dimanche, 22 octobre 2017
 

Déclaration des Mouvements Sociaux à la 12e Édition du Forum des Peuples du Mali

Sommet Alternatif Citoyen au 27e Sommet Afrique-France

Nous femmes, hommes, jeunes, étudiant-e-s, paysan-ne-s, commerçant-e-s, ouvrier-e-s, chercheurs, migrant-e-s, militant-e-s des mouvements sociaux, citoyen-ne-s d’Afrique, et d’Europe, mobilisés du 07 au 08 Janvier 2017 à Ouélessébougou, cercle de Kati, région de Koulikoro, adoptons la présente déclaration à l’occasion de la 12e Édition du Forum des Peuples du Mali, un Sommet Alternatif Citoyen au 27e Sommet Afrique-France qui a porté sur le thème central : « Les peuples du Sud exigent des alternatives pour un nouveau partenariat économique, social et sécuritaire entre la France et les États africains ».

Cet événement inédit en Afrique a réuni plus de 800 participantes et participants, venant des différentes régions du Mali, du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Conakry, du Togo, du Sénégal, du Maroc, de la Mauritanie, du Niger, de la RD Congo et de l’Europe représentant plus d’une centaine d’organisations et mouvements sociaux. Face à la crise globale du système capitaliste et à la faillite du mode de gouvernance néolibéral dicté par les multinationales et les puissances de l’Occident, qui cherchent davantage à reconquérir notre continent, les résistances s’organisent un peu partout dans le monde pour construire des alternatives respectueuses des droits humains, de l’équité, de la justice sociale et environnementale.

La Coopération France-Afrique datant de plus de 56 ans n’a apporté aucun remède adéquat aux multiples défis que connait le Continent africain. Le sommet alternatif citoyen Afrique-France constate au contraire que la coopération françafricaine n’a servi que les intérêts économiques, politiques et géostratégiques des seuls dirigeants français, africains et leurs multinationales au mépris des peuples africains.

Les participantes et participants au Sommet Alternatif Citoyen se sont indignés des politiques de répression, de stigmatisation et de racisme des États du Nord à l’encontre des populations immigrées, reflet d’un passé colonial et d’un présent néocolonial.

Considérant qu’en dépit des accords sur le droit de libre circulation des personnes dans les espaces régionaux comme la CEDEAO, les participants voient ce droit être bafoué ;

Constatant que les accords commerciaux inéquitables comme ceux des APE (Accords de Partenariat Économique), que l’Union européenne est en train d’imposer aux pays de l’Afrique-Caraïbes-Pacifique constituent des instruments en faveur des grandes puissances capitalistes et des multinationales du Nord contre les peuples ;

Considérant que les peuples africains sont victimes des effets du dérèglement climatique causé principalement par les industries du Nord, de l’accaparement des terres agricoles, de l’agrobusiness et la destruction de l’agriculture vivrière accentuent l’appauvrissement des paysans et la dépendance alimentaire de nos pays ; Étant donné que le système de la dette imposée par les Institutions de Bretton-Woods est un instrument de domination, de pillage et compromet le développement de l’Afrique et constitue une violation flagrante des droits humains ;

Considérant que le système de la microfinance et du microcrédit est un outil d’endettement et d’appauvrissement des victimes des programmes d’ajustement structurels entrainant la perte de la dignité humaine ;

Constatant, que les interventions militaires étrangères sur le continent et les accaparements de ressources naturelles qui s’en suivent plongent l’Afrique dans une nouvelle phase de domination impérialiste. Les peuples africains sont pris dans le piège d’une spirale de conflits qui entrainent l’utilisation de la violence et esclavagisme sexuel des femmes et des enfants comme armes de guerre, la prolifération des armes et la présence massive et permanente des forces étrangères sur nos terres ;

Considérant les limites du francs CFA qui se trouve être une monnaie de domination ;

Eu égard à ce qui précède nous, mouvements sociaux exigeons :
- L’arrêt immédiat de l’accaparement des terres, du pillage des ressources naturelles, de la destruction de l’environnement du continent africain ;
- L’expropriation des terres sans indemnisation des grands propriétaires fonciers ;
- La mise en place de politique publique sociale et environnementale basée sur la redistribution des richesses, la production vivrière pour garantir la souveraineté alimentaire, la justice sociale et environnementale ;
- Le respect des droits humains fondamentaux, aussi bien à travers le droit à la libre circulation et d’établissement des personnes, qu’à travers le droit à avoir une vie digne ;
- L’annulation des accords de libre-échange ;
- La poursuite des débats sur la création de la banque du Sud et la création d’une monnaie unique africaine ;
- L’arrêt de la criminalisation et de la persécution des migrant-e-s et la libre circulation des personnes ;
- L’arrêt des accords de réadmission, de l’utilisation des Laisser Passez Européens et de l’externalisation des frontières Européennes sur le Continent ;
- La suppression des visas et la liberté de circulation des Africains dans tous les États du continent ;
- La sortie de tous les pays africains de la Cour Pénale Internationale(CPI) et la création d’une Cour Pénale Africaine ;
- La fin du financement de l’Union Africaine par les fonds Européens ;
- La mise en place d’audit citoyen de la dette extérieure et intérieure publique des États pour en déterminer les parts illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables et de procéder à leur abolition pure et simple et le remboursement d’une dette écologique et la création d’un front mondial contre la dette ;
- L’arrêt et l’annulation des contrats de concession de nos États avec les multinationales ;
- L’arrêt et annulation des contrats de désendettement et de développement (C2D) qui maintiennent les peuples africains sous le joug colonial ;
- L’arrêt de la vente des titres de dettes publiques sur les marchés financiers des pays les plus industrialisés aggravant la situation d’endettement des pays du Sud ;
- L’arrêt de l’émission d’euro-obligations que certains de nos États (le Cameroun, la RD Congo etc.) sont en train d’effectuer sur le marché financier international ;
- La renationalisation de toutes les sociétés d’État qui ont été privatisées sous la pression du FMI et de la Banque Mondiale et contre les intérêts des Africains ;

Nous, mouvements sociaux du Sud comme du Nord, nous nous engageons à poursuivre ce combat en développant une solidarité concrète pour que toutes nos luttes légitimes constituent les piliers du monde de demain.

- Vive le Forum des Peuples !
- Vive le Forum Social Ouest Africain !
- Vive le Forum Social Africain !
- Un Autre Monde plus juste est nécessaire.

Fait à Ouélessébougou le 8 Janvier 2017

Le Sommet Alternatif Citoyen Afrique-France.

 
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