jeudi, 15 novembre 2018
 

MAROC : MO BI LI SA TION !

Les islamistes du PJD ( Parti de la justice et du développement) d’Abdelilah Benkirane, principal parti de la coalition actuellement au gouvernement à Rabat, ont beau croire que Dieu est de leur côté, en réalité, il ne les aide pas tellement, doivent-ils amèrement constater.

« Il est difficile de combattre la corruption », tel est le constat que fit le Premier ministre Benkirane, début juillet. Il fut précédé par un autre aveu, fin mai, celui du ministre de l’enseignement supérieur, Lahcen Daoudi : « Nous nous sommes retrouvés en plein milieu de la mondialisation sans y être préparés. »

Mais c’est surtout l’aveu d’impuissance du chef du gouvernement en pleine séance du Parlement, le 14 mai, qui a contribué à alimenter le mécontentement social. Devant les députés, en bonne partie médusés, Benkirane conseilla alors aux chômeurs de « prier Dieu pour qu’il leur donne un emploi ». Puis, face à l’étonnement de certains quant à ce remède, il s’énerva : « Quoi, vous ne faites pas confiance en Dieu ? A chaque fois qu’on lui demande quelque chose, il nous aide. » Croyant(e)s ou moins croyant(e)s, les Marocains furent nombreux et nombreuses à être choqués. Surtout si l’on sait l’importance du chômage des jeunes générations (officiellement 20 %, le double du taux global), surtout celui des diplômés, vécu comme le symbole d’un gâchis social. Ce n’est pas parce que, dans un pays voisin agité par la crise qui secoue le Sud de l’Europe, de nombreux Espagnols rêvent désormais de travailler au Maroc (et envoient des CV aux chambres de commerce espagnoles installées dans le pays) que les Marocain(e)s seront consolés…

Protestant contre la situation de l’emploi, les manifestations du 25 mai ont été qualifiées de mobilisation « monstres ». Rien qu’à Casablanca, la métropole économique du pays, plus de 50 000 personnes battirent le pavé. Dans un pays où le paysage syndical est caractérisé par l’éparpillement entre une multitude de confédérations – souvent affiliées à une mouvance politique, la CDT et la FDT (respectivement Confédération et Fédération démocratique du travail) avaient soutenu les mobilisations. D’autres organisations syndicales sont actuellement divisées, puisque leurs directions ont été en partie intégrées par la nouvelle coalition au pouvoir (composée du PJD islamiste, de l’Istiqlal – parti bourgeois et nationaliste – et des ex-communistes du PPS). La première centrale historique marocaine, l’UMT, est profondément divisée. Depuis le mois de mars 2012, des mesures autoritaires – des exclusions, et la fermeture des locaux de l’Union locale de Rabat-Salé par les dirigeants – ont ravivé les contradictions intérieures.

La contestation a commencé en février 2011, avec le « Mouvement du 20 février » dénonçant la corruption et l’autoritarisme. Cette mobilisation continue, avec une journée d’action et de manifestations importante par mois. Mais elle s’accompagne, depuis début 2012, d’une remontée des luttes sociales très forte. La répression s’est également accrue depuis les forts affrontements – en février à Taza – entre chômeurs et forces de police. Le 1er juin voit, par ailleurs, s’ouvrir à Sidi Ifni le procès de militants solidaires, en 2008, avec les habitant(e)s de cette ville de pêche, alors en révolte contre le pouvoir.

Signalons aussi la multiplication d’actions telles que les grèves de la faim de travailleurs. En avril et en mai, après 37 jours de grève de la faim, six travailleurs employés par la multinationale agricole française Soprofel, qui exploite des tomates au Sud-Ouest du Maroc, ont appris, le 2 juin, qu’ils avaient gagné leur combat pour le respect de leurs droits. Des militants syndicalistes avaient en effet été licenciés sans ménagement.

Berthold Du Ryon

 
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