mercredi, 22 mai 2019
 

République Sahraouie : Lettre ouverte à Fabius

Monsieur Laurent FABIUS Ministre des Affaires Etrangères 37 Quai d’Orsay 75007 PARIS

Monsieur le Ministre,

Le mandat présidentiel auquel les Français ont mis fin en mai dernier, s’est rendu coupable d’une complicité avec nombre de dictatures africaines et d’intérêts financiers, indigne de notre pays et du rôle positif qu’il peut jouer pour concourir à la paix et au respect des droits de l’homme. Sur ce dernier point, la caractéristique de la position française était d’en avoir une notion à géométrie variable, ce qui lui a permis de donner son blanc-seing au royaume du Maroc sur sa pratique du respect des droits humains. Pour s’en tenir à la répression du mouvement populaire né en février 2011 pour le respect de sa dignité du peuple et de ses droits sociaux au cri de « Markhzen dégage ! », les exactions policières ont fait 11 morts chez des jeunes dont une fille et 70 personnes ont été jetées en prison. Ce n’est pas là une preuve de progrès de la monarchie marocaine dans le respect des droits de l’homme et de la démocratie. Un régime peut-il avoir une attitude différente à l’égard de son peuple de celle qu’il exerce sur celui qu’il colonise ? L’histoire a montré que non et c’est encore le cas pour le Maroc. Le changement auquel nombre de démocrates français ont concouru serait que la France mette un terme au soutien inconditionnel qu’il lui accorde. Afin de vous apporter des éléments d’appréciation sur les atteintes graves perpétrées par la force publique au Sahara occidental occupé par le Maroc, je vous adresse, les témoignages recueillis par notre association. Il s’agit de deux jeunes arrêtés et torturés alors qu’ils étaient mineurs, de deux jeunes filles détenues arbitrairement pendant plus de 5 mois sans avoir été jugées et de ceux de deux défenderesses des droits de l’homme, mesdames Aminatou Haïdar et Ghalia Djimi. Je tiens d’autre part à vous rappeler que 22 militants sahraouis sont détenus depuis 21 mois en attente d’un procès instruit par le Tribunal militaire de Rabat, et en contradiction avec la loi et la constitution marocaines, qui prévoient que nul ne peut être détenu plus d’une année sans qu’un jugement le sanctionne. Il s’agit des personnes arrêtées suite au démantèlement par la violence du campement de protestation de 20 000 sahraouis qui a duré près d’un mois à l’automne 2010 et qui a constitué le premier soulèvement populaire dans le monde arabe.

Malgré les grèves de la faim de l’année 2011, l’une de 3 semaine en avril 2011 pour protester de leurs conditions de détention, la seconde de 37 jours en novembre/décembre qui a pris fin après avoir reçu la promesse du Conseil National des Droits de l’Homme qu’il bénéficieraient d’un procès juste et équitable dans les meilleurs délais, apparu. Madame Claude Mangin-Asfari, épouse d’Enaama Asfari s’est rendue ce mois d’août à Rabat où elle a constaté l’immobilisme et les discordances dans les réponses que lui ont données les autorités marocaines :
- Monsieur Ben Youssef Khlifi, procureur du roi auprès du Tribunal militaire de Rabat lui a dit qu’il n’y aurait pas de procès et qu’on attendait une décision politique,
- Monsieur Mohamed Sebbar, secrétaire général du Conseil National des Droits de l’Homme, rendant visite aux prisonniers leur a avoué ne pouvoir faire autre chose pour eux qu’améliorer leurs conditions de vie en prison,
- Monsieur Driss Yazami, président du Conseil National des Droits de l’Homme a déclaré qu’il travaillait pour que le procès ait lieu,
- Monsieur Cherkaoui qui est le délégué de ce même conseil sur le Sahara occidental a dit qu’il faisait ce qu’il peut, regrettant que tout soit politique et que rien n’avance.

Nous vous rappelons que c’est sous promesse que ce conseil créé par le roi s’attache à surveiller le respect des droits de l’homme au Sahara occidental que le Conseil de Sécurité, sous pression de la France, n’a pas élargi la feuille de route de la MINURSO sur la question des droits de l’homme. Or cet organisme dont les membres sont nommés par le Palais n’enquête pas sur les violences policières ou des milices qui s’attaquent à la population sahraouie.

Nous sollicitons donc une intervention de la France auprès des autorités marocaines pour que ces militants soient libérés ou qu’ils bénéficient dans les meilleurs délais d’un jugement équitable auquel les observateurs internationaux pourront assister dans des conditions dignes d’une justice indépendante. D’autre part nous avons appris que le rapporteur spécial sur la torture auprès du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU n’est toujours pas autorisé à se rendre au Sahara occidental pour préparer le rapport qui sera examiné à l’automne à Genève. Il nous semble utile de rappeler aux autorités marocaines que le Sahara occidental est un territoire non autonome et qu’il ne lui incombe pas d’interdire son accès aux fonctionnaires de l’ONU.

Nous espérons que notre pays s’attachera à jouer un rôle positif pour le règlement de ce conflit dans le respect de la résolution 1415 de décembre 1960 et ne s’opposera plus à élargissement du mandat de la MINURSO, seule mission de maintien de la paix qui n’en soit pas dotée, quand arrivera l’heure de son renouvellement, cette position est indigne de notre pays. C’est à de tels actes que l’on percevra les changements apportés à la politique africaine pour lesquels nous nous sommes engagés.

Je vous remercie de l’attention que vous apporterez à cette demande et vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de mes salutations distinguées.

Jean-Paul ESCOFFIER Président

 
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