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La transition tchadienne sur la corde raide

D 14 mars 2024     H 09:34     A Éric Topona Mocnga     C 0 messages


Le Tchad s’achemine vers la présidentielle fixée au 6 mai prochain, après trois années de la transition qui a suivi le décès en 2021 du maréchal Idriss Deby Itno, alors qu’il se trouvait sur le front. Cette parenthèse historique que les Tchadiens ont espéré porteuse d’apaisement, semble particulièrement fragile. Dans la nuit de mardi 27 à mercredi 28 février, une attaque a visé au Tchad des bureaux de l’Agence nationale de sécurité de l’Etat, les puissants services du renseignement intérieur, faisant « plusieurs morts » à N’Djamena, la capitale, a annoncé le gouvernement tchadien, qui accuse des « éléments » du Parti socialiste sans frontières (PSF) menés par l’opposant Yaya Dillo.

Éric Topona Mocnga, journaliste à la « Deutsche Welle » (Bonn)

À deux reprises au moins, le Tchad s’est retrouvé au bord du précipice ces dernières années. Sans commandant en chef du jour au lendemain, dans un contexte régional où subsistent des foyers d’insécurité préoccupants, s’est ajoutée une crise politique intérieure depuis la clôture des assises du Dialogue national inclusif et souverain en octobre 2022. Certes, une période d’accalmie aura suivi le retour au bercail du leader des Transformateurs, Succès Masra, nommé à la primature à la tète d’un nouveau gouvernement d’union nationale. Mais les récents événements tragiques du 28 février 2024 sont venus noircir le tableau d’un pays s’acheminant vers des échéances électorales amaisées sous le regrad bienveillant de la France d’Emmanuel Macron

Les prochaines consultations électorales seront le juge de paix qu’espèrent les Tchadiens dans leur immense majorité ? Rien n’est moins sur.

Des drames non élucidés

Comme on l’a souvent relevé dans les transitions démocratiques en Afrique, les germes des conflits sont décelables longtemps avant les scrutins. Les institutions auxquelles reviennent la tenue de ces consultations ne doivent ménager aucun effort pour protéger les fragiles mais précieux acquis d’un Dialogue national inclusif et souverain. Il est essentiel d’apaiser les frustrations suscitées par l’épilogue dramatique des événements du 28 février 2024, y compris par le recours à une médiation internationale, à l’instar de celle que conduit actuellement, au nom de de la CEEAC, le chef de l’État congolais, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Certes, ce ne sera pas une sinécure. Toutefois, pour qu’une telle initiative diplomatique soit couronnée de succès, il est important que la lumière soit faite autour de ces violences qui se sont soldées par la disparition de l’opposant Yaya Dillo. Il est important de ne pas perdre de vue que l’une des causes qui ont transformé durant plusieurs décennies le champ politique tchadien en champ de bataille réside aussi dans une succession de drames non élucidés ; et la propension des uns et des à autres à opter pour la vendetta avec, comme ultime conséquence, une dégradation du débat politique qui n’a que trop duré. Pour conjurer ces vieux démons, il est de l’éminente responsabilité des acteurs politiques qui sollicitent les suffrages du peuple dans les prochaines semaines de faire davantage preuve d’imagination, d’innovation et d’humanisme dans leurs propositions.

Comme nous le soulignions déjà dans notre ouvrage Essai sur la refondation du Tchad, notre pays, comme tant d’autres en Afrique, peut se prévaloir, en théorie et dans nos textes, des institutions parmi les meilleures. Mais la grande question, qui n’a toujours pas trouvé de solution et interpelle au premier chef notre personnel politique, est de savoir comment traduire dans le réel notre idéal de société que proclame la Constitution de la Ve République.

C’est pour le Tchad l’enjeu crucial des prochains scrutins.


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