jeudi, 17 octobre 2019
 

Togo : violation des droits de l’homme contre l’opposition

La LTDH condamne l’assignation constante à résidence de M. Jean-Pierre FABRE, Président national de l’ANC et tient à rappeler que la condition de l’opposition et son respect sont et demeurent la vertu cardinale et le critère le plus sûr auquel on reconnaît un régime démocratique

Depuis plus d’un mois en effet et tous les jeudis, des voitures à bord desquelles se trouvent plusieurs agents de sécurité se positionnent dans certains endroits du quartier de Kodjoviakopé, particulièrement sur les rues débouchant sur le domicile de M. Jean-Pierre FABRE, Président national du Parti politique Alliance Nationale pour le Changement (ANC), dans le but d’empêcher ce dernier de sortir de sa maison pour participer aux marches de protestation organisées par le FRAC et de disperser ses militants.

On assiste à des tirs systématiques de grenades lacrymogènes, même jusqu’au domicile de M. Jean-Pierre FABRE.

Le jeudi, 30 juin 2011, alors que M. Jean-Pierre FABRE a réussi à sortir de sa maison à pied, il sera rattrapé par les agents de sécurité à hauteur de l’Hôtel PALM BEACH où il essuiera des gaz lacrymogènes tirés à bout portant sur sa personne. Il n’a dû son salut qu’en se réfugiant au sein dudit hôtel.

Le rubicond a été franchi le jeudi, 07 juillet 2011 lorsque dans les mêmes circonstances, des tirs de grenades lacrymogènes ont été dirigés contre le domicile de M. Jean-Pierre FABRE, voire jusque dans son salon.

Dans les deux cas de figure ici relatées, la LTDH qui avait ses observateurs sur le terrain, a été effectivement alertée et a immédiatement porté l’information à la connaissance du Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile qui a dit prendre des mesures en vue d’éviter de tels évènements par l’avenir.

De tels comportements antidémocratiques de la part des agents de sécurité constituent de graves violations des droits humains, tels que la liberté d’aller et de venir, le droit de tout citoyen de circuler librement, le droit à l’inviolabilité du domicile, celui de l’inviolabilité de la personne humaine qui induit le droit à l’intégrité physique, droits garantis par les articles 13, alinéa 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et 13, 20, 21, 22 de la Constitution togolaise du 14 octobre 1992 qui disposent en substance que « tout citoyen togolais a le droit de circuler librement… »

La Ligue Togolaise des Droits de l’Homme, très indignée par de tels actes, condamne avec la dernière rigueur l’attitude des forces de l’ordre et surtout le silence complice et donc coupable des plus hautes autorités du pays.

La LTDH voudrait par la même occasion mettre en exergue que selon les résultats officiels de la dernière élection présidentielle de mars 2010, M. Jean-Pierre FABRE a obtenu un score non négligeable et mérite pour ce seul fait le respect dû à un responsable de parti politique.

La LTDH rappelle en outre que la condition de l’opposition et son respect sont et demeurent la vertu cardinale et le critère le plus sûr auxquels on reconnaît un régime démocratique.

La LTDH s’étonne qu’au lendemain de la promulgation par le Chef de l’Etat de la Loi N° 2011-010 du 16 mai 2011 « fixant les conditions d’exercice de la liberté de réunion et de manifestation pacifiques publiques », le Gouvernement togolais continue de restreindre les espaces de libertés en empêchant des manifestations organisées conformément à la procédure édictées par ladite loi.

La LTDH invite le Gouvernement togolais, particulièrement les Ministres de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales, de la Sécurité et de la Protection Civile :

-  Pour le premier, à faire une application juste et de bonne foi de la Loi sur la liberté de réunion et de manifestation ;

-  Pour le second, à assurer à M. Jean-Pierre FABRE la libre circulation et l’intégrité physique inhérentes à sa double qualité de personne humaine et de citoyen togolais.

La LTDH interpelle instamment le Chef de l’Etat à faire devoir à M. Jean-Pierre FABRE tout le respect dû à son rang de premier responsable d’un parti politique.

La Ligue Togolaise des Droits de l’Homme invite enfin tous les défenseurs des droits humains, toutes les organisations de la société civile ainsi que tous les citoyens soucieux du respect des droits humains dans notre pays à se mobiliser en vue de contraindre les pouvoirs publics togolais à se plier aux principes élémentaires de la démocratie et de l’Etat de droit.

Fait à Lomé, le 12 juillet 2011

Le Président,

Me Raphaël N. KPANDE-ADZARE

 
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