dimanche, 16 juin 2019
 

Maroc : crise, dette et répression

Notre association a tenu le 16 septembre 2012 à Rabat la session ordinaire de sa Coordination nationale. Cette réunion se tient dans un contexte de crise continue du système capitaliste et de la perte de crédibilité de son modèle de développement par le marché. Notre réunion coïncide également avec la persistance des mobilisations politiques et sociales sur le plan international, offrant une occasion pour des alternatives radicales au modèle capitaliste en place. L’occasion pour nous de faire le point sur la situation économique du pays et de rappeler le climat de répression qui pèse sur les militant-e-s.

Crise internationale, crise marocaine

Malgré l’hypocrisie du discours officiel, la crise internationale a un impact négatif et direct sur l’économie marocaine. Surtout que les centres de décisions de notre pays ont hypothéqué le développement aux investisseurs étrangers et aux exportateurs vers la zone euro. Aujourd’hui, la zone euro est au bord de la faillite et réduit sa demande internationale. Pire, les choix hasardeux de nos décideurs ont fait passer le Maroc d’un pays exportateur de produits agricoles à un pays dépendant pour nourrir sa population. En témoigne la tension sur le marché du blé et la nécessité pour le pays d’importer davantage chaque année. La crise actuelle amplifiera l’échec des stratégies sectorielles dans l’agriculture, le tourisme, l’industrie, etc… reposant toutes sur la demande internationale.

Pour sortir de leurs crises, les centres de décisions impérialistes mettent la pression sur les pays du Sud pour que ces derniers ouvrent leurs marchés et annulent les barrières douanières, et ce à travers des accords de libre-échange (ALE). Les pays du Nord font pression pour créer « un climat des affaires » qui favorise les investissements directs étrangers (IDE). Nos gouvernements, depuis deux décennies, y répondent par des programmes d’infrastructures, des zones franches, des exonérations fiscales et une offre immobilière alléchante (terrains à un prix symbolique, zones industrielles équipées, etc.). Pour couronner le tout, notre Etat propose une main d’œuvre qualifiée à des salaires de misère. Aidés par un Code du travail instituant la flexibilité et la sous-traitance et une protection sociale quasi-inexistante, ces « investisseurs » créent des emplois précaires pour des jeunes souffrant d’un chômage de masse. De son côté, l’Union Européenne, premier partenaire économique du Maroc, demande plus au gouvernement. Et ce dernier négocie, à l’instar de l’Algérie, la Tunisie et la Jordanie, un approfondissement du libre-échange entre l’UE et les pays du sud de la méditerranée.

Le gouvernement actuel veut être un bon élève et promet de faire davantage. Il prépare une loi qui musellera encore plus le droit de grève. Ce texte s’ajoutera à l’article 288 du code pénal qui criminalise les grévistes. Le gouvernement annonce aussi sa volonté de faciliter davantage l’IDE dans les secteurs sociaux (santé, éducation, eau, électricité, transport en commun, collecte des déchets, logement social, etc.). Il ne cache pas, également, sa volonté d’ouvrir le portefeuille public au privé, spécialement dans les secteurs de l’aviation, les ports, les chemins de fer et les banques. Ces mesures corroborent les recommandations des Institutions financières internationales et réduisent notre souveraineté économique, déjà entamée par la spirale de la dette.

Dette : le retour de la dette extérieure et du FMI

L’endettement de l’Etat atteint des sommets. La dette publique (intérieure et extérieure) du Maroc affichait fin 2011 le chiffre de 582 milliards de dirhams, soit 52 milliards d’euros. Cette dette équivaut à 72% du PIB. Elle est répartie entre dette extérieure : 190 milliards de dirhams (17 milliards d’€) et intérieure : 392 milliards de dirhams (35 milliards d’€). A la fin de 2012, la dette atteindra 636 milliards de dirhams (57 milliards d’€), soit 75% du PIB. Le service de la dette (emprunts + intérêts) a coûté entre 2004 et 2011 94 milliards de dirhams (8,5 milliards d’€) au budget !

Ces remboursements se divisent comme suit : 18,5 milliards de dirhams (1,7 milliards d’€) pour la dette intérieure et 75 milliards de dirhams (6,8 milliards d’€) pour la dette extérieure. Pour saisir l’ampleur du poids de la dette, il est utile de rappeler un chiffre : entre 1983 et 2011, le Maroc a remboursé au titre de la dette extérieure 115 milliards de dirhams (10,4 milliards d’€), soit 8 fois la somme empruntée ! Et il doit encore rembourser aux créanciers 22 milliards de dirhams (2 milliards d’€).

Les années 2000 ont été marquées par une orientation vers l’endettement sur le marché intérieur, aujourd’hui l’Etat s’oriente de nouveau vers l’international. Ainsi un appel sur le marché international s’est fait en 2010 pour vendre des bons de trésors d’une valeur de 1 milliard d’euros. Un nouvel appel est prévu entre octobre et novembre 2012 pour une souscription du même montant. A cela s’ajoute l’ouverture d’une ligne de précaution et de liquidité (LCP) de 6,2 milliards de dollars (53 milliards de dirhams) mise à disposition du Maroc par le FMI pour couvrir le déséquilibre de la balance des paiements pour les deux prochaines années.

Répression et procès iniques

Ces politiques nous mènent droit au mur. La crise qui s’annonce devra être supportée - une nouvelle fois - par les classes pauvres et paupérisées. Le peuple qui réclame pourtant des services publics de qualité et de l’emploi subit répression, arrestations et procès iniques, le dernier en date étant celui des membres du Mouvement du 20 février (M20F) à Casablanca.

Notre association dénonce les verdicts partiaux et arbitraires de ces procès. Aujourd’hui, agriculteurs (région de Chlihat), étudiants (Marrakech, Kénitra, Fès, Taza, etc…), ouvriers, militants du M20F sont poursuivis ou condamnés dans le cadre de cette répression féroce menée par le régime. Nous exigeons la libération immédiate de tous ces prisonniers et l’arrêt des poursuites à leur encontre.

Nous dénonçons également le harcèlement continu à l’égard de notre association et ses membres. Nous sommes encore privés de notre droit d’organisation. L’Etat vient de refuser le renouvellement de notre récépissé légal, au mépris de la loi. Nos membres sont poursuivis pour leur militantisme. Les derniers procès en date sont ceux d’Ibrahim Bara et Hassan Agherbi du groupe d’Ifni. Mustapha Sandia, Hicham Laâouini, Medkouri, du groupe de Safi sont également poursuivis à cause de leur action.

En conclusion, nous saluons les initiatives prometteuses appelant à l’audit de la dette publique en Tunisie et en Egypte. A cette occasion, nous lançons un appel aux organisations populaires pour créer un front commun pour réaliser un audit complet de la dette publique marocaine et ce dans la perspective d’annuler la partie odieuse de cette dette. Notre appel s’adresse aussi à toutes les organisations soucieuses de l’avenir du peuple marocain, de ses richesses et de sa souveraineté nationale.

Rabat, 16/09/2012.

Conseil de Coordination National

 
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