vendredi, 15 décembre 2017
 

Mettre fin au cycle d’exclusion et de marginalisation des femmes

Déclaration à l’intention de la réunion régionale africaine du Forum économique mondial de 2013

Nous, les soussignés, participants à une réunion stratégique sur l’Autonomisation économique et l’amélioration des conditions de vie des femmes, organisée à Cape Town, du 3 au 4 mai, sous les auspices du Fonds africain pour le développement de la femme (Awdf), avons le plaisir de communiquer les principaux messages issus de nos délibérations à la réunion régionale africaine du Forum économique mondial qui s’est déroulé du 8 au 10 mai 2013 autour du thème principal : “La concrétisation de la promesse africaine”.

Nous reconnaissons la nouvelle image positive de “l’émergence africaine” et sommes fiers des progrès réalisés par les hommes et les femmes du continent dans la résolution de la pléthore de problèmes auxquels fait face l’Afrique. En qualité de partenaires des initiatives visant à assurer que la croissance africaine soit durable et profite au continent et à ses peuples, nous aimerions porter à l’attention de la présente réunion, les préoccupations suivantes dans l’espoir qu’elles fassent aussi l’objet de délibérations :

Nous doutons fort que la réelle amélioration de l’existence du milliard d’africains composés en majorité de femmes puisse se concrétiser effectivement à travers l’élaboration de politiques constamment orientées vers les marchés et la recherche de profits et basées essentiellement sur l’extraction des ressources minières. Les besoins et les intérêts des peuples africains, en particulier ceux des femmes, ne sont pas pris en compte dans cette vision économique étriquée. En tant que femmes africaines, nous sommes pleinement conscientes des réalités que voici :

- De la période coloniale jusqu’à l’ère actuelle de la mondialisation, les femmes africaines ont été sans la moindre considération écartées de l’activité économique africaine. Le modèle économique colonial axé sur la planification de “développement,” qui continue d’être appliqué jusqu’à présent, a conduit à la destruction calculée des systèmes africains de production qui prônent la gestion rationnelle de nos ressources naturelles au profit des générations présentes et futures. En conséquence, les contributions des femmes africaines au développement économique du continent, leurs savoir-faire y compris leurs connaissances ont tous été reclassés dans “l’économie informelle.” Il en résulte que même actuellement, la croissance économique et la prétendue “promesse africaine” n’ont produit que de modestes impacts sur l’existence de la vaste majorité des femmes.

- La richesse des femmes en Afrique a été intimement liée à des mécanismes traditionnels de biens communautaires dans lesquels les communautés ont développé des systèmes équitables et soutenus de création et de partage de richesse. Ces mêmes systèmes communautaires ont contribué à protéger et à enrichir les plus célèbres patrimoines de l’Afrique dont une terre sans égal riche en eau, en ressources forestières et minières, en plantes ainsi qu’en population marine et animale. La définition de la richesse et de l’économie de l’Afrique uniquement en fonction du Pib occulte la vraie valeur du capital réel de l’Afrique.

- Le moteur de la croissance économique et du développement de l’Afrique n’est autre que son régime alimentaire qui repose sur des produits locaux indigènes. Selon le rapport 2010-2011 de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture sur ‘Les perspectives de récolte et la situation alimentaire’ , les femmes représentent 50 à 80% de la main d’œuvre agricole. Les régimes alimentaires de l’Afrique sont menacés par le phénomène de la forte dégradation des terres, la dépossession, la privatisation et l’accaparement à grande échelle des terres. De plus, les systèmes locaux de production alimentaire sont menacés par la perte des connaissances indigènes des femmes, utiles à la préservation de nos riches écosystèmes, nos semences et notre biodiversité animale. Cependant, les agricultrices sont en train d’être écartées de l’économie agro-alimentaire sous l’effet de la poussée de l’agriculture commerciale à grande échelle. Les préjudices de ces approches sur notre environnement et nos écosystèmes complexes ne doivent pas aller au-delà de leur niveau actuel. L’heure est grave et nous devons urgemment agir.

Nous invitons les dirigeants politiques africains et les acteurs du secteur privé présents à la réunion régionale africaine du Forum économique mondial de 2013, à élargir leur conception d’une “Afrique émergente” au-delà de la génération de Pib axée sur l’industrie extractive. Il s’impose d’établir un équilibre entre la formation de véritables économies africaines – où “nous produisons ce que nous consommons et consommons ce que nous produisons” – et l’adaptation servile de nos systèmes de production aux exigences des puissances étrangères. En tant que femmes Africaines, nous sommes déterminées à mettre fin au cycle d’exclusion et de marginalisation ayant caractérisé non seulement la place de l’Afrique dans l’économie mondiale, mais aussi les contributions que nous y apportons en tant que citoyennes.

En notre qualité de groupe de féministes africaines et d’activistes des droits des femmes et de la justice sociale, passionnées de la promotion du respect des droits de tous les Africains, nous nous engageons à œuvrer en collaboration avec les femmes, les décideurs politiques, les acteurs du secteur privé et les leaders d’opinion du continent afin de repenser et de réaliser la transformation de l’Afrique sur la base des principes de souveraineté, d’auto détermination, d’équité et de justice.

** Sont Signataires :

- Le Fonds Africain pour le Développement de la Femme (Régional)
- Le Réseau pour la Promotion de la Politique Economique des Femmes Africaines (Ouganda)
- L’Ong Biowatch (Afrique du Sud)
- Les Prestataires de Services à Base Communautaire de Busia (Kenya)
- Le Réseau pour la Justice Economique (Afrique du Sud)
- La Fondation Gaia (International)
- Le Collectif des Organisations Sœurs de la Base (Kenya)
- Le Mouvement Sud-Africain pour l’Accès aux Terres (Afrique du Sud)
- Le Réseau des Femmes Séropositives (Afrique du Sud)
- Le Mouvement des Femmes en Milieu Rural (Afrique du Sud)
- L’Ong SOS Addis (Ethiopie)
- Le Projet Surplus People (Afrique du Sud)
- Le Programme du Réseau pour l’Egalité des Sexes en Tanzanie (Tanzanie)
- Le Réseau Africain pour la Biodiversité (Kenya)
- L’Association des Femmes Agronomes et Environnementalistes de l’Ouganda (Ouganda)
- La Fondation Mupo (Afrique du Sud)
- L’Ong Wheat Trust (Afrique du Sud)
- L’Ong Femmes et Ressources en Afrique Orientale et Australe (Zimbabwe)
- Le Programme de Leadership et de Formation des Femmes (Afrique du Sud)

Source : 
http://www.pambazuka.org/fr

 
A propos de Afriques en Lutte

Afriques en lutte est un collectif de militant(e)s anticapitalistes membres ou non de plusieurs organisations politiques. Ce site présente les articles parus dans le bulletin (envoi gratuit sur simple demande) ou d’autres publications amies. Notre objectif est de diffuser, à partir d’un point de vue militant, un maximum d’informations (politiques, économiques, sociales et culturelles) sur le continent africain et sa diaspora.

Si les articles présents sur ce site reflètent une démarche volontairement ouverte et pluraliste, leurs contenus n’engagent, bien évidemment, que leurs auteur-e-s. Tous les commentaires sont bienvenus. La rédaction se réserve toutefois le droit de les modérer : les propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes, diffamatoires, à caractère pornographique, pédophile, ou contenant des incitations à la haine ne seront pas publiés.

Pour nous contacter : afriquesenlutte@gmail.com

Thèmes