dimanche, 21 avril 2019
 

Continuer la lutte en toute indépendance

La victoire de François Hollande a été perçue, dans les milieux militants africains, soit de manière positive, soit comme une sorte de soulagement. Enfin terminé le règne de Sarkozy dont le discours de Dakar symbolisera, pour longtemps, la vision décomplexée qu’a la droite de l’Afrique et des Africains ; si décomplexée qu’elle s’est échouée sur les rives de l’extrémisme.

Il est peu agréable de jouer les Cassandre et les rabat-joie pour ceux qui pensent que « le changement c’est maintenant » dans les relations entre la France et l’Afrique. Cependant, un rapide coup d’oeil vers le passé peut modérer un enthousiasme imprudent. En effet, nombreux étaient ceux qui pensait que François Mitterrand allait changer de politique en Afrique, « manque de Baule », cela a commencé par un « Carrefour du développement » de la corruption, pour finir sur la participation au génocide des Tutsi. Puis ce fut au tour d’Obama, qui souleva l’espoir sur le Continent, mais du « Yes we can », nous ne vîmes que le yes … à l’intervention de Sarkozy en Côte-d’Ivoire et en Lybie, sans parler des protections offertes aux dictatures africaines comme celle de l’Ouganda ou du Rwanda.

Et pour être totalement franc, force est de constater que la mandature de François Hollande commence plutôt mal avec un hommage à Ferry, fervent adepte du colonialisme, puis une entrevue avec Mohamed VI, roi du Maroc, qui ne cesse de réprimer les organisations progressistes de son pays et dont la France soutient la politique coloniale contre les Sahraouis. Une entrevue avec Mahamadou Issoufou, le président nigérien, où il se fait défenseur de l’exploitation de la mine d’uranium d’Imouraren par Areva[1] et enfin, un prochain rendez-vous avec Ali Bongo, un des emblèmes de la Françafrique. Autant de signes qui montrent que la politique de la France n’est pas près de changer, si ce n’est au niveau des symboles. Ainsi le ministère de la Coopération est-il renommé ministère du « Développement » ; ainsi de la mesure obligeant les multinationales à communiquer leur compte dans les pays où elles interviennent. Une mesure européenne qui s’appliquera à tous les pays de l’UE et qui est déjà mise en place par les Etats-Unis depuis un an, dont le responsable même de l’entreprise Total, grand modèle de transparence et de développement durable, dit « que cela ne lui pos[e] aucun problème ».[2]

Mais qu’importe que l’on ait ou non des illusions sur le gouvernement de Hollande, l’essentiel reste de ne pas aliéner notre indépendance et continuer nos actions, notre solidarité et nos luttes jusqu’au bout pour la libération de l’Afrique.

Paul Martial

[1] http://www.latribune.fr/entreprises... sur-l-uranium-avec-le-niger.html

[2] "Jeune Afrique" (17 juin 2012)

 
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