de toutes les populations togolaises jusqu’à la libération de notre pays du joug de la dictature.

Pour notre part, nous réaffirmons encore une fois avec force et conviction que nos exigences ne sont dressées contre personne. Elles visent à libérer le Togo et à en faire le patrimoine commun de tous les Togolais et non l’héritage personnel ou familial d’une minorité. A cet effet :

1) Le retour à la Constitution originelle du 14 Octobre 1992 est incontournable pour permettre à notre pays de connaître une vie démocratique normale

2) Ainsi que nous l’avons proclamé devant les Togolais le 21 septembre dernier, nous réitérons notre attachement à la mise en place d’organes législatifs et exécutifs transitoires pour accompagner le retour à la Constitution originelle de 1992 et garantir un passage concerté et consensuel de la dictature actuel à un vrai régime démocratique

3) La remise à plat du cadre électoral avec, entre autres mesures, l’instauration du droit de vote pour les Togolais de l’étranger, devrait permettre l’organisation d’élections équitables, transparentes et démocratiques aux résultats incontestables

4) Le déverrouillage des Institutions de la République est impératif pour engager le Togo sur la voie d’un véritable Etat de droit.

La Coalition lance un nouvel appel à tous les Togolais de l’intérieur et de la diaspora pour trois grandes marches pacifiques les 7, 8 et 9 novembre 2017

La lutte populaire est invincible !

Fait à Lomé le 31 octobre 2017

ANC, CDPA, DSA, PSR, UDS-Togo, ADDI, FDR, LE TOGO AUTREMENT, LES DEMOCRATES, MCD, PARTI DES TOGOLAIS, PNP, SANTE DU PEUPLE, CAR

 
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