dimanche, 16 juin 2019
 

Trois milliards d’habitants en Afrique d’ici 2 100

La terre a franchit ce lundi 31 octobre 2011, officiellement, le cap des sept milliards d’habitants, selon l’ONU. L’Afrique, qui a le taux de croissance le plus élevée au monde, compte à elle seule désormais plus d’un milliards de personnes. L’enjeu de cette évolution démographique est de taille : et pour le monde, et pour l’Afrique.

Pour le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, le passage aux 7 milliards d’habitants n’est pas à prendre à la légère. « Ce n’est pas une simple affaire de chiffre. C’est une histoire humaine », a-t-il déclaré dans une école new-yorkaise la semaine dernière. « Sept milliards de personnes ont besoin de nourriture. D’énergie. D’offres intéressantes en matière d’emplois et d’éducation. De droits et de liberté. La liberté d’expression. La liberté de pouvoir élever ses enfants en paix et dans la sécurité. Tout ce que chacun souhaite pour soi, multiplié par 7 milliards », a-t-il dit.

Mais si l’enjeu est de taille pour le monde, que dire pour l’Afrique ? Selon l’ONU, le continent africain a le taux de croissance le plus élevé. Depuis 2009, il compte plus d’un milliard d’habitants et devrait atteindre les 2 milliards d’ici 2044. La planète compte ainsi de plus en plus d’africains. L’institut national des études démographiques (INED) a indiqué qu’en 2100 la population africaine devrait passer à 3 milliards.

Au niveau du monde, comme de l’Afrique, la grande question est de savoir si les ressources seront suffisantes pour nourrir tous ces habitants.

La grande escroquerie !

Des chercheurs et des investisseurs se sont basés sur des données statistiques et des images satellite pour affirmer la disponibilité suffisante de terre en friche, notamment en Afrique. Ainsi, en 2010, la Banque mondiale citait des études concluant que 445 millions d’hectares de terres inutilisées et à fort potentiel agricole étaient disponibles, terres non boisées, non protégées et habitées par moins de 25 personnes/km². C’est une escroquerie !

Les images satellite ne montrent pas la façon dont la terre est utilisée pour la culture itinérante, le pastoralisme, la chasse et la cueillette, et d’autres utilisations fondamentales des terres dites « en friche ».

En de nombreux endroits, la contrainte réelle pour l’agriculture est l’eau, pas la terre. Les recherches menées par Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) sur les transactions foncières à grande échelle dans la région de l’office du Niger au Mali ont montré que pendant la saison sèche, il n’y a pas d’eau qui reste inutilisée. L’eau qui sera utilisée par les nouveaux projets d’irrigation prévus le sera au détriment des exploitants traditionnels au Mali, en aval au Niger et au Nigeria. (source : Note d’information d’Oxfam du 22 septembre 2011, Terres et Pouvoirs).

Malgré cela, l’accaparement des terres s’accentue en Afrique

Le phénomène d’accaparement des terres dans les pays en développement prend de l’ampleur, et notamment en Afrique où 60 millions d’hectares - soit la superficie de la France - ont été cédés en 2009. C’est ce qui ressort de plusieurs recherches publiées par des ONG internationales au cours des derniers mois. Dans un rapport intitulé « Comprendre les accords d’investissement dans le foncier en Afrique », publié au mois de juin, le think tank américain Oakland Institute constate que les achats de terres sont principalement le fait de spéculations, par « les mêmes firmes financières qui ont conduit à la récession mondiale en gonflant la bulle immobilière par des manœuvres risquées ». Se référant à des travaux spécifiques menés au Mali et en Sierra Leone, Oakland Institute souligne aussi les effets des politiques de la Banque mondiale qui ont « façonné l’environnement économique, fiscal et juridique d’une manière qui favorise l’acquisition de vastes étendues de terres fertiles par quelques intérêts privés ». Le rapport met en évidence la facilité avec laquelle les investisseurs prennent possession de terres, en affichant souvent des promesses qu’ils ne tiennent pas. Ces opérations « n’apportent pratiquement aucun des avantages promis aux populations locales, mais expulsent des millions de petits paysans de leurs terres ancestrales afin de faire place à la culture de produits d’exportation et notamment les biocarburants » indique le rapport.

Gouverner, c’est prévoir

En ce jour où nous apprenons que nous sommes 7 milliards sur notre planète et surtout que « bientôt » nous serons 3 milliards en Afrique (3 fois plus qu’aujourd’hui), il est permis de se poser la question : « à quoi jouent les chefs d’États africains qui permettent un tel pillage de l’Afrique ? ».

Mais rien ne sert de se lamenter. Il faut un changement radical de politique. D’où viendra-t-il ?

Nous dédions cette lettre au Forum des Peuples qui se tient actuellement au Mali, et dont un des thèmes majeurs sera bien : « l’accaparement des terres ». Nous en espérons des propositions d’action concrètes.

Koudougou, le 31 octobre 2011

Maurice Oudet

Président du SEDELAN

Source : http://www.abcburkina.net

 
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