mercredi, 22 novembre 2017
 

Egypte - 8 mars 2011 : "1 million pour la lutte des femmes"

Durant la révolution du 25 janvier, des femmes de tous âges, de toutes origines sociales et de toutes croyances ou convictions, ont été massivement présentes dans les rues, se mêlant sans complexe aux hommes dans les manifestations et les rassemblements place Tahrir. Leur exhortation aux soldats pour qu’ils ne tirent pas sur les gens et qu’ils rejoignent le camp des manifestants ont fortement contribué au basculement de l’armée et à sa fraternisation sur le terrain avec le peuple.

L’Histoire retiendra peut-être cette pancarte brandie par une égyptienne ordinaire qui dit sobrement (en français) : "Vous nous avez oublié". Ne s’adresse-t-elle pas tout à la fois au pouvoir, au monde, et aux hommes ? On retiendra peut-être aussi le poignant appel d’Asma Mahfouz, jeune et frêle fille la tête couverte d’un foulard, enjoignant - dans une vidéo postée le 18 janvier - familles, amis, voisins, collègues, à descendre dans la rue pour protester contre le traitement inhumain et dégradant des gens qui osent dire : "Kefaya, ça suffit !" Asma n’a pas supporté d’entendre traitées de "psychopathes" 4 personnes qui se sont immolées par le feu début janvier. Elle s’est déclarée déterminée à descendre dans la rue le 25 janvier, quitte à être toute seule. "La police et la baltaguiya (milices para-militaires) font peur, mais on n’a pas peur de la mort".

"Courage, sortez de vos maisons avec moi", a-t-elle lancé. ( www.youtube.com/watch ?v=A8lY... )

Plusieurs femmes ont été tuées lors du soulèvement, dont Sally Magdy Zahran, 28 ans, de Sohag en Haute Egypte. Bien d’autres ont été blessées, arrêtées, brutalisées. Mais, comme Asma, elles n’ont plus peur. Et se battront. "El-sharee lina", "les rues sont à nous", clament-elles. Contre la police, qui bat en retraite. Contre la misogynie ambiante. Mais aussi contre les agressions sexuelles utilisées comme arme de dissuasion par les baltaguiya qui rôdent, refusant de s’avouer vaincus. Pour cela, elles entendent pousser leur avantage, et resteront comme elles l’ont souvent été, aux avant-postes contre la police politique, la torture et l’humiliation érigés en mode de gouvernance.

"La femme est l’égale de l’homme" - tableau de Hamed Abdalla, 1978. Spécial dédicace à Sally Magdy Zahran, martyre de la Révolution du 25 janvier originaire de Sohag, comme le père de l’artiste Hamed Abdalla.

La femme est l’égale de l’homme Après la chute de Moubarak, les femmes n’ont pas accepté de se voir écartées. Elles ont protesté contre leur absence dans les instances pour réformer la Constitution, exigent d’être présentes à tous les niveaux de la vie publique, et réclament l’avancée de leur propre agenda : abolition de la tutelle parentale sur les femmes, nouveau statut personnel, libre accès au travail, fin des mutilations sexuelles... En un mot, elles veulent l’égalité hommes - femmes.

( cf. Coalition des ONG de femmes : www.en.nazra.org/18-coalitio... )

Elles s’organisent, fédèrent ONG et associations développant des perspectives féministes. Et réclament la dissolution du Conseil national des femmes, une instance tenue par la dame patronnesse Suzanne Moubarak qui tant d’années durant a, selon la célèbre auteure Nawal Saadawi, usurpé la représentation de la lutte des femmes égyptiennes sur la scène nationale et internationale. Nawal Saadawi, aujourd’hui âgée de 80 ans, est toujours sur le front et se bat pour l’unité des femmes. Et accueille chez elle à Choubra des réunions d’appartement pour préparer les initiatives à venir. Parmi les femmes présentes, une porte le niquab. "Avant, je ne regardais pas celles qui portaient le niquab", dit Nawal, connue pour sa détermination contre tous les fondamentalismes. "Cela a changé avec la place Tahrir", assure-t-elle. "Ce soir, je ne te demande pas pourquoi tu le portes".

( cf. Rebellion, Jenna Krajeski The New yorker 4 mars 2011 - www.newyorker.com/talk/2011/... )

Ce soir, elles organisent ensemble le grand rassemblement "1 million pour la lutte des femmes" le mardi 8 mars 2011 place Tahrir. La révolution, c’est aussi ça : elle a fait bougé toutes les lignes, et permis de faire converger féministes historiques et féministes islamiques, yuppies branchés des classes moyennes, jeunes et femmes "chaabis". Alors oui, le 8 mars, on sera des millions partout à être de tout coeur avec les femmes égyptiennes - et du monde entier - en lutte. La révolution continue !

Mogniss H. Abdallah

 
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