vendredi, 19 avril 2019
 

EGYPTE : L’état de droit mis à mal

LE CAIRE - Les manifestations contre le pouvoir militaire intérimaire égyptien se poursuivent sur la place Tahrir au Caire. Elles auraient fait au moins 33 morts et plus de 1 500 blessés depuis le 19 novembre.

Les manifestants accusent le Conseil suprême des forces armées (CSFA) d’avoir détourné la révolution qui a provoqué la démise de l’ancien président Hosni Moubarak en février, et de manquer à son devoir de protection des droits humains que le soulèvement était censé entériner.

Parmi les sujets d’inquiétude concernant les attaques contre l’état de droit en Egypte, on peut citer :

L’utilisation des tribunaux militaires pour juger des civils

Depuis qu’il a pris le pouvoir, le CSFA a arrêté et fait comparaître quelque 12 000 civils devant des tribunaux militaires. Ce chiffre dépasse le bilan des 30 ans de régime de Moubarak, durant lequel les tribunaux militaires étaient réservés aux cas célèbres. Le directeur adjoint de Human Rights Watch Moyen-Orient et Afrique du Nord, Joe Stork [ http://www.hrw.org/news/2011/09/10/... ] , a dit en septembre que ce chiffre était « ahurissant et montrait la façon dont les détenteurs du pouvoir en Egypte étaient en train de saper la transition vers la démocratie. » Ces tribunaux ont été condamnés par les groupes de défense des droits humains et la campagne No Military Trials for Civilians (pas de procès militaires pour les civils) a été lancée pour mobiliser les citoyens contre la poursuite de ces procès.

La détention des activistes

Le militant pour la démocratie Alaa Abdul Fatah [ http://www.hrw.org/fr/node/103000 ] fait partie des derniers citoyens arrêtés et mis en détention le 30 octobre pour avoir refusé d’être interrogés par un procureur militaire. M. Fatah est toujours en prison, malgré les campagnes pour sa libération, notamment une grève de la faim de sa mère, la célèbre activiste Laila Soueif. De l’intérieur de sa prison, M. Fatah a poursuivi son blog [ http://sarrahsworld.wordpress.com/2... ] et écrit un article [ http://sultanalqassemi.blogspot.com... ] où il raconte que la police continue à utiliser la torture.

L’usage de la violence contre les manifestants

Les affrontements incessants de la place Tahrir font suite à un certain nombre d’incidents similaires depuis la chute du régime de Moubarak. Le 9 octobre, une manifestation à majorité copte [ http://www.irinnews.org/report.aspx... ] s’est tenue devant le siège de la télévision d’Etat à Maspero et s’est terminée avec au moins 28 morts et 500 blessés. Le CSFA a refusé [ http://english.ahram.org.eg/NewsCon... ] d’autoriser une enquête indépendante. Au moins 30 civils, dont M. Fatah, ont été placés en détention sur des accusations liées aux événements de Maspero. Le 10 novembre, une vidéo [ http://www.youtube.com/watch?v=00t-... ] sur YouTube montrait des véhicules militaires écrasant les manifestants et la police tirant à balles réelles sur la foule.

L’usage de la torture

La torture a été utilisée systématiquement par la police et les forces de sécurité égyptiennes depuis des décennies. Un rapport d’Amnesty International [ http://www.amnesty.org/fr/news/egyp... ] déclare qu’après la révolution, « l’usage de la torture est toujours répandu dans les commissariats de police, les prisons et les centres de détention » et continue « dans une quasi impunité ». On ne connaît pas d’enquêtes indépendantes sur la question, mais selon certains rapports, des incidences de torture ont provoqué plusieurs cas de morts en prison. Le 27 octobre, Essam Atta, 23 ans, est mort dans un hôpital du Caire après avoir été soumis à des tortures sévères et répétées. Après la mort de M. Atta, beaucoup ont fait le parallèle entre lui et Khaled Said, ce jeune homme de 28 ans devenu un symbole pour la révolution après avoir été torturé à mort par la police en juin 2010.

Les attaques contre la société civile

La société civile égyptienne se sent de plus en plus victime d’attaques de la part du CSFA. Le 14 septembre, le Conseil a annoncé que plus de 30 organisations non gouvernementales (ONG) étaient « illégales » parce qu’elles recevaient des financements de l’étranger et n’étaient pas enregistrées auprès du ministère de la Solidarité sociale. Cette liste comprend de nombreuses organisations respectées, qui sont établies depuis longtemps dans le pays. Le 10 novembre, six de ces groupes de défense des droits humains ont publié une déclaration [ http://eipr.org/en/pressrelease/201... ] indiquant qu’elles refusent de reconnaître le Conseil militaire. Selon cette déclaration, le CSFA a lancé une « campagne systématique contre les défenseurs de la démocratie. »

La montée de la discrimination

Pour finir, la discrimination incessante exercée contre les minorités religieuses est aussi un motif d’inquiétude. Des Egyptiens de toutes croyances ont mené la révolution contre la dictature, mais les minorités ont continué à souffrir de discrimination de la part des autorités et ne reçoivent qu’une protection inadéquate contre le radicalisme sectaire. A plusieurs occasions, des églises coptes ont été attaquées. La discrimination, selon Amnesty, « semble avoir empiré depuis que le CSFA a pris le pouvoir. »

Quant aux femmes égyptiennes, elles continuent à devoir faire face au sexisme, à une discrimination largement répandue et à être sous-représentées dans la vie politique et publique. Le harcèlement sexuel est chose courante dans la rue. Les manifestantes arrêtées le 9 mars ont fait rapporté qu’elles avaient été obligées de subir les prétendus « tests de virginité » durant leur séjour en prison. Les 20 membres du conseil militaire sont tous des hommes.

Source : http://www.irinnews.org

 
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