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Entretien de Stéphanie Blanchard du Mouvement International pour l’Union des Peuples avec Bamba Gueye Lindor

D 16 octobre 2012     H 18:41     A     C 0 messages


Le 15 octobre 2012

Bamba Gueye Lindor milite depuis 40 ans en France contre l’injustice, il s’implique avec véhémence pour que ne soit pas mises de côté ni la voix des immigrés, ni celle des plus démunis de notre société. Acteur majeur de la lutte des sans-papiers de 1996 à 2001, il s’implique dans la campagne présidentielle de 2002 soutenant Christiane Taubira et celle 2007, soutenant José Bové. Aujourd’hui, ce militant infatigable est aux côtés des indignés.

Monsieur Gueye Lindor, j’aimerais que vous me parliez du Paris-Dakar, pas du rallye, mais de ces deux capitales qui vous sont si chères. Ces deux pays viennent d’élire deux jeunes présidents de la république, qu’est-ce que vous attendez d’eux ?

Je vous arrête tout de suite, il n y a pas deux présidents élus, il y a un président et un de ses nombreux mandatés qui se trouve dans le continent africain.

Voulez-vous dire que l’Afrique n’est pas indépendante ?

Tous les autres peuples le savent, sauf les peuples africains. L’Afrique est le continent le plus riche de la terre et il vit d’importation à plus de 85 %. Si ce n’est pas cela qui s’appelle dépendance, je ne sais pas ce que c’est.

J’ai suivi cette importante période des assises nationales du Sénégal, que sont devenues les conclusions de ces assises ?
Les conclusions des assises nationales à ce jour n’ont rien donné et selon moi ne donneront rien du tout, vu le chemin pris par la nouvelle équipe. Ce chemin est loin de faire table-rase du passé. Tourner le dos aux conclusions des assises peut coûter cher au nouveau président de la république parce que la majorité des compatriotes sénégalais a souhaité que ces conclusions soient traduites en actes et ne les abandonnera jamais. Ceux qui croient le contraire risquent de créer le chaos. Aujourd’hui, le sénégalais lambda n’en peut plus, il ne voit qu’une continuité de la période Wade. Le peuple risque bien de redescendre dans la rue.

Le président de la république française est aujourd’hui au Congo mais il est passé avant au Sénégal, avez-vous suivi son séjour au Sénégal ?

Bien sûr. Surtout son passage à l’île de Gorée. J’ai surtout noté dans son discours qu’il a essayé de récupérer le combat mené par la diaspora, sous la direction de Christiane Taubira, comme un acquis de la gauche française. Je profite de cette occasion pour lui rappeler que cette gauche molle était absente de ce combat, je suis très bien placé pour le savoir. Mais pourquoi monsieur Hollande n’a-t-il pas emmené avec lui Christiane Taubira sur l’île de Gorée ? C’est une question que je me pose, j’aurais pourtant bien aimé voir ça.

N’avez-vous rien constaté dans le discours du président qui puisse être positif pour les deux peuples ?

Je n’ai vu que des choses choquantes. Les hommes politiques français continueront toujours à nous mépriser. Hollande avait à ses côtés Fodé Sylla, comme franco-sénégalais dont il faut écouter les conseils, mais ce dernier n’a de sénégalais que d’être né un jour de l’année 1963 à Thiès. Monsieur Hollande est français tout court et le restera j’en suis sûr toute sa vie, mais il utile bien les franco-ivoiriens, franco-togolais … pour camoufler sa mainmise sur l’Afrique. Quand à monsieur Fodé Sylla, ce que je vais avancer sur lui, tous les hommes politiques sénégalais le savent, parce qu’ils vivent eux-aussi d’une manière permanente avec la politique française. Personne n’ignore le parcours de Fodé Sylla : SOS-Racisme au début des années 80 sous la tutelle du PS, ensuite le PCF, puis le parlement européen, en 2007 on le retrouve chez les radicaux de gauche, il vient de terminer son contrat avec Areva au Niger et le voilà maintenant qui tourne autour de l’équipe de Macky Sall. Il faut être sans odorat pour ne pas sentir l’odeur de la sauce à laquelle nous allons être mangés. Aujourd’hui Fodé Sylla prône son africanité au Sénégal alors qu’il est l’un des acteurs qui a affaibli la lutte des sans-papiers. Cette lutte avait débuté à l’église St Ambroise avec plus de 1 000 sans-papiers. De St Ambroise au gymnase Japy puis à l’église St Bernard, le collectif s’est retrouvé à 314 personnes. Rien n’est oublié de cette période et des volées que Fodé Sylla a prises au 32 rue du Faubourg Poissonnière et à l’Université de Nanterre.

Si je suis bien le sens de votre analyse, la France a ses pions en Afrique ?

Elle n’a jamais perdu ses pions en Afrique, elle les met en veilleuse et les réveille. Rappelez-vous de la tentative ratée de Kofi Yamgnane au Togo. Vous me disiez que Hollande se trouve aujourd’hui au Congo pour le sommet France-Afrique, je vais vous démontrer en quelques lignes comment la France tient le Sénégal, et par delà, toute l’Afrique francophone : qui est le président de France-Afrique ? Abdou Diouf, ancien président de la république du Sénégal. Il est l’homme politique sénégalais le plus formé, il a débuté à l’âge de 25 ans en tant que gouverneur à Kaolack. Je vous rappelle que ce monsieur est né en 1935. De gouverneur à directeur de cabinet, premier ministre, président de la république, le voilà à la tête de la francophonie, quelle honte ! Ne m’arrêter que sur Abdou Diouf serait injuste, celui qui l’a formé et encadré dès son jeune âge, Léopold Sédar Senghor a fini ses jours ici, dans le Calvados, abandonné par ses maîtres. Le président de la république qui a remplacé Abdou Diouf, maître Abdoulaye Wade, à l’ instant où nous parlons se trouve tout prêt de nous à Versailles. Et pour terminer, ce nouveau « président de la république », Macky Sall, qui a reçu la visite de Hollande au Sénégal, a eu comme premier geste de prendre l’avion pour venir rencontrer Nicolas Sarkozy qui était à l’époque encore en poste à l’Elysée. Notre système des colons est bien rôdé. Après la gifle de Sarkozy avec son discours de Dakar, voilà Hollande qui vient mettre un peu de crème.

Apparemment il ne met pas de crème avec le Mali, qu’est-ce que vous pensez de cette situation ?

Le problème du Mali me reste de travers. C’est un problème avant tout africain. Les pays africains, surtout limitrophes du Mali devaient se lever dès le premier jour, sans attendre l’ordre ni le feu vert de personne. Si les africains ne savent pas ce que leur coûtent les interventions étrangères avec tout ce qui s’est passé hier dans le monde : Somali, Irak, Afghanistan, Côte d’Ivoire, Libye Ce problème démontre encore que tout le continent est sous tutelle. Ce qui se passe au Mali n’aurait pas dû durer une semaine. Je ne vois aucun pays hors du continent africain qui accepterait ce que l’on accepte sur notre sol.

J’aimerais que nous revenions un peu sur la situation en France, on sent la montée de l’extrême droite d’une manière affolante, vous aviez mis en garde depuis longtemps ?

Que voulez-vous, les graines qui sont en train de germer ont été semées durant des années par les hommes politiques français toutes tendances confondues, je dis bien toutes tendances confondues : de Mitterrand à Chirac, en passant par Pasqua, Chevènement, Brard, Poniatowski, et nos chers ministres de l’intérieur d’hier et d’aujourd’hui, Sarkozy et Valls. Cette lepénisation des esprits est la responsabilité des hommes politiques. Si Hollande a choisi Valls ce n’est pas par hasard. Bien qu’il vienne de Tulle, il ne pouvait pas ignorer qui était Emmanuel Valls dans la région parisienne. Cela confirme ce que je viens d’avancer. Et je vous rappelle que le plus ignoble des ministres que l’on ait eu était issu du parti socialiste : Monsieur Eric Besson avec son ministère de l’immigration et de l’identité nationale.

Pour conclure, on sait que vous êtes bien engagé dans le mouvement des indignés, en Espagne ils sont redescendus dans la rue, où en est le mouvement en France avec tous les problèmes que nous connaissons ?

Je ne vous le cache pas, c’est très difficile. Des bonnes volontés, des humains, ce n’est pas ce qui manque chez nous, mais cela ne suffit pas. La moyenne d’âge chez les indignés est de 20 à 30 ans. Ils souhaitent le changement, ils cherchent à bien faire, mais une lutte cela s’apprend, surtout quand nous sommes en face de monstres comme nous en avons actuellement, ils ne nous font aucun cadeau. Je vous l’avoue on rame, c’est dur, très dur mais on ne lâche rien. Ce racket international doit cesser et nous userons de tous les moyens possibles pour que cela cesse.


Voir en ligne : Damnés de la terre

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