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Chronique annoncée du viol de la Constitution centrafricaine

D 16 septembre 2012     H 05:42     A Juliette ABANDOKWE     C 0 messages


18 août 2012. Arrestation arbitraire de Thierry Ndoyo, coordinateur
général du collectif « Touche pas à ma constitution », par le Commissaire de
l’aéroport de Bangui.

Résidant au Sénégal, il rentre à Bangui pour enterrer son petit frère,
et serait en ce moment-même détenu dans une cellule à l’Office central
de Répression du Banditisme (ORCB).

Force est de conclure donc qu’en République centrafricaine, vouloir
protéger la Constitution de son pays contre la prédation sans limite
d’un régime aux abois, est dorénavant considéré comme du banditisme. En
exerçant une force asphyxiante qui ne surprend plus personne, expression
brute d’un diabolisme abyssal, François Bozizé continue donc à tuer
l’espoir de milliers de Centrafricains.

*Le 13 août dernier à Paris, un nouveau front s’est officiellement
ouvert contre la tyrannique et profondément destructrice gouvernance du
général-président François Bozizé.

Lors de l’illustre allocution présidentielle, à l’occasion de la fête
nationale que le président avait choisi de passer avec la diaspora
centrafricaine de France, Godfroy-Luther Gondje, citoyen centrafricain
de son état, et membre du collectif « Touche pas à ma Constitution »,
s’était levé pour demander à son président s’il avait l’intention de
changer la Constitution. La question était parfaitement justifiée vu les
illégalités massives et systématiques pratiquées depuis 2005 par
l’ancien chef rebelle devenu miraculeusement président en mars 2005,
illégalement puisque par la fraude, procédé réitéré en janvier 2011 pour
son second et dernier mandat. Accessoirement, plus personne d ?ailleurs
n ?ignore les crimes de guerre commis lors de sa course au butin de
Bangui de 2001 à 2003, et dont il devra forcément un jour ou l ?autre
rendre compte devant la Justice.

Donc, fauché dans son élan oratoire patriotique, François Bozizé,
bredouillant et surpris par la question du compatriote Gondje, avait
alors innocemment demandé où le jeune homme avait vu qu’il allait
changer la Constitution.

Et pourtant, cinq jours après son innocente réponse à une candide
question, le général-président Bozizé fait arrêter le coordinateur
général du collectif « Touche pas à ma Constitution », voulant de
toute évidence faire comprendre au peuple centrafricain que de vouloir
défendre un droit fondamental et constitutionnel relève du banditisme.
Inutile de dire au passage que rien que pour sa petite question candide
de patriote bien pensant, Godfroy-Luther Gondje sera immédiatement jeté
en prison s’il met les pieds à Bangui.

L’arrestation du citoyen et patriote Thierry Ndoyo n’est que la preuve
noir sur blanc que Bozizé a bel et bien l’intention de modifier la
Constitution à son avantage. Nous n’avons même plus besoin de lui poser
la question, puisqu’elle a été posée et que le général-président y a
aujourd’hui clairement répondu.

Bozizé ouvre donc publiquement la chronique annoncée de la violation de
la Constitution centrafricaine.*

L’ancien chef rebelle, porté au pouvoir par le Tchad et la France en 2003,
n’a aucune autre intention que celle de modifier la Constitution, de
violer
une institution sacrée, de violer l’espoir d’autodétermination du peuple
centrafricain tout entier. La limitation prévue de deux mandats
présidentiels, deviendra donc de facto un seul mandat /ad eternum/.
Aucun autre dirigeant centrafricain n’avait osé aller jusque-là depuis
les pseudo-indépendances.

Cette nouvelle étape de la violation annoncée de la Constitution nous
certifie que François Bozizé a commencé l’organisation d’une nouvelle
fraude massive en 2016, qui le conduira dans son ultime mandat, éternel
celui-là.

Nous pouvons déjà oser deviner, qu’au nom de leurs intérêts et biens mal
acquis en RCA, les puissances occidentales, toutes représentées à Bangui
donc témoins de tout ce qui s’y passe, ne feront pas grand cas de
l’assassinat virtuel de la Constitution centrafricaine, et valideront
tacitement l’acte illégal posé une fois encore par François Bozizé. S’en
suivra son 3ème coup d’Etat électoral en 2016, lui aussi dans le sac
des validations ubuesques occidentales.

Corollairement, le constat que nous pouvons faire à la nouvelle de
l ?arrestation d’un compatriote Thierry Ndoyo déjà très affecté par la
mort de son frère cadet, est que tous les jeunes Centrafricains, qu’ils
soient en RCA ou à l’extérieur, seront dorénavant considérés comme des
bandits quand ils débattent ouvertement pour une vie meilleure en
Centrafrique et pour l’intégrité de la Constitution centrafricaine,
notamment sur Facebook, forum par excellence pour une expression libre
et démocratique. Chaque Centrafricain conscient, patriote et fier de
l’être, à l’instar de Thierry Ndoyo, sera donc automatiquement arrêté à
sa descente d’avion à Bangui, et envoyé en prison, considéré comme un
ennemi de l’Etat.

Tout ceci m’amène à mettre cette nouvelle formule de domination des
esprits en lien avec la question du nouveau passeport CEMAC biométrique,
obligatoire pour tout citoyen centrafricain depuis le 1er avril 2012,
et pour lequel le dépôt des empreintes digitales ne peut se faire qu’à
Bangui. Aucune disposition n’a encore été prise pour organiser cette
prise d’empreintes dans une quelconque représentation diplomatique
centrafricaine. Ce qui nous faitcomprendre que le Centrafricain
conscient, patriote et soucieux du profond désastre que vivent ses
compatriotes au pays,et qui veut se procurer son nouveau passeport
obligatoire, se fera arbitrairement arrêter à Bangui ce faisant. Ou
alors, il sera privé de passeport dorénavant. Bozizé est donc en train
d ?immobiliser et de pratiquement rendre apatride des milliers de
Centrafricains de la diaspora.

La plupart l’a déjà compris, la nouvelle procédure pour obtention du
passeport CEMAC sert à Bozizé de stratégie pour arrêter, paralyser et
supprimer toute velléité de résistance contre son régime.

Bozizé confirme encore une fois très clairement sa position d’ennemi
public no 1 du peuple centrafricain,entravant notamment les jeunes dans
leurs efforts de développement et de formation. Par exemple, un médecin
centrafricain, diplômé de l ?Université de Bangui, exerçant à
l ?extérieur, et qui prévoit de se spécialiser sous des cieux où
l ?apprentissage d’une médecine de pointe lui permettrait ensuite de
travailler pour le bien et le progrès de ses compatriotes sur la terre
de ses ancêtres, est fauché net dans sa démarche de progression. Il n ?a
plus de passeport pour se déplacer. En se rendant à Bangui en tant que
citoyen éclairé qui exprime librement son discernement, il est donc
présumé « bandit » et « ennemi de l’Etat », et risque fort de se faire
arrêter en descendant de l’avion.

Chers Amis,

Cessons donc de nous leurrer et de feindre de croire que François Bozizé
laissera le pouvoir démocratiquement en 2016, quelle que soit la valeur
et la popularité de ses ces co-candidats.

Changeons de stratégie et tirons les leçons des expériences précédentes,
qui ne sont pas forcément des échecs puisque pourvoyeuses d’une Histoire
et de leçons. Le pouvoir en place à Bangui est en train de suivre les
traces de ses pairs, comme notamment celles du Paul Biya national
camerounais, qui avait, implacablement et dans le sang, transformé en
2008 la limitation des mandats en un unique mandat éternel. Nous avons
ensuite vu le résultat en octobre 2011. Paul Biya s’était carrément
autoproclamé le « Choix du Peuple » dans sa campagne préélectorale,
étalant son sourire béat à côté de son slogan annonciateur sur
d’immenses affiches à travers le pays.

*L’arrestation à Bangui aujourd’hui du jeune Thierry Ndoyo n’est que
l’introduction à l’autoproclamation du général-président Bozizé en tant
que le « Choix du peuple centrafricain » en 2016.

A bon entendeur.

Source : http://juliette.abandokwe.over-blog.com

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