lundi, 25 mars 2019
 

Tunisie – Latécoère : quand l’éthique bat de l’aile

L’équipementier aéronautique français Latécoère, qui fournit de grands noms de l’aviation comme Airbus ou Dassault, est l’un des leaders mondiaux de son secteur. Mais il est moins performant quand il s’agit du respect des droits dans sa chaîne de production. Salaires de misère, heures supplémentaires abusives, insultes, problèmes de santé et de sécurité au travail… tel est le quotidien du personnel – majoritairement féminin – de l’usine tunisienne de Fouchana, où Latécoère fait produire des câbles aéronautiques. Et lorsque les ouvrières s’organisent en syndicat, la direction de l’usine ferme temporairement l’usine et licencie les « meneuses ». Aidez-nous à faire pression sur Latécoère pour qu’elle change d’attitude !

Avec un chiffre d’affaires de plus de 643 millions d’euros en 2012, le Groupe français Latécoère se place au deuxième rang mondial du câblage embarqué. Un succès qui lui vaut d’équiper les plus grands noms de l’aviation, notamment Airbus, son principal client. Avec un tel palmarès, on pourrait attendre de la compagnie qu’elle fasse preuve d’une certaine éthique, comme elle s’y engage sur son site Internet où elle prétend favoriser le « dialogue social » et les « relations avec la société civile »[1]. Le combat des ouvriers-ères

Mais en Tunisie, où elle a délocalisé en 2005 une partie de sa production de câblage via sa filiale LATelec, dans l’objectif affiché de « réduire les coûts de fabrication »[2], les droits des travailleurs-ses sont bafoués. Les salaires de 280 Dinars (135 €) mensuels maximum sont largement insuffisants pour vivre dignement, les heures supplémentaires sont obligatoires et ne sont pas toutes payées, les cadences sont infernales et les insultes quotidiennes.

Face à ces abus, les 400 ouvriers-ères de l’usine décident de s’organiser pour négocier l’amélioration de leurs conditions de travail et le respect de leurs droits. En mars 2011, dans le sillage de la révolution tunisienne, Monia et Sonia, deux techniciennes supérieures, créent officiellement un syndicat. Leurs premières actions permettent aux salarié-e-s d’obtenir 66 dinars (environ 33€) d’augmentation et un accord sur les promotions. Mais l’embellie est de courte durée.

Chantage, répression, licenciements

En 2012, la direction passe à l’offensive. Elles sont dès lors victimes d’une répression syndicale systématique : mises à pieds, tentatives de corruption, sanctions abusives, et même menaces de mort proférées à l’encontre des ouvrières syndiquées.

Le 19 septembre 2012, l’usine est fermée pour une durée indéterminée. « La tête des dirigeantes du syndicat ou les 400 ne reviendront plus, c’est à vous de choisir »[3] tel est le message qui aurait été délivré pour diviser le mouvement. Mais les membres du personnel restent soudés, Latécoère commence alors à vider l’usine de ses effectifs, 200 postes d’intérimaires sont supprimés entre octobre 2012 et mars 2013.

En mars 2013, les ouvriers-ères de LATelec profitent du Forum Social Mondial pour organiser une manifestation devant l’ambassade de France. Douze d’entre elles seront immédiatement menacées de suspension pour y avoir participé, et dix, dont les trois déléguées syndicales, seront finalement licenciées.

La répression doit cesser !

« Nous voulons garder notre travail, sans perdre notre dignité » explique Sonia Jebali, secrétaire générale du syndicat UGTT de LATelec Fouchana. Aujourd’hui, la filiale tunisienne de Latécoère ne tourne plus qu’à 20% de ses capacités, et n’emploie plus que 150 personnes, alors que le groupe vient d’ouvrir une nouvelle unité de production au Mexique où il devait employer 400 personnes à l‘horizon 2015…

Ne laissons pas Latécoère et se filiale LATelec violer impunément les droits en Tunisie. Exigeons qu’elles réintègrent les salariées injustement licenciées et qu’elles respectent la liberté d’association et de négociation collective.

 
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