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Gambie : Il faut enquêter sur un décès en détention et libérer les manifestants

Les autorités devraient stopper la recrudescence inquiétante de la repression

D 22 avril 2016     H 05:55     A Amnesty International, Human Rights Watch     C 0 messages


La mort suspecte en détention du leader politique Solo Sandeng et l’arrestation du dirigeant de son parti, Ousainu Darboe, ainsi que d’autres membres du parti ces derniers jours soulignent la nature répressive du gouvernement gambien, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, Amnesty International et ARTICLE 19.

Les trois organisations ont ajouté que le gouvernement du Président Yahya Jammeh devrait garantir une enquête indépendante et impartiale sur la mort de Sandeng, relâcher immédiatement tous les manifestants pacifiques et remettre en liberté Alhagie Ceesay, un journaliste détenu arbitrairement depuis juillet 2015 et actuellement hospitalisé dans un état grave.

« La mort insensée de Sandeng en détention semble être la plus récente d’une longue série d’exactions à l’encontre de l’opposition politique en Gambie », a indiqué Corinne Dufka, directrice de recherches sur l’Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch.

« Ce cas aggrave les inquiétudes que le gouvernement gambien intensifie sa répression contre les voix indépendantes en perspective des élections du mois de décembre 2016. »

Solo Sandeng, un dirigeant de premier plan du principal parti d’opposition, le Parti démocratique unifié (United Democratic Party, UDP), a été arrêté le 14 avril 2016, lors d’une manifestation pacifique en faveur d’une réforme électorale dans la perspective des élections présidentielles de décembre. Fatoumata Jawara, une jeune responsable de l’UDP, se trouve également en détention et aurait subi des blessures susceptibles de mettre sa vie en danger. Un certain nombre de manifestants arrêtés en même temps sont toujours en détention. Des membres du parti de Sandeng affirment que celui-ci est mort après avoir été torturé par des agents de l’Agence nationale de renseignement de Gambie, et que deux autres membres du parti sont également morts en détention ces derniers jours.

L’élection présidentielle de décembre sera la cinquième depuis que Jammeh a pris le pouvoir en 1994 lors d’un coup d’État sans effusion de sang. La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a refusé d’envoyer des observateurs aux dernières élections en 2011, invoquant l’intimidation de l’opposition et des électeurs. Des organisations de l’opposition très diverses réclament depuis longtemps une réforme électorale, notamment une commission électorale indépendante et une égalité d’accès aux médias publics.

Lors de la manifestation du 14 avril, un petit groupe de participants ont brandi des banderoles à Serekunda, une banlieue de la capitale, Banjul, portant des slogans comme

« Nous avons besoin de réformes électorales et de liberté d’expression ».

Les forces de sécurité ont dispersé la manifestation et arrêté un grand nombre des participants.

Des membres du parti de l’UDP se sont de nouveau rassemblés le 16 avril pour réclamer justice pour la mort de Sandeng et la libération des autres membres de leur parti. La police a fait usage de gaz lacrymogènes contre les manifestants et a arrêté au moins cinq responsables de l’UDP, dont Darboe, ainsi qu’un certain nombre d’autres manifestants et de passants.

Ceesay, directeur de la station de radio indépendante Teranga FM, a été arrêté le 2 juillet 2015 par l’Agence nationale de renseignement après avoir échangé par téléphone de façon privée une image représentant une arme pointée sur une photographie de Jammeh. L’image avait circulé sur Internet, et Ceesay n’était pas son auteur. Teranga FM a été interrompue plusieurs fois au cours des dernières années.

Malgré sa mauvaise santé – il a été réadmis à l’hôpital le 13 avril pour la troisième fois depuis le début de l’année 2016 – Ceesay s’est vu refuser une libération sous caution à quatre reprises au moins. En mars 2016, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a publié un avis, adopté lors de sa dernière session en décembre 2015, selon lequel Ceesay avait été arbitrairement privé de liberté. Il a demandé à la Gambie de libérer Ceesay et d’abandonner toutes les charges pesant contre lui.

« Les charges contre Alhagie Ceesay sont infondées, et il n’aurait jamais dû être arrêté en premier lieu », a déclaré Fatou Jagne Senghor, directrice régionale de l’organisation ARTICLE 19. « La détérioration de l’état de santé de Ceesay rend sa libération d’autant plus urgente. »

Depuis que Jammeh a pris le pouvoir, il a réprimé brutalement et systématiquement toutes les formes de contestation dans le pays. Les forces de sécurité de l’État et des groupes paramilitaires semi-clandestins ont commis des exécutions extrajudiciaires, des arrestations et des détentions arbitraires, et ont fait disparaître de force des personnes considérées comme une menace pour le gouvernement, poussant des centaines de Gambiens à fuir ce petit pays de 1,8 million d’habitants.

De nombreux défenseurs gambiens des droits humains craignent que les élections de décembre n’incitent le gouvernement à s’en prendre de nouveau aux opposants politiques et aux quelques journalistes indépendants restant encore dans le pays.

« Nous sommes extrêmement préoccupés par la direction sinistre prise par le gouvernement de Gambie dans la perspective des élections du mois de décembre. Il est crucial que la Gambie respecte les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique », a déclaré Alioune Tine, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. « Les manifestants pacifiques doivent être libérés immédiatement et sans condition, et tous ceux qui sont blessés doivent être soignés de toute urgence. »

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