jeudi, 17 janvier 2019
 

TOGO : Une dictature si utile

Le gouvernement de Faure Gnassimbé tente des manoeuvres qui apparaissent désespérées faces aux mobilisations populaires. Ainsi il a proposé une large concertation, et donc invité les partis de l’opposition pour discuter de l’avenir politique du pays. A juste titre les partis d’opposition et le « Collectif sauvons le Togo », ont mis en préalable l’arrêt de la répression, la libération de toutes les personnes emprisonnées suites aux dernières manifestations.

Le gouvernement a refusé et donc tenu sa réunion de large concertation avec lui-même et quelques partis supplétifs qui remplaçaient pour l’occasion les plantes de décoration des colloques et séminaires qui se veulent prestigieux. Cette réunion a proposé concernant le mandat présidentiel qu’il soit de 5 ans renouvelable une fois cette mesure n’étant pas rétroactive. Autrement dit la réunion de large concertation propose que Faure Gnassimbé reste au pouvoir jusqu’en 2025 ! Un temps suffisamment long pour trouver d’autres artifices pour prolonger ad vitam aeternam le pouvoir de ce clan.

L’opposition ne désarme pas, de manière unitaire avec le collectif sauvons le Togo qui regroupe les partis politiques d’opposition ainsi que les organisations militantes de la société civile, elle organise les mobilisations qui se font multiples et présentent un caractère massif. Comme par exemple la manifestation le jeudi 20 septembre où des milliers de femmes vêtues de rouge sont descendues dans la rue pour exiger le départ de cette dictature qui ne dit pas son nom mais qui par contre continue les mêmes pratiques de répression depuis des décennies.

Ainsi lors de la manifestation du 15 septembre, le parti au pouvoir - le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) - a dépêchés des dizaines de miliciens armés de gourdins et de machettes qui ont attaqués les manifestants faisant de nombreux blessés dont certains sont dans un état grave. Les organisations de défense des droits humains Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture au Togo (ACAT-Togo) et le Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT) ont demandé l’ouverture d’une enquête sur de tels agissements qui ont bénéficié de la complicité des forces de police.

Après la prise de pouvoir par Eyadema Gnassimbé qui a participé à l’assassinat du père de l’indépendance Sylvanus Olympio, le Togo n’a connu que la dictature et seule l’utilisation de politiques répressives féroces d’Eyadema puis de son fils Faure Gnassimbé font perdurer ce système. Ce sont des centaines d’assassinats, des exilés et des familles déplacées qui sont victimes de ce pouvoir. Les détentions arbitraires et les tortures restent monnaie courante dans les geôles de l’armée et des commissariats. Malgré tout, la France continue à maintenir ses liens et sa coopération comme si de rien n’était et se contente comme, l’Union Européenne, de recommander des élections législatives transparentes fiables et apaisées. Un voeu déjà formulé lors de l’élection présidentielle qui a connu des fraudes systématiques et pourtant a été avalisée par les puissances occidentales.

Si des dictatures peuvent tenir aussi longtemps c’est aussi parce qu’elles sont soutenues par les pays du nord qui au-delà des mots et des condamnations de circonstance, voient dans ces gouvernements fantoches, les moyens de stabiliser le pays, permettant ainsi aux multinationales d’engranger leur profit dans les zones franches de Lomé et les mines de potasse du Togo. Que penserait Bolloré, lui qui a bénéficié d’un arbitrage favorable de l’État togolais, dans un conflit commercial qui l’a opposé à la société Progosa, d’un renversement du pouvoir de Gnassimbé ? Que penseraient les dirigeants des multinationales d’un gouvernement qui donnerait la priorité au bien être de sa population, qui serait vigilant dans la perception des impôts, qui exigeraient des transferts de technologies et refuserait le pillage de ses ressources, qui ne persécuterait pas les syndicalistes.

Vraisemblable que cette situation ne serait pas du goût de ces Messieurs pour qui la liberté c’est avant tout celle d’entreprendre et d’exploiter.

Paul Martial

 
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