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Denis Sassou Nguesso : un dictateur « à vie » met en danger la démocratisation de l’Afrique

D 24 novembre 2015     H 13:04     A Benjamin Moutsila, Régis Marzin     C 0 messages


En Afrique centrale, après la dénonciation de décennies de relations inavouables entre Paris et ses anciennes colonies, les procédures judiciaires suite aux crimes de guerre et contre l’humanité, la mise en exergue du détournement de l’argent du pétrole et des Biens Mal Acquis, les dictateurs sont toujours là. Parmi eux, après 31 ans de pouvoir Denis Sassou Nguesso tente de s’accrocher au pouvoir en refusant de respecter la constitution qu’il a lui-même mise en place et qui lui interdit de se représenter. Depuis un an, après le Burkina Faso, et le Burundi, c’est le troisième passage au stade de coup d’État constitutionnel.

Avec le référendum imposé par la force du 25 octobre, la République du Congo est entrée dans la crise centrée autour de la possibilité du départ du président, en attendant l’éventualité d’une transition démocratique. La population, la société civile, les partis politiques, encouragés par l’exemple burkinabé et par certains messages des diplomates internationaux ont choisi la voie de la désobéissance civile et citoyenne pour tenter de convaincre le président de respecter les textes fondamentaux de la république et conventions internationales.

Deux semaines après la répression qui a précédé le scrutin bâclé et boycotté par la population, aucun bilan des faits de violences commis n’est encore disponible. Il est estimé à plusieurs dizaines de morts, bien au-dessus du bilan officiel décidé dans un plan de communication. Le gouvernement congolais mène une bataille de l’information pour créer la confusion nécessaire à l’affaiblissement et à la division de ses opposants, en vue des négociations à venir. La société civile est terrorisée par des assassinats et enlèvements ciblés. Du 18 au 31 octobre, Internet et SMS ont été coupés afin de s’assurer une démobilisation du mouvement citoyen d’une part ; mais surtout pour commettre des crimes prémédités à huis clos en anticipant sur toute possibilité d’en témoigner les effets. Certains grands médias, surtout français, ont, depuis le début de la crise, édulcoré la situation d’une manière favorable au président.

Au Burundi, après des sanctions tardives et axées uniquement sur les droits humains, les pressions de l’Union africaine, de l’Union européenne ou des États-Unis s’accentuent sur le président Pierre Nkurunziza pour qu’il revienne à un dialogue avec l’opposition, pour éviter que le pays ne sombre dans un conflit. En République du Congo, une situation de type ‘tout ou rien’autour de la constitution enferme le pays dans une logique proche, irrémédiablement bloquée, et dont les aspects visibles sont les conséquences de la répression. Malgré l’évidence des faits, la communauté internationale et africaine hésite à dénoncer fermement Denis Sassou Nguesso pour l’inciter à respecter la constitution, prévenir de nouvelles violences et l’arrêt complet du processus de démocratisation.

Après un premier passage discret lors du référendum, l’émissaire de l’ONU, Abdoulaye Bathily est revenu le 6 novembre à Brazzaville. Les chances d’avancer dans un dialogue sont ténues. Comme au Burundi et en RDC, la communauté internationale et africaine est face à des crises qui lui demandent d’innover dans les méthodes de négociation diplomatique. Les principes énoncés dans la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, dont l’article 23 prohibe « toute révision des Constitutions qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique », ne peuvent être mis de côté devant le fait accompli. Une politique de sanctions sévères contre Denis Sassou Nguesso lui-même, seul responsable de la mise en danger du pays, est indispensable.

L’enjeu dépasse le pays. La démocratisation de la région des Grands lacs est déterminante pour la démocratisation de l’Afrique. Si le respect des limitations du nombre de mandats présidentiels est un levier pour la démocratisation d’un continent et une occasion de montrer le respect des principes, il place surtout l’Afrique face à un tournant historique que la Communauté internationale et africaine ne peut manquer.

Les enjeux de climat ne justifient pas que Denis Sassou Nguesso puisse être de nouveau accepté normalement dans des négociations internationales, après son coup d’État constitutionnel. Dès que possible et avant la Conférence de Paris sur les changements climatiques, François Hollande a le devoir de le signifier clairement et la possibilité d’agir, afin que la politique française de soutien à la démocratie en Afrique, actuellement illisible, sorte des ambiguïtés, qui ternissent son image et dont la critique se répand une nouvelle fois en Afrique.

Régis Marzin et Benjamin Moutsila

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