jeudi, 23 novembre 2017
 

8 février 2011, Jour des Travailleurs Égyptiens

"Salariés et fonctionnaires égyptiens..." À tous ceux qui travaillent pour vivre sans pouvoir joindre les deux bouts

À tous ceux qui travaillent pour vivre sans pouvoir joindre les deux bouts Depuis des années, vous réclamez sans cesse vos droits par vos mobilisations dans les villes de El Mahalla, Ismailia, 10 Ramadan, Helouan, etc., dans le Delta ou en Haute Egypte, dans tous les secteurs (filatures de El Mahallah, Tanta, Nubariyya, dans les usines d’Aluminum, Nasr Automobile Co., Amonsito, Salmako etc.). Vous avez lutté pour créer vos syndicats indépendants (collecteurs d’impôts fonciers, employés de l’Education nationale, travailleurs de la santé) et pour stabiliser les salariés précaires en contrat à durée indéterminée (employés du Ministère de l’Agriculture, des Cabinets ministériels, etc.).

Depuis plusieurs mois le parvis de l’Assemblée du peuple ne désemplit pas de vos revendications ; vous passez vos nuits en sit-in dormant sans couvertures sur le pavé. Beaucoup d’entre vous ont dû rester mobilisés des dizaines ou centaines de jours avant d’être entendus et qu’on accepte de négocier avec eux ; quand vos grève se sont accentuées pendant ces quatre derniers mois, les ministres et les dirigeants du syndicat officiel vous ont répondu : “Personne ne nous fera reculer, "c’est comme çà", et si çà ne vous plait pas cassez-vous avec un coup de chaussure sur la tête". Comme si nous étions leurs esclaves attendant leur charité. Comme s’ils était les maîtres du pays et que nous n’avions droit qu’à être exploités et réprimés. Depuis des années vous réclamez des salaires suffisants pour un logement décent pour vos enfants, des soins médicaux qui guérissent ...

Nos dirigeants ne nous entendent plus. Les rapports internationaux nous qualifient de "pays de contradictions". Nos principales importations sont des avions privés, nous sommes les premiers clients de Mercedes dans le Tiers monde, alors que 40% d’entre nous vivent sous la ligne de pauvreté et 20% souffrent d’extrême pauvreté. Tandis que notre pays détient des milliards de dollars à l’Etranger, nous n’avons le droit, ni de gérer nos richesses nationales ni de décider de nos choix politiques. Les maffias de corrompus et de corrupteurs vivent retranchés dans leurs palais. La loi d’urgence nous gouverne depuis trente ans. Un système policier nous surveille à chaque coin de rue, nous humilie et peut torturer n’importe lequel d’entre nous à la demande du "fils de machin". On ne peut plus vivre dignement. La coupe est pleine .

Et puis, il y a eu cette révolte des Jeunes, nos fils et filles qui ont refusé d’être humiliés par le chômage et de se taire face à l’oppression. Ils sont descendus dans la rue et ont été suivis par tous le peuple égyptien. Nos fils et filles ont affronté les balles avec leurs poitrines nues et au moins 300 d’entre eux sont morts en martyrs. 300 Jeunes qui ont payé de leurs vies pour notre liberté et pour nous libérer de l’humiliation de l’esclavage.

Maintenant la voie est ouverte pour nous tous. Ô travailleurs, fonctionnaires d’Egypte, c’est vous qui avez il y a quatre ans démarré le compte à rebours de la fin du régime. La liberté est à nos portes et la voie est ouverte pour obtenir nos droits. Les Jeunes ne sont pas les seuls à réclamer la liberté et la chute du pouvoir qui nous a opprimés et manipulés. Nous aussi, nous voulons la liberté pour revendiquer nos droits, gérer nos ressources et les fruits de notre dur labeur, pour les re-distribuer avec un peu de justice, pour que ceux d’en bas ne souffrent plus de la faim et de la madie. Le gouvernement a décidé hier d’augmenter de 15% les salaires et retraites.

Peu leur importe que l’inflation de l’année passée soit bien plus forte. Nous en avons assez de ce jeu de dupes. Cela n’est plus acceptable ! Nous n’allons pas brader le sang de plus de 300 martyrs morts pour une vie décente et la liberté pour 15% d’augmentation ! Le "Fond de la misère" et le déficit budgétaire ne doivent pas réduire à néant vos efforts. L’argent volé par les banques européennes doit payer le déficit public. Réduisons le budget de la police, qui a déserté nos rues et lâché sur nous ses brigands dans "la nuit noire".

C’est fini, nous avons le droit de connaître, discuter et décider nous-mêmes nos priorités de dépenses publiques, droits et salaires. Nous avons le droit de négocier nousmêmes nos salaires, de gérer les ressources de notre pays et son avenir. Tous les Égyptiens réclament maintenant leur liberté et leur droit à une vie décente, la dignité et la justice sociale. Tous les Égyptiens exigent la chute du régime qui a étouffé nos voix et nous a affamés. Tous exigent de juger les corrompus et corrupteurs et de récupérer l’argent qu’ils nous ont volé.

Élevons nos voix ensemble pour nos revendications :

• Réduire l’écart des salaires à 12 fois, avec un minimum d’au moins 1200 Livres égyptiennes (150 euros) indexé sur l’inflation avec une augmentation minimale de 10% par an, hors primes de pénibilité et de risques et une prime de repas indexée sur les prix.

• Fournir les soins et les traitements nécessaires et appropriés pour toutes les maladies à tous les travailleurs sans restriction, quelque soit son statut d’emploi, son niveau de salaire ou la durée de son travail.

• Rendre permanents tous les emplois à durée déterminée dans l’administration et les entreprises publiques, et faire bénéficier les salariés du privé sous contrats à durée déterminée de tous les droits légaux inhérents au contrat à durée indéterminée.

• Annoncer un plan national plan pour l’emploi et contre le chômage, indemniser les chômeurs ne pouvant trouver un travail convenable à 75% au moins du salaire minimum.

• Étendre aux employés des administrations municipales les statuts des fonctionnaires ; faire appliquer immédiatement les jugements d’indemnisation favorables aux salariés sans attendre l’épuisement des procédures d’appel ; payer les salaires et primes en retard, en particulier les primes sociales (soit 22.5% des salaires) et ne sont pas calculées pour les retraites.

Et avant tout, le droit des travailleurs égyptiens de former des syndicats indépendants et libres, l’abolition de toutes les restrictions au droit syndical. Nous ne voulons plus retourner dormir sur le parvis du Parlement, chercher en vain ceux qui nous écoutent et négocient pour nous, mais nous voulons négocier des hausses de salaires réelles rester organisés et capables de défendre nos droits si nous sommes attaqués. Travailleurs et fonctionnaires d’Égypte, grâce à son peuple merveilleux, l’Égypte a retrouvé son prestige sous le soleil. Le monde a vu maintenant notre vraie image, dévoyée par les scènes d’attaques à cheval et à chameau, celle d’un peuple civilisé qui croit en la justice et la liberté. Nos fils ont payé de leur sang pour une vie digne pour toute la population.

Le monde a entendu nos voix réclamant nos droits. Il est solidaire de vous aujourd’hui.

Partout dans le monde, les travailleurs ont fait du 8 février le jour de la solidarité avec les travailleurs d’Égypte. Écoutez les cris de la solidarité des ouvriers partout. Ils savent combien vous êtes forts et libres, et que vous pouvez récupérer vos droits.

Syndicat des collecteurs d’impôts fonciers (indépendant) - Fédération des retraités et pensionnés - Dirigeants de lutte ouvriers d’Égypte - Center for Trade Union and Worker Services (CTUWS)

 
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