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Rwanda : Les plaintes de femmes Tutsi contre des soldats de l’opération Turquoise

Colloque sur nouveaux apports sur l’implication de la France dans le Génocide des Tutsi du Rwanda

D 4 décembre 2011     H 17:05     A Annie Faure     C 0 messages


Une justice qui soit juste

Tout d’abord, je voulais vous remercier, vous, les donateurs pour l’élan de générosité
qui a suivi mon appel de dons pour soutenir juridiquement ces 3 plaignantes. Les sommes
versées par chèque ou virement s’élèvent maintenant au total à 6290 euros, ce qui est génial.

Je ne vais pas ici détailler les plaintes puisque de l’instruction est en cours et vais me
contenter de brosser un tableau général.

Sur le bureau d’un juge au Tribunal aux armées de Paris, le juge Frédéric Digne, Il y a
trois dossiers. Des dossiers pour « Crime contre l’Humanité » et pour « Participation à une
association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime contre l’Humanité « . Trois
dossiers lourds comme du plomb pour les accusés, les militaires, leur hiérarchie, et leur
commandant suprême : le président de la République. 3 dossiers durs et lumineux comme le
diamant pour éclairer le rôle de la France dans le génocide des Tutsi.

Trois plaintes compactes de souffrance, 3 plaintes accablantes de femmes Tutsi,
brisées. « Mises à mort en partie », disent-elles. Brisées par des militaires français. Des
légionnaires de la légion étrangère de l’opération Turquoise, une opération militarohumanitaire
qui n’a eu d’humanitaire que le nom, dans une Zone Humanitaire dite Sûre. Plus
Sûre pour les Hutus que pour les Tutsi
A la fin du mois de juin 1994, ces femmes survivantes et hagardes, rescapées, de la
machine à broyer génocidaire qui avaient éliminé en tortures raffinées, soigneusement
élaborées, tous les leurs, ont été amenées au camp de réfugiés de Nyarushishi par les Croix
Rouge.

Au début, elles étaient contentes de la présence des militaires Français. Trouver un
répit, manger un peu, dormir un peu, échapper un peu à l’obsession des croiser leur tueurs,
fuir la mort, cette mort redoutée, espérée parfois pour que « ça s’arrête ». Fuir la terreur
d’être violée. Que pouvaient-elles craindre ? Après tout, il s’agissait d’une Zone Humanitaire
dite Sure. Elles étaient prêtes à pardonner à l’ONU de les avoir salement abandonnées au
début du génocide. Elles étaient trop jeunes pour connaitre l’entrainement honteux par la
France des hutus, ces mêmes tueurs qui les avaient abandonnées au milieu des cadavres les
croyant mortes.

Et dans ce camp humanitaire, dans ce camp bleu blanc rouge censé les soustraire à
l’enfer du génocide, elles ont trouvé l’horreur inouïe de la violence, des viols sadiques et
répétés. Elles sont passées de l’enfer Hutu à un autre enfer terriblement imprévisible -plus
choquant encore pourrait- t-on dire, l’enfer brutal et machiste de leur soi-disant protecteurs.

Elles survivent maintenant. Désespérées d’habiter ce corps malmené par des treillis
brutaux. Elles sont belles. Leur récit est d’un d’une redoutable sincérité. Il nous laisse l
pantois d’impuissance. Des vagues d’épouvantes les submergent parfois et les larmes, et les
pleurs bruyants, éclatent et glacent. Elles ont été broyées, mais leur volonté est intacte. Si le
procès a lieu, elles feront vaciller les militaires. Ils auront beau se cacher derrière les mots, ils
auront beau arguer de la prostitution, cette version chic, militaro- humanitaire du viol, ce
mensonge en uniforme fondra devant le récit de ces femmes au regard limpide. Leurs
accusatrices qui n’ont pas de sentiment de haine ou de vengeance.

Qui veulent une justice qui
soit juste .

Leurs auditions manquées du mois de juin dernier, le juge s’étant malencontreusement
blessé le tendon d’Achille leur ont permis de voir leur avocate, de mesurer la sympathie et la
compassion des rwandais d’Ibuka, des français anonymes, des journalistes émues, des
politiques Noêl Mamère et Christiane Taubira qui les ont reçues à l’Assemblée Nationale.
Sur le bureau du Juge d’instruction du Tribunal aux armées. Il y a un écheveau de laine.

Un seul fil ténu en émerge. Ce sont ces plaintes-là. Ce bout de laine saisi d’une main ferme et
courageuse déroulera l’instruction judiciaire. Déroulera la pelote des ordres successifs, des
commandements, autour des acteurs de Turquoise du Capitaine Franck Nicol, au Colonel
Didier Tauzin qui « trouve merveilleux qu’une mère vende son corps pour nourrir ses
enfants » au colonel Jacques Hogard qui affirme sans ciller « il peut y avoir des saloperies
limitées derrière une haie. Si cela existe ce sont des cas isolés pas un système » et le général
Lafourcade embrayant « il n y a pas eu de faute grave, de viols collectifs ».

La pelote déroulée suivra les instructions militaires jusqu’au coeur de commandement
de l’Opération Turquoise, jusqu’au coeur du cercle Mitterrandien autour d’un président
socialiste qui - et l’histoire le retiendra- s’est uni à un gouvernement de Droite pour de
conserve, continuer d’aider et de soutenir le gouvernement Habyarimana, dont les prétentions
génocidaires étaient éclatantes.

Devant le bureau du juge d’instruction du Tribunal aux armées. Il y a nous. En masse
serrée, unis par la compassion, chacun digérant à sa façon l’ampleur du crime, entre la colère,
la froide détermination et l’envie d’abandonner. Il y a nous. Exaspérés par cette France-là,
cette France de Vichy, cette cellule élyséenne opaque, décidant sur des informations
soigneusement triées en amont, de la collaboration avec le nazisme tropical. Il y a nous.

Exaspérés du silence de certains médias, de l’omerta du parti socialiste dont les vertus
humanistes, dont le souci de l’autre, l’exigence de transparence, soudain se cognent aux murs
épais infranchissables bétonnés du premier cercle Mitterrandien. . Il y a nous. Rageant de voir
un quarteron d’hommes influents Pierre Péan, Hubert Védrine, Alain Juppé, Bernard Debré
tenir sans être inquiétés la ligne subtile du double génocide. Il y a nous. Devant la grande
Muette, devant ce centre névralgique de la collaboration avec le régime Hutu, devant la
grande Muette qui n’a fait qu’obéir aux ordres
Devant le bureau du juge d’instruction Il y a une avocate Maitre Laure Heinich Luije,
déterminée femme de talent, femme de parole qui ne lâchera pas.
Devant le bureau du TAP, il y a des journalistes et des journaux. Vieilli et frileux
comme le Monde, empesé de ses relations politiques anciennes avec le pouvoir, pouvoirs
Mitterrandien. Il y a des journalistes piratées, des femmes, jeunes et audacieuses comme
Causette qui a recueilli les témoignages de Tutsi martyrisées et ont su interrogé avec une
belle obstination les militaires français. Il y a le journal Libération vigoureux et obstiné et
somme toute fidèle à l’exigence de vérité mais qui a zappé la venue des plaignantes en juin
dernier et s’est fendu d’une page entière sur un vrai faux témoin. Le figaro raisonnablement
informateur. Point trop ne faut Et puis il y la grande interrogation, celle du journal Marianne
qui distille avec une régularité de métronome depuis toujours des faux scoops, du vrai
racisme sous la plume de Péan, trempé dans la haine de Tutsi, au service de… au service de
… on le saura un jour ; La télévision française n’est pas de la partie, Il est vrai que les
femmes Tutsi demande l’anonymat. En tout état de cause les chaines nationales ne sont pas
sur les starting blocks.

Derrière le bureau du Tribunal aux armées de Paris il y a le juge Digne.
Je lui demande gentiment de s’il vous plait monsieur le Juge et c’est le médecin qui vous parle
évitez de faire du sport, le 4 décembre 2011, restez sous la couette le 5, ne passez pas sous
les échafaudages, traversez dans les clous, Soyez disponible ce 6 décembre 2011 date à
laquelle vous allez les recevoir. Enfin.

Dr Annie Faure

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