jeudi, 23 novembre 2017
 

MAI 1802 : Napoléon rétablit l’esclavage

Alors que la Convention abolit l’esclavage le 16 février 1794, en 1799, Bonaparte prend le pouvoir. L’empire colonial français est considérablement réduit, puisque La Martinique, Sainte-Lucie et Trinidad sont sous domination anglaise. Il faut rétablir l’ordre à Saint-Domingue, en Guyane et en Guadeloupe où l’esclavage est aboli. L’empereur ne tolère pas que des « Nègres  » défient le pouvoir blanc et encadrent l’armée et l’administration.

« La Liberté est un aliment pour lequel l’estomac des Nègres n’est pas préparé »

Le 14 novembre 1801, Decres, ministre de la Marine et des Colonies déclare qu’il veut des esclaves dans les colonies et qu’il faut leur rendre leur nourriture naturelle, autrement dit, les remettre en esclavage. Pour cela, il faut envoyer « une force considérable en Guadeloupe, non pour la maintenir à ce qu’elle est mais pour la réduire à ce qu’elle doit être ». Les évènements qui surviendront en 1802 montrent le racisme des autorités françaises. Les massacres de mai 1802, ont pour objectif d’asservir de nouveau les Noirs, mais aussi de faire admettre que le maître blanc ne pouvait être défié impunément. Les troupes du général Richepance, rétablirent l’esclavage au soir du 28 mai 1802, massacrant 10 000 Guadeloupéen(ne)s qui prirent les armes pour défendre leur liberté si chèrement acquise. Cette guerre constitue pour la Guadeloupe un traumatisme, une rupture sociologique et physiologique encore palpable aujourd’hui. En 1852, l’avènement de Louis-Napoléon Bonaparte ravivera le souvenir et les craintes d’un retour à l’esclavage. Ceci perdurera jusqu’en 1910, année de conflits sociaux graves dans le secteur cannier.

Le processus de rétablissement de l’esclavage et la résistance guadeloupéenne

En mars 1802, la France et l’Angleterre signent le traité d’Amiens. La Martinique redevient française, l’esclavage y est maintenu. Il faut donc le rétablir en Guadeloupe et à Saint- Domingue. Pour cette dernière, cela échouera et la première république noire du monde occidental sera proclamée sous le nom d’Haïti, le 4 janvier 1804. C’est le 6 mai 1802 que 3 470 hommes débarquent à Karukera. Magloire Pelage, « homme de couleur » martiniquais, gouverne l’île. Le contre-amiral Lacrosse, qui avait aboli l’esclavage en 1794, revient cette fois avec la sinistre mission de le rétablir. Louis Delgres, officier métis martiniquais est son aide de camp. Lacrosse fait arrêter plusieurs officiers noirs et mulâtres, ce qui déclenchera une insurrection populaire menée par le capitaine Ignace qui mettra Lacrosse aux arrêts et convaincra Delgres de rejoindre ses frères de couleur. Il y aura un affrontement larvé entre deux tendances : l’armée rebelle encadrée par Ignace, Massoteau, Gedeon et Delgres, et les « républicains » loyalistes, dont Pelage. Le 5 novembre 1801, Lacrosse est renvoyé en France et l’armée de résistance guadeloupéenne – 200 hommes et femmes – organisent l’insurrection populaire contre les troupes napoléoniennes. Commence alors la guerre de résistance. Jusqu’au mois de mai 1802, ce sera une lutte sans merci qui verra la mort, le 25 mai, d’Ignace et de ses 700 soldats au fortin de Bainbridge. Les armées napoléoniennes orchestreront une boucherie. Delgres, colonel de l’armée de résistance, apprenant la mort d’Ignace, se dirige vers l’habitation d’Anglemont au Matouba. Après avoir mené bataille et soulevé la population, il se réfugie dans l’enceinte. Avec 300 de ses hommes, ils disposèrent des barils de poudre. Le 28 mai 1802, constatant que la bataille est perdue, Delgres ordonna l’évacuation des civils. Vers 15 h 30, les hommes sont rassemblés, l’habitation saute et le cri collectif de « vivre libre ou mourir » résonne. C’est ainsi que ces combattant de la liberté mourront, entraînant l’avant-garde des armées de Richepance qui rétablira l’esclavage le soir même. Il sera officialisé par décret le 16 août 1802 avec un retour au Code Noir. La résistance augmentera, les Neg’mawons s’organisant jusqu’à forcer les républicains à abolir l’esclavage en 1848. Il faut rendre hommage à nos vaillantes combattantes de la liberté que furent Marie-Rose et Solitude, et toutes ces femmes esclaves, violées, torturées, qui, par résistance, s’avortaient pour ne pas donner naissance à un futur esclave. Solitude, la mulâtresse, compagne de lutte d’Ignace et Delgres, présente le 28 mai 1802, enceinte, fut pendue sur ordre de Richepanse après sa délivrance le 29 novembre 1802, à l’âge de 30 ans. On « emporta » son fils. Le même sort fut réservé à Marie-Rose, sa soeur. Aujourd’hui, à l’heure où la résistance sociale en Guadeloupe est plus que nécessaire, souvenons-nous de cette date mémorable du 28 mai 1802. Les temps changent, le système lui a simplement mué.

Mariam Seri Sidibe

 
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