mardi, 19 mars 2019
 

Togo : Répression contre les étudiants

Déclaration de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme

La LTDH condamne vigoureusement la violation des franchises universitaires ainsi que l’usage disproportionnée de la force par les agents de sécurité et interpelle à cet effet le Président de l’Université de Lomé, les Ministres des Droits de l’Homme, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, de la Sécurité et de la Protection Civile, ainsi que le Chef de l’Etat.

Le mercredi, 25 mai 2011, le Mouvement pour l’Epanouissement des Etudiants Togolais (MEET) a organisé une Assemblée Générale en vue d’informer les étudiants des suites des démarches entreprises avec les autorités en vue de l’amélioration de leurs conditions d’études, et particulièrement des discussions qu’ils ont eues avec ces autorités sur l’application indistincte du système Licence, Master, Doctorat communément appelé le système LMD.

Suite à cette Assemblée Générale, les Etudiants ont décidé séance tenante de faire une marche vers la présidence de l’Université de Lomé en vue de poser à nouveau et de vives voix, leurs doléances par rapport au système LMD restées jusqu’alors insatisfaites.

C’est ainsi qu’à la porte principale de l’Université de Lomé, les Etudiants ont rencontré un nombre important des forces de l’ordre et de sécurité qui ont commencé à les disperser à coups de grenades lacrymogènes et à les poursuivre jusqu’à leurs derniers retranchements.

Des étudiants ont été indistinctement interpellés puis libérés par la suite, les uns sur le campus universitaire, les autres à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ).

Le jeudi 26 mai 2011, les mêmes manifestations se sont poursuivies sur le campus universitaire de Lomé, avec en toiles de fond les mêmes revendications.

Les forces de l’ordre, présents sur les lieux, ont procédé à une dispersion systématique des étudiants à coups de grenades lacrymogènes, de balles à caoutchouc et de matraques.

Des courses-poursuites à nouveau engagées par les forces de l’ordre et de sécurité pour traquer les étudiants, se sont poursuivies jusque dans les amphithéâtres, les résidences universitaires, les maisons, les quartiers périphériques du Campus universitaire de Lomé, notamment ADEWI, TOKOIN-TRESOR, TOKOIN-DOUMASSESSE, AGBALEPEDO, ATIKOUME, GBOSSIME…

Le bilan a fait plusieurs blessés : des étudiants, des bonnes femmes, même un enfant de trois (03) mois, ainsi que des arrestations. Une équipe de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) sur place a pu rencontrer ces blessés, les blessures ayant été occasionnées les unes suites au désarroi causé par les agents de sécurités, les autres consécutives aux coups de matraques et de grenades lacrymogènes. Des vêtements couverts de sang, ainsi que des traces de sang s’observaient encore dans les escaliers et couloirs de l’Ecole de l’Institut National des Sciences de l’Education (INSE).

La LTDH dénonce avec la dernière rigueur cette intervention musclée et disproportionnée des forces de l’ordre et de sécurité, semant la panique et le désarroi sur le Campus universitaire.

Elle condamne en outre vigoureusement la violation des franchises universitaires avec à chaque fois la présence des forces de l’ordre et de sécurité sur le campus universitaires.

La LTDH interpelle instamment :

1- Les autorités universitaires, en particulier le Président de l’Université de Lomé, le Recteur-Chancelier des Universités du Togo, le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en vue de faire respecter les franchises universitaires, en limitant ou en réglementant la présence des forces de l’ordre et de sécurité en milieux estudiantins ;

2- Le Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile à donner des instructions fermes aux agents de sécurité sur la nature et les limites de leurs interventions quant aux opérations de maintien de l’ordre ;

3- La Ministre des Droits de l’Homme, de la Consolidation de la Démocratie et de la Formation Civique à œuvrer au respect scrupuleux des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales en milieux universitaires ;

4- Le Gouvernement à prendre à bras-le-corps les préoccupations des étudiants quant à leurs conditions d’études en général, et à l’application du système LMD en particulier ;

5- Le Chef de l’Etat, Président de la République et garant du fonctionnement des Institutions de la République, à veiller à la stricte application du Décret N°2008-066/PR du 21 juillet 2008 instituant le système Licence, Master, Doctorat (LMD) dans l’enseignement supérieur au Togo, qui précise en son article 7 :

« Les diplômes actuellement délivrés continuent de l’être jusqu’à l’application effective du système Licence, Master, Doctorat (LMD) dans l’enseignement supérieur au Togo.

Un arrêté du ministre chargé de l’enseignement supérieur mettra un terme à leur délivrance au moment opportun ».

Il y va pour une prompte résolution de cette crise, étant donné que les instigations menées par la LTDH ont révélé l’inexistence d’un quelconque arrêté du Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche mettant fin à la délivrance des diplômes classiques dans les universités du Togo.

La LTDH exige en outre la mise en liberté immédiate et sans condition des étudiants interpellés lors des manifestations qui ont eu lieu sur le campus universitaire de Lomé.

Fait à Lomé le 26 mai 2011,

Le Président,

Me Raphaël N. KPANDE-ADZARE

 
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