mardi, 18 juin 2019
 

Déclaration des femmes africaines sur le statut de la femme

En mars prochain, la Commission des Nations sur le statut de la femme tiendra sa 56e session. En prévision de cette rencontre, le Caucus des femmes africaines a élaboré une déclaration qui y sera présentée. Sur le thème de l’autonomisation de la femme rurale et son rôle dans l’éradication de la pauvreté, dans le développement et dans les défis actuels, elle interpelle les leaders et les gouvernements africains, les partenaires au développement et la société civile.

DECLARATION DU CAUCUS DES FEMMES AFRICAINES A LA 56e SESSION DE LA COMMISSION DES NATIONS UNIES SUR LE STATUT DE LA FEMME

Thème : « L’autonomisation de la femme rurale et son rôle dans l’éradication de la pauvreté, dans le développement et dans les défis actuels. »

Préambule Rappelant que la Convention sur l’Elimination de Toutes les Formes de Discrimination contre la Femme (CEDAW) appelle les Etats Parties à prendre en compte les problèmes particuliers auxquels sont confrontées les femmes rurales et à prendre des mesures appropriées pour éliminer la discrimination contre la femme en milieu rural ; et que le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatifs aux Droits de la Femme en Afrique (2003) prévoit aussi les droits humains de la femme rurale y compris les droits au développement et à la sécurité alimentaire.

Rappelant aussi que les Chefs d’Etat ont déclaré 2010-2020 la Décennie de la Femme africaine, soulignant une approche de la base à l’égalité des sexes et à l’autonomisation de la femme en tant que moyen d’accélérer la mise en œuvre des engagements pris en faveur des droits humains de la femme.

Faisant ressortir que selon l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture, les femmes en Afrique sub-saharienne sont l’épine dorsale de la main d’œuvre agricole, responsable de 60-80% de la production alimentaire tant pour la consommation que pour la vente.

Reconnaissant que dans l’esprit des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) 1, 2, 3 et 7 qui visent à éradiquer la pauvreté extrême et la faim, garantir l’accès universel et égal à l’enseignement primaire, l’égalité des sexes et la protection de l’environnement, la plupart des gouvernements ont adopté des politiques visant à réaliser la sécurité alimentaire et l’éducation pour tous.

Notant cependant que la proportion de la population sub-saharienne de l’Afrique vivant de moins de $ 1,25 par jour a augmenté au cours des trois dernières années,

Conscientes que la contribution des femmes à la réduction de la pauvreté à travers l’agriculture, la santé et les autres économies reste cachée et non comptabilisée dans le suivi du mesurage des performances économiques,

Préoccupées du fait que le fardeau du VIH/SIDA, des conflits et des catastrophes comme la sécheresse et la famine tombe souvent de façon disproportionnée sur la femme, affaiblissant leur résistance en termes d’ajustement des consommations, la dépréciation des biens, la charge de travail et, dans les cas extrêmes, le dénuement.

Préoccupés en outre par le fait que des taux élevés d’analphabétisme chez les femmes rurales, la législation discriminatoire, les obstacles sociaux et culturels, et les aptitudes non appropriées en leadership et en gestion freinent la liberté de choix et de mobilité des femmes dans le contexte socio-économique ; et en plus du fait que l’exclusion de la femme des processus pertinent de prise de décisions au niveau communautaire, et au sein des partis politiques, des institutions publiques et des organisations professionnelles, a signifié que les questions les plus préoccupantes pour la femme ont été négligées.

Soulignant les normes sociales patriarcales persistantes, les législations insoucieuses du sexe et la volonté politique limitée d’autonomiser les femmes rurales [qui ?]les relèguent à des hauts niveaux de discrimination et de vulnérabilité à l’insécurité alimentaire, aux maladies et à la violation de leurs droits humains.

Nous appelons aussi :

Les leaders et les gouvernements africains à :

- Embrasser l’égalité totale d’opportunités entre les femmes et les hommes conformément à CEDAW et au Protocole sur les Droits de la Femme en Afrique, comme un principe fondamental pour l’élimination des disparités qui prévalent entre les deux sexes ;

- Se conformer aux obligations sous CEDAW et le Protocole sur les Droits de la Femme en Afrique pour promouvoir et protéger les droits humains de la femme rurale ;

- Inclure dans les rapports au Comité de CEDAW et à la Commission africaine sur les Droits de l’Homme et des Peuples les mesures prises pour faire avancer les droits des femmes rurales ;

- Réviser les cadres économiques pour quantifier la contribution de la femme et garantir la prise en compte du genre dans tous les domaines ;

- Renforcer d’urgence l’accessibilité aux soins de santé inclusifs en milieu rural pour la santé maternelle et infantile, les services VIH/SIDA et garantir la protection contre la violence sexuelle et basée sur le genre pour les femmes et les filles ;

- Reconnaître le savoir traditionnel et prendre le devant dans l’élaboration et de la concrétisation de programmes d’éducation agricoles tenant compte des sexes, dans la gestion des ressources naturelles et dans les technologies d’adaptation au changement climatique, les services de consultation, les marchés et les opportunités de commerce ;

- Instituer des mesures qui appliquent les mesures et politiques antidiscriminatoires visant la promotion de la participation de la femme à la prise de décisions en agriculture, dans le domaine des coopératives, et le commerce et les chaines de valeur en milieu rural ;

- Abolir la pluralité des systèmes juridiques et mettre en application des législations protectives qui facilitent l’accès individuel et collectif des femmes aux biens physiques tels que les terres, le crédit, les apports occupationnels et la gestion des ressources naturelles ;

- Accorder la priorité aux programmes de sécurité sociale des femmes rurales et des communautés locales en mettant l’accent sur les femmes rurales sans emplois, les orphelins et les enfants vulnérables, les victimes des catastrophes et les autres groupes vulnérables.

Les partenaires de développement à :

- Appuyer les accords commerciaux multilatéraux et bilatéraux qui vont accroître la reconnaissance des emplois plus formels et améliorer les conditions de travail des femmes rurales ;

- Financer la recherche sur le développement des femmes rurales en Afrique, notamment les facteurs responsables de la marginalisation de la femme dans le développement économique pour encourager les changements de politiques basés sur des études fiables, basées sur des preuves ;

- Financer la mise en œuvre des politiques d’investissement des gouvernements, des institutions bilatérales et financières qui préservent et protègent l’intérêt des femmes rurales et des communautés locales et facilitent l’accès égal au partage des gains.

- Faire le suivi des progrès sur les obligations des gouvernements de développer une législation tenant compte du genre et qui donne aux femmes un accès égal aux opportunités économiques ;

- Faire le suivi et l’évaluation des progrès des gouvernements dans la délivrance de l’allocation soucieuse du genre et des dépenses sur l’agriculture et les autres secteurs afin d’assurer une sensibilité au genre intégrée et se protéger contre la corruption ;

- Accroître la recherche tenant compte du genre qui examine les facteurs qui contribuent à la pauvreté et à l’interrelation des rôles productif et reproductif de la femme ;

- Introduire des programmes d’encadrement entre les femmes professionnelles en agriculture, en science et technologie et les femmes rurales pour l’apprentissage et le plaidoyer ;

- Intensifier l’éducation civique, la dissémination des lois et politiques qui protègent et préservent les droits humains et écologiques, au profit des communautés rurales et des femmes rurales en particulier.

NOTE

1)Après une vaste consultation, la présente déclaration a été soumise au nom des organisations féminines et activistes le 18 novembre 2011 par : Le Réseau de Développement et de Communication des Femmes africaines (FEMNET), Akina Mama wa Afrika, Association des Femmes africaines pour la recherche et le développement (AAWORD), Eastern African Sub-Regional Support Initiative for the Advancement of Women (EASSI), et Women in Law and Development in Africa (WiLDAF-WA)

Source : http://pambazuka.org

 
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