samedi, 19 octobre 2019
 

L’Afrique peut tirer les enseignements de l’héritage de Chávez

Alors que l’Amérique du Sud connaissait ce qui a été désigné sous le nom de révolution"rose" dans les années 1990 et la décennie des années 2000, l’Afrique poursuivait son chemin sous la houlette de dirigeants néocoloniaux dépourvus de colonne vertébrale, malgré la nouvelle cuvée de jeunes dirigeants charismatiques comme Meles Zenawi en Ethiopie, Isaias Afewerki en Erythrée, Paul Kagame au Rwanda et Yoweri Museweni en Ouganda qui tous ont émergé au milieu des années ‘90 comme une "nouvelle génération" de dirigeants. Comme l’a exprimé Tajudeen Abdul Raheem, ils représentaient une "nouvelle approche du leadership"… Ils parlaient avec assurance et ont inspiré de nombreux Africains et des amis de l’Afrique et permettaient de croire "qu’une solution africaine aux problèmes africains étaient une réalité"[1].

Inutile de dire que les faux espoirs se sont multipliés en Afrique et ses dirigeants ne se sont pas montrés à la hauteur des attentes de certains d’entre nous. La réalité est, qu’aucun d’entre eux - pas plus que les dirigeants africains des 50 autres Etats du continent - n’ont eu l’audace politique pas plus que la vision à la manière de Hugo Chávez, pour défier les manifestations subséquentes de l’empire et le néolibéralisme sauvage

APPRENDRE DE LA PRATIQUE

Qu’est-ce que la jeune génération peut apprendre des 14 ans de gouvernement et des réalisations de Hugo Chávez ? "Apprendre" non pas à la manière des perroquets pas plus qu’il ne s’agit d’exporter la révolution, mais bien une pratique politique qui porte un regard critique et pragmatique sur les contextes africains. Cela devrait être une pratique inspirée par l’exemple d’autres nations du Sud global, qui s’efforcent de métamorphoser leurs réalités en un idéal de justice politique et socioéconomique, en élaborant une théorie et une pratique en accord avec les réalités socioéconomiques, culturelles et politiques de l’Afrique. Pendant quelque temps, l’Afrique a été encouragée à regarder du côté des tigres économiques asiatiques comme modèle de développement économique, considérés au titre de ‘’miracles économiques". Ils avaient clairement épousé le développement capitaliste néolibéral et l’Afrique a fidèlement suivi ces modèles au cours des 20-30 dernières années avec peu ou pas de richesses pour les masses du fait de la main invisible des marchés.

ABANDONNER LE NEOLIBERALISME

L’Afrique peut tirer des enseignements du projet bolivarien revitalisé de Chávez. Il s’est efforcé de faire progresser et de réaliser la vision du dirigeant révolutionnaire vénézuélien du 19ème siècle, Simon Bolivar. Ce dernier a entamé la lutte pour libérer l’Amérique latine du joug colonial espagnol et pour réunir l’Amérique du Sud et du Centre et les Caraïbes en ce qu’il a appelé, à l’époque, la Grande Colombie. Chávez voulait libérer le Venezuela et l’Amérique latine aussi bien de la doctrine et de la pratique néolibérale et impérialiste en faveur du développement socioéconomique et politique, véritablement autonome, pour les peuples d’Amérique latine. Par conséquent, Chávez a tourné le dos au néolibéralisme à peu près à l’époque où la doctrine hégémonique néolibérale a été discréditée.

Depuis la crise économique et financière de 2008, ce modèle est devenu encore plus douteux malgré le fait que l’oligarchie mondiale, minoritaire, s’accroche à un système capitaliste aux prises avec une crise sévère. Le gouvernement de Chávez a décidé d’utiliser les ressources de la société, c’est-à-dire le pétrole, pour en redistribuer les bénéfices à la majorité pauvre qui a été désavantagée socialement et économiquement et marginalisée. Grâce à la nationalisation, des programmes conséquents de développement social ont pu être mis en place - des écoles, des nouvelles routes, des programmes d’alphabétisation, la construction d’hôpitaux - qui ont profondément et positivement changé le pays.

Par exemple, en l’espace de 11 ans, dix nouvelles universités ont été construites au Venezuela. A l’heure qu’il est, ce pays est celui où il y a le moins d’inégalité dans toute l’Amérique du Sud. Son gouvernement a diminué des deux tiers le taux de pauvreté au cours de ses 14 ans au pouvoir. Son gouvernement n’a certainement pas totalement éradiqué la pauvreté dans le pays mais, fait remarquable, il en a fait une société moins inégale en réduisant la disparité des revenus. Quel dirigeant africain a été assez audacieux politiquement depuis le milieu des années 90’ pour tourner le dos au modèle capitaliste néolibéral en faveur d’un système socioéconomique davantage orienté vers les gens ?

Le fait est que, malgré les immenses ressources minières qui gisent encore dans le sous-sol de nombreux pays africains ainsi que les nouvelles découvertes de nappes pétrolières, aucun dirigeant africain n’a eu un engagement idéologique similaire à celui de Chávez pour utiliser les ressources de leur nation dans l’intérêt des pauvres. Ils se sont accrochés à des relations néocoloniales et poursuivent des ambitions phallocratiques de manœuvres militaires conjointes sous l’égide de l’AFRICOM, qui on eu lieu sous la férule de plusieurs gouvernements mâles comme celui de Zenawi, Museweni, Kagame et d’autres.

Chávez décrivait le processus révolutionnaire bolivarien comme "un projet révolutionnaire anti-néolibéral". [2] C’était "un modèle économique humaniste, d’autogouvernement, fondamentalement endogène qui n’est pas isolationniste et capable de satisfaire les besoins fondamentaux de la population, mais dans lequel le développement humain est plus important que le développement économique" [3] Au cours de sa brève existence, le dirigeant radical du Burkina Faso, Thomas Sankara, a indiqué "qu’il avait le courage de tourner le dos à la conformité". Il a eu l’audace "d’inventer le futur afin de mettre en œuvre des changements fondamentaux", chance qui lui a été refusée par les forces néocoloniales qui l’ont tué. A ce jour, peu ou pas de gouvernements africains ont réussi à satisfaire les besoins fondamentaux de la vaste majorité de leur population.

REAFFIRMER LE SOCIALISME COMME SYSTEME ETHIQUE AU 21EME SIECLE

Deuxièmement : il a remis le socialisme, son terme et son projet, sur la trajectoire des possibilités humaines. Ceci est significatif compte tenu du fait que depuis 1989, avec la chute du mur de Berlin et la dissolution de l’Union soviétique en 1991, ses détracteurs et les impérialistes néo-conservateurs ont vociféré joyeusement que TINA : "There is no alternative" to capitalism (Il n’y a pas d’alternative au capitalisme).

Toutefois, Chávez a fait la distinction entre le socialisme et le stalinisme et les variantes soviétiques déformées, laquelle fait partie intégrante de son engagement dans le socialisme, justifie de l’usage du mot terni par malveillance. Son socialisme devient ainsi le "socialisme du 21ème siècle". Pourtant ce n’était pas un socialisme selon les livres parce que Chávez ne s’est jamais défini comme marxiste mais comme révolutionnaire et bolivarien. [4]

Il a démontré qu’un autre monde était possible, que nous pouvons tenter de revoir notre idée des êtres humains et chercher à maîtriser la richesse et la redistribuer dans l’intérêt des 99% de la société, plutôt que ceux du 1%. Que ceci est un système juste, éthique, humain qui s’efforce de réorganiser la société avec au centre l’humain et non les profits. Ce système devait être ouvertement socialiste dans sa définition, son esprit et sa construction. Comme le formulait Chávez, " pour notre part, nous essayons de progresser lentement mais sûrement vers une économie alternative à celle du capitalisme déshumanisé". [5]

LA POSTURE ANTI-CAPITALISTE

Troisièmement. Son anti-impérialisme sans équivoque lui a valu le mépris et la diabolisation à Washington et dans les capitales occidentales. De même, quel dirigeant ou pays africain a pris une posture sans équivoque anti-impérialiste, faisant usage de ce que de nombreux journalistes et fonctionnaires gouvernementaux en Occident désignent sous le terme de "langage coloré" ou "de langage non diplomatique" ? Ces euphémismes cachent leur malaise et leur hostilité au Commandante qui était opposé à l’invasion de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Libye. Chávez rejetait la doctrine Bush/Obama et leur usage du " terrorisme d’Etat pour combattre le terrorisme", parce qu’il croyait en une solution politique aux problèmes. Il a condamné l’attaque de Gaza par Israël.

En 2003, l’année de l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, l’empire américain avait 200 000 soldats dans 144 pays dans le monde. [6] Au jour d’aujourd’hui, les Etats-Unis, comme chef de file de la triade impérialiste (c’est-à-dire les Etats-Unis, l’Europe et le Japon), ont les dépenses militaires les plus importantes du monde, ont envahi plus de pays, comme le précise William Blum dans son livre "The rogue State" (L’Etat voyou), sous le prétexte d’apporter la démocratie à ceux perçus dans le monde comme ayant besoin de démocratie ou "de changement de régime. "[7]

Simon Bolivar remarquait : " Les Etats-Unis semblent destinés par la Providence à infester l’Amérique de misère au nom de la liberté." Il est évident que cette "infestation" arrogante et dangereuse s’est étendue au reste du monde depuis que Bolivar a fait cette déclaration prémonitoire. Chavez non plus ne mâchait ses mots. Par exemple, à la tribune des Nations Unies, en septembre 2006, dans un discours célèbre, il a fait référence à Georges W Bush comme étant "le diable" Une lueur dans l’œil, Chávez a dit : "Le Diable est à la maison… Le diable lui-même est justement à la maison… Le diable est venu ici hier… Exactement ici. [il fait le signe de croix] Ça sent le souffre ici aujourd’hui. Hier, mesdames et messieurs, depuis ce pupitre, le président des Etats-Unis, le monsieur auquel je faisais référence en parlant du diable, est venu ici et parlait comme si le monde lui appartenait. Vraiment. Comme le propriétaire du monde". [8] Depuis 2006, il y une puanteur persistante de souffre dans les corridors des Nations Unies.

INDEPENDANCE REGIONALE ET INTEGRATION

Quatrièmement. Chávez a pris une orientation indépendante en ce qui concerne la politique étrangère du Venezuela, bien que le pays ait continué à vendre du pétrole aux Etats-Unis. Il ne pouvait pas entièrement détacher le Venezuela de l’économie capitaliste globale. Cette orientation indépendante, inspirée de Simón Bolivar, avait amené le Liberator à essayer de former un organe politique incluant l’Amérique du Sud et du Centre ainsi que les Caraïbes, pour en faire une entité puissante, pour négocier et représenter la région dans le reste du monde. Liée à cette politique étrangère indépendante, le cinquième legs de Chávez consiste à l’approfondissement de l’unité régionale au sein de l’Amérique latine et embrasse les Caraïbes.

En 2004 Chávez fondait l’Alianza Bolivariana para los pueblos de nuestra America ou Alba (Alliance bolivarienne pour les peuples de nos Amériques). La Community of Latin America and Caribbean States (Celac) était fondée en décembre 2011 et le Venezuela rejoignait le Mercosur en décembre 2012, dans le but de forger une plus grande autodétermination dans les relations économiques et politiques en dehors de la zone de pouvoir de Washington dans le Ftaa. Il défie également la doctrine Monroe de 1823 qui servait de prétexte aux interventions américaines dans la région, qui se sont poursuivies tout au long du 20ème siècle.

L’esprit de cette prise de position, véritablement indépendante dans le domaine des affaires étrangères, a été démontré par la réponse du président équatorien, Rafael Correa à l’administration américaine, qui cherchait à renouveler les contrats de bail pour des bases militaires dans son pays. Correa a répondu que les Etats-Unis pourraient louer une base militaire en Equateur, quand les Américains permettront à l’Equateur de louer des bases militaires à Miami. C’est le genre de réponse que le président de Djibouti Ismael Omar Guelleh aurait pu donner à l’administration américaine. Mais il a choisi de permettre à son minuscule Etat géostratégique d’héberger la seule base américaine en Afrique, au Camp Lemonnier, en 2003. Avec environ 2500 militaires et personnel civil et des contractants du département de la Défense américain, le camp est la base d’Africom pour la Corne de l’Afrique. C’est une menace militaire dangereuse et persistante pour tout le continent africain.

L’appel de Chávez pour une meilleure intégration régionale, à l’instar de l’illustre champion du panafricanisme Kwame Nkrumah, dont les appels incessants et passionnés pour dire "l’Afrique doit s’unir", pour une union continentale des gouvernements d’Afrique dans laquelle les Africains coordonneraient leurs ressources économiques, humaines et technologiques pour l’amélioration de leur population plutôt que la promotion d’intérêts étrangers, demeure un projet inachevé pour les Africains engagés dans une transformation sociale et économique de l’Afrique.

De même Nkrumah appelait de ses vœux une Afrique unie au plan militaire parce qu’il estimait insensé une Afrique avec des myriades d’armées. Il envisageait un haut commandement africain dont l’objectif serait la défaite de l’impérialisme, du néocolonialisme et la prévention de l’aggravation de la balkanisation du continent. Peu de gens savent que Nkrumah souhaitait aussi la création d’un organe qu’il désignait sous le terme d’"Organisation de solidarité avec les peuples d’Afrique, d’Asie et de l’Amérique latine" qui aurait "fourni un lien organique avec les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine qui luttent contre l’impérialisme" . [9]

Nkrumah était engagé avec constance pour une Afrique unie qui inclurait tous ses descendants. Il a déclaré : "Tous les peuples d’origine africaine, qu’ils vivent en Amérique du Nord ou du Sud, aux Caraïbes ou n’importe où dans le monde, sont des Africains et appartiennent à la nation africaine". [10] Sans relâche, il demandait " la libération totale et l’unification de l’Afrique sous la houlette d’un gouvernement socialiste panafricain, ce qui devrait être l’objective premier de tous les révolutionnaires noirs dans le monde entier". [11]

Comme Chávez, Nkrumah était un internationaliste engagé et croyait que "la lutte révolutionnaire africaine n’était pas isolée. Elle fait partie non seulement de la révolution socialiste mondiale mais doit être vue dans le contexte de la révolution noire dans son entier". [12] Comme Chávez, il s’était engagé à mettre un terme à l’injustice globale et à l’Apartheid socioéconomique. C’est l’adoption et la réalisation de cette vision par les dirigeants africains contemporains qui font défaut. Comme l’a si justement exprimé Tajudeen Abdul Raheem, "l’expérience collective des Africains est que nous ne pouvons être que nous-mêmes et nous avons besoin les uns des autres pour contrer la menace de marginalisation, la rapacité de la globalisation et la consolidation des petits gains qui peuvent avoir été réalisés dans nombre de pays africains. Aucun pays africain ne peut être un miracle durable si ses voisins vivent l’enfer". [13]

UNE PLUS GRANDE COOPERATION ENTRE L’AFRIQUE, L’AMERIQUE CENTRALE ET DU SUD

Alors que Nkrumah tendait la main à l’Amérique latine, Chávez a fait de même en tendant la main à l’Afrique pour renforcer les liens. C’est là son sixième legs. Ses sévères problèmes de santé l’ont empêché, en février 2013, de participer au troisième Africa/South America Summit (ASA) à Malabo en Guinée équatoriale auquel participaient 63 pays. Deux réunions précédentes ont eu lieu au Nigeria (2006) et au Venezuela (2009). Dans une lettre ouverte, lue par le ministre des Affaires étrangères, Elias Jaua, Chávez fait appel aux deux régions pour qu’elles s’unissent afin de devenir un "centre de pouvoir". De plus, il disait : "C’est dans nos continents que l’on trouve suffisamment de ressources naturelles, politiques et historiques… pour sauver la planète du chaos vers lequel la pousse le système capitaliste". [14]

La main tendue de Chávez à l’Afrique tient au fait qu’il est d’origine mixte, africaine et indienne. Il déclarait à la journaliste Margaret Prescod, dans un entretien radiophonique à la Kpfa Pacific Radio, ce qui suit :

"Lorsque nous étions enfants, on nous disait que nous avions une patrie et que cette patrie était l’Espagne. Toutefois, nous avons découvert plus tard dans nos vies, qu’en fait nous avions plusieurs patries. Et l’une des plus grandes patries est sans aucun doute l’Afrique. Nous aimons l’Afrique. A chaque jour qui passe nous sommes plus conscient des racines que nous avons en Afrique. L’Amérique est aussi notre patrie. Bolivar disait que nous sommes une nouvelle race humaine en Amérique latine : nous ne sommes pas des Européens, ni des Africains ni des nord Américains. Nous sommes un mélange de toutes ces races. Il n’y a pas de doutes que l’Afrique résonne comme une pulsation, comme des milliers de tambours, de joie et de bonheur. Mais il y a aussi beaucoup de douleur quand nous pensons à l’Afrique". [15]

L’élite vénézuélienne, avec ses points de vue racistes, méprisait Chávez qu’elle définissait comme un "zambo" (d’origine métissée). Comme cette élite possédait quelques unes des chaînes de télévision privées, elle le montrait sous la forme d’un singe. Ainsi la dynamique raciale au Venezuela est l’un des aspects de l’opposition politique et de l’animosité personnelle à l’encontre de Chávez, telle que manifestée par l’oligarchie vénézuélienne.

Le renforcement des liens culturels, économiques sociaux et politiques entre le continent africain et les "Afro-Latinos", de manière similaire aux forts liens existants (en terme de voyage, de business, etc.) entre les Afro-américains et la patrie, est nécessaire. La question de la langue impérialiste, c’est à dire la langue des anciennes puissances coloniales en Amérique du Centre et du Sud ainsi qu’en Afrique, doit être abordée, non seulement par l’importance accordée aux moyens de traduction, mais aussi parce que tous les humains doivent devenir polyglotte afin de communiquer dans un monde globalisé

CONNEXION AVEC LES MASSES

Les compétences de dirigeant et de grand communicateur de Chávez avec les gens ordinaires sont son septième legs. Comme le déclarait Oscar Guardiola-Rivera, "il écrivait, il lisait, mais surtout il parlait… Il parlait publiquement environ 40 heures par semaine. Comme président, il n’avait pas de réunion de Cabinet régulière. Il amenait de nombreuses personnes à une réunion hebdomadaire, s’adressait au public en direct à la radio et à la télévision. Aló Presidente, l’émission au cours duquel les politiques étaient expliquées et discutées, n’avait pas de limites dans le temps, pas de script et pas de prompteur. Une session comprenait une discussion ouverte sur les soins de santé dans les bidonvilles de Caracas, le rap et une autocritiques des Vénézuéliens accoutumés aux politiques de l’argent du pétrole et qui croyaient que le président était un magicien, un échange amical avec une délégation du Nicaragua et moins amical avec un journaliste étranger". [16]

En bref, Chávez faisait son petit bonhomme de chemin et comme Fidel Castro, pour parler, il savait parler ! Il était un dirigeant authentiquement orienté vers le peuple et se mettait en relation avec les secteurs les plus humbles de la société vénézuélienne en communiquant de sorte à ce que l’homme de la rue comprenne.

Il était aussi humble et réaliste en reconnaissant que l’inefficacité, la corruption, les faiblesses de l’économie et le taux élevé de criminalité étaient des problèmes persistants qui restaient à éradiquer de la société. Comme l’écrivait Marta Harnecker qui l’a interviewé : "Chávez ne pense pas qu’il a des solutions claires et précises à tous les problèmes qui perturbent la Gauche globale. Il reconnaît qu’il n’a pas réponse à tout, mais il est convaincu qu’il y a des valeurs de base qui doivent le guider et qu’il développera ses nombreuses positions en chemin". [17]

CROYANCE EN LA DEMOCRATIE PARTICIPATIVE

Son engagement comme enseignant d’un ordre constitutionnel qui répond aux attentes d’un électorat populaire est la huitième leçon. Par conséquent, il invitait à un dialogue continu avec les pauvres, les chômeurs et les travailleurs, ceux-là même que les ploutocrates vénézuéliens méprisaient. Il estimait que pour qu’une transformation radicale puisse avoir lieu, les gens ordinaires devaient s’organiser et prendre conscience. En d’autres termes, il comprenait que pour mobiliser la population, il fallait mobiliser les esprits. Sans relâche il appelait les citoyens vénézuéliens à jouer un rôle actif dans la construction d’une nouvelle société, à s’organiser eux-mêmes au travers d’initiatives communautaires autonomes, de coopératives de travailleurs, de conseils d’étudiants et de conseils de paysans dans des structures décentralisées. Avec le décès de Chávez, le défi demeure, pour ces structures, de garder leur autonomie et continuer de s’organiser, orientées vers l’idéal de la révolution bolivarienne du Parti socialiste uni du Venezuela (Psuv).

D’aucuns, dans la Gauche politique, supposés avoir lu et étudié les humanités et les sciences sociales, sont néanmoins dépourvus d’humanité ou de la philosophie africaine de Ubuntu à l’égard des autres. Chávez avait une relation avec l’humanité, des gens ordinaires des favelas, et ce sont eux qui ont voté pour lui à trois reprises. A l’instar de Jean-Bertrand Aristide en Haïti, qui a gagné deux élections démocratiques justes et libres, il est devenu le dirigeant démocratiquement élu le plus vilipendé de l’histoire du monde. Dans les deux pays, la minorité des riches (ensemble avec les gouvernements occidentaux et les intérêts des multinationales) les haïssait parce qu’ils représentaient les intérêts de la majorité redoutée de la société et menaçaient le système néolibérale qui enrichissait une petite oligarchie. Tous deux disaient la vérité aux puissants et aux opprimés. Tous deux ont dû faire face aux coups d’Etat orchestrés par l’Oncle Sam dans le nord.

LE LEGS DE CHAVEZ DOIT ETRE PROMU

Que signifie le décès de Hugo Chávez pour le Sud global ? Il annonce l’intensification de la lutte contre le néolibéralisme, les nouvelles configurations de l’impérialisme et de la domination qui ont la forme d’un nouvel Apartheid. Il annonce le renforcement de la solidarité Sud/Sud et des alliances concrètes économiques et politiques parmi les gens ordinaires, ensemble avec leurs mouvements sociaux. Ceci avancera la réalisation d’un autre monde peut-être sous la forme d’un "bolivarisme" au côté d’un futur panafricanisme qui, tous deux, apporteront la paix et la justice socioéconomique aux Africains. Il annonce la lutte des Africains et des dépossédés dans tout le Sud global pour qu’ils s’inspirent des réalisations vénézuéliennes au milieu de la crise de l’économie capitaliste. Chávez n’a pas seulement montré qu’un autre monde est possible. Au cours de sa brève existence, il a fait une immense contribution à cet objectif. Toutefois la lutte dans le Sud global doit se poursuivre pour promouvoir et vivifier ce legs extraordinaire.

Source : http://www.pambazuka.org

** Dr Ama Biney* est la rédactrice en chef intérimaire de Pambazuka News.

NOTES :

- 1. ‘Does Meles think he’s Africa’s George Bush ?’ in ‘Speaking Truth to Power Selected Pan-African Postcards of Tajudeen Abdul-Raheem,’ Pambazuka Press, p. 48.
- 2. ‘Understanding the Venezuelan Revolution Hugo Chávez talks to Marta Harnecker’, Monthly Press, 2005, p. 116.
- 3. Ibid, p. 116.
- 4. ‘Understanding the Venezuelan Revolution Hugo Chávez talks to Marta Harnecker’, Monthly Press, 2005, p. 12. See also ‘Tariq Ali : Hugo Chávez and me’ in The Guardian, 6 March 2013. http://www.guardian.co.uk/world/201...
- 5. ‘Understanding the Venezuelan Revolution Hugo Chávez talks to Marta Harnecker,’ p.117. 6. ‘New Internationalist,’ January 2003
- 7. ‘Rogue State : A Guide to the World’s Only Superpower’ by W. Blum, Zed Books, 2006.
- 8. Hugo Chávez’ memorable moments : http://www.bbc.co.uk/news/world-lat...
- 9. ‘Handbook of Revolutionary Warfare’ by K. Nkrumah, Panaf Books, 1968, p. 57.
- 10. ‘Class Struggle in Africa’ by K. Nkrumah, Panaf Books 1970, p. 88.
- 11. Ibid, Class Struggle p. 88.
- 12. Ibid, p. 87.
- 13. Cited in ‘The African Union’ by T. Murithi, Ashgate 2005, p.8-9.
- 14. http://venezuelanalysis.com/news/7885
- 15. http://www.youtube.com/watch?v=c3cf...
- 16. http://www.guardian.co.uk/commentis...
- 17. ‘Understanding the Venezuelan Revolution Hugo Chávez talks to Marta Harnecker,’ p.12.

 
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