samedi, 19 janvier 2019
 

Tunisie : À Siliana, une population contre le népotisme

Dans la ville de Siliana (centre-ouest de la Tunisie), un bras de fer est engagé entre la population, soutenue et encadrée par la centrale syndicale l’UGTT, et le gouverneur régional Ahmed Ezzine Mahjoubi, nommé par le parti Ennahdha. La population, ayant constaté depuis plusieurs mois l’incapacité de ce gouverneur à traiter leurs problèmes et ceux de la région autrement que par l’incompétence et le mépris, a fini par s’en lasser et demande sa démission et son remplacement.

Ce bras de fer a pris un tour dramatique : 200 à 300 blessé-es par des tirs de munitions à grenailles, et de nombreuses arrestations. Les capacités d’accueil du petit hôpital régional sont complètement saturées, et le personnel soignant est débordé, à tel point que plusieurs forces de la société civile et politique appellent le personnel médical des autres régions à la solidarité et au volontariat. Rassemblements, manifestations, sit-in et révoltes sont devenus les seuls moyens dont disposent les tunisiennes et tunisiens pour signaler la précarité de leur situation et la marginalisation de leur région, particulièrement les régions déshéritées à l’origine de la révolution du 14 janvier 2011. Le gouvernement de la Troïka, dominé par le parti Ennahdha, répond à ces sollicitations par toutes sortes d’incriminations fallacieuses, allant jusqu’à accuser les citoyens et militants contestataires d’être « à la solde du régime déchu », d’être des « contre-révolutionnaires » et des « ennemis du processus démocratique » dans le pays, afin de justifier les campagnes de répression qu’il mène contre ces mouvements par les forces de l’ordre et/ou les milices à sa solde. Ce soulèvement populaire à Siliana – après ceux de Sidi-Bouzid, Gafsa, Béja et d’autres régions de la Tunisie – apporte un démenti cinglant à toutes ces allégations. Le peuple et sa jeunesse qui ont fait la révolution et porté au pouvoir les forces politiques qui gouvernent, constatant jour après jour leur incurie dans la gestion des affaires du pays, expriment leur mécontentement de ne rien voir venir pour améliorer leur situation, et veulent le faire savoir de manière pacifique. Les forces qui détiennent le pouvoir dans le contexte de transition en Tunisie, constatant cette perte de confiance et mues par un désir ardent de rester en place, tentent désespérément de masquer leur incompétence en utilisant la répression, le pourrissement des situations et la division des forces de la démocratie et du progrès.

Nous, militantes et militants, membres d’associations et/ou d’organisations politiques tunisiennes à l’étranger :

- affirmons notre soutien total aux revendications légitimes de la population de Siliana contre le népotisme et les nominations partisanes sans critères objectifs de compétences ;
- réaffirmons notre soutien à l’UGTT, et dénonçons les tentatives qui cherchent à lui nuire dans le but évident de l’empêcher de jouer pleinement son rôle ;
- exigeons l’arrêt immédiat de la répression, la libération des détenus, et demandons au gouvernement provisoire de recourir plutôt au dialogue pour trouver les solutions adéquates aux vrais problèmes et revendications de la population ;
- demandons l’évacuation de la ville de Siliana par les unités de répression dépêchées par le gouvernement et leur remplacement par des unités médicales et sanitaires pour soigner les blessés et secourir les traumatisés ;
- demandons aux forces démocratiques et progressistes en France et dans le monde de se joindre à ce mouvement de solidarité avec la population de Siliana et de soutenir les luttes du peuple tunisien pour accéder à la démocratie et pour la liberté et la dignité.

Appel à l’initiative d’associations comme : l’Association des Tunisiens en France (ATF), l’Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT), la Fédération des Tunisiens Citoyens des deux Rives (FTCR), le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’ Homme en Tunisie (CRLDHT), l’Association des Travailleurs Maghrébins en France (ATMF), l’Association pour les Droits de l’ Homme au Maroc (ASDHOM) […] et soutenu par la Ligue des Droits de l’ Homme (LDH), le Centre d’Etudes et d’Initiatives de solidarité internationale (CEDETIM), la CGT, l’Union syndicale Solidaires …

 
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