dimanche, 21 avril 2019
 

Afrique : Couper les vivres aux États homophobes n’est pas la solution, préviennent les associations LGBTI

L’enfer est pavé de bonnes intentions. C’est en substance le message qu’une cinquantaine d’organisations et de personnalités gays et lesbiennes de tout le continent africain ont envoyé au gouvernement britannique et aux autres pays donateurs.

Dans une déclaration commune, elles tirent la sonnette d’alarme : en conditionnant leur aide au développement au respect des minorités sexuelles, les bailleurs de fonds européens pourraient faire plus de tort que de bien à celles et ceux qu’ils entendent protéger. Cette déclaration en forme de pavé dans la mare intervient quelques jours après que le Premier ministre britannique David Cameron a menacé de couper les vivres aux gouvernements homophobes lors d’une réunion des chefs d’État du Commonwealth .

UNE MESURE CONTRE-PRODUCTIVE

Une mesure contre-productive qui servirait les États homophobes en leur permettant de désigner les lesbiennes, gays, bi et trans’ africain-e-s comme des boucs émissaires, estiment les responsables associatifs : « Dans un contexte de violation généralisée des droits humains, où les femmes sont presque toutes vulnérables, où la santé et la sécurité ne sont pas garanties pour tou-te-s, singulariser les questions LGBTI encourage l’idée que les droits des LGBTI sont des droits spéciaux et hiérarchiquement plus importants que les autres droits. Cela encourage également l’opinion très répandue que l’homosexualité n’est pas africaine et que des pays comme le Royaume-Uni n’agissent que lorsque leurs intérêts sont menacés. »

« Une réponse efficace aux violations des droits des personnes LBGTI doit être plus nuancée que la simple imposition de sanctions de la part des bailleurs de fonds », écrivent-ils/elles, rappelant au passage à David Cameron que les lois homophobes de leurs pays sont souvent un héritage du colonialisme britannique.

S’APPUYER SUR LES MILITANT-E-S

Le Malawi a déjà subi une réduction de son aide en provenance du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Loin de faire réfléchir les dirigeants homophobes, cette mesure a au contraire mené à une stigmatisation croissante des LGBTI de ces pays, selon les signataires. Parmi eux, la lauréate du prix Martin Ennals, Kasha Jacqueline et son association Freedom and Roam Uganda, mais également plusieurs organisations africaines francophones telles qu’Arc-en-ciel (Côte d’Ivoire). Au Royaume-Uni, le célèbre activiste des droits humains Peter Tatchell leur a apporté son soutien.

Plutôt que de frapper les gouvernements anti-gays au portefeuille, les associations LGBTI africaines préconisent aux bailleurs de fonds européens d’intensifier l’aide financière aux programmes en faveur des LGBTI et de s’appuyer plus largement sur les militant-e-s pour mener à bien les campagnes en faveurs des droits humains. Manière de rappeler que le temps des solutions universelles est révolu, et que chaque cas de figure doit être abordé dans sa spécificité.

par Paul Denton

Source : http://yagg.com

1 commentaire
  • La question des droits des minorités sexuelles est très complexe.

    Les seuls alliés de l’Afrique en Occident sont probablement les activistes gauchisants tiers-mondistes qui font justement de la défense des minorités leur combat principal. Comme la gauche occidentale est devenue post-marxiste, on ne parle plus des classes sociales, mais bien de défense des minorités (LGBT, minorités visibles, minorités religieuses, femmes, immigrants clandestins, etc.). Hors, il est impossible de ne pas apparaître comme néocolonialiste si l’on donne des leçons de morale sur le traitements des minorités sexuelles aux pays africains.

    Ce n’est certainement pas la droite évangéliste ultra-sioniste au pouvoir au Canada, pays qui fait évidemment partie du Commonwealth, qui va financer les associations de défense des LGBT. Le présent gouvernement a coupé le financement des association promouvant le choix des femmes sur leur grossesse. Imaginez ce qu’il va faire pour les minorités sexuelles...

    Attaquer les pays africains sur ces questions revient souvent a de l’hypocrisie de la part de pays qui ne sont même pas capable de sortir eux-même d’une vision religieuse de la famille. Sarkozy déclarait en 2007 qu’un couple pour lui était composé d’un homme, d’une femme et d’enfants. On est bien loin du courant libéral hyper-individualiste qui se vautre dans le relativisme culturel et le culte des « droits humains » pour soutenir les mouvements LGBT. Le moralisme chrétien marche encore très bien en Europe.

    Que Cameron, Harper et les autres regardent dans leurs cours-arrières avant de donner des leçons de morale.

    Franchement, le jour où on va arrêter d’acheter du pétrole saoudien sous prétexte que la monarchie de ce pays ne respecte pas les droits des femmes, des gays ou des immigrés pakistanais, je trouverais l’Occident un peu plus crédible... en attendant, la question des LGBT vient réifier brutalement les rapports de forces inégalitaires entre l’Occident et les pays africains.

 
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